Damien Bonne : "L'année où il me faut le gagner"
À 39 ans, Damien Bonne fait partie des pilotes les plus expérimentés qui se rangeront sous les ordres du starter dimanche dans le Prix de Cornulier (Groupe 1). Vainqueur cet hiver de son cinquième Groupe 1 à l’Étrier en selle sur son pensionnaire Moustik la Govelle, un fils de Discours Joyeux avec lequel il avait remporté le Prix de Sélection, autre Groupe 1 à son palmarès à l’attelé cette fois, il sera le jockey du favori Jéroboam d’Erable (Prodigious). Ce statut, le cheval de l’Ecurie du Haras d’Erable entraîné par les frères Thomain l’aurait déjà eu il y a un an s’il n’avait dû renoncer en raison d’une entorse à un genou contractée quelques semaines plus tôt. À quelques jours de la grande échéance, Damien Bonne a répondu aux questions de 24h au trot.
24h au trot.- Combien de Prix de Cornulier pensez-vous avoir couru ?
Damien Bonne.- J’ai dû en disputer une bonne dizaine.
Ce sera très exactement le quinzième dimanche.
Ah oui ! C’est vrai que je l’ai toujours un peu couru tout au long de ces dernières années. C’est bien d’avoir la chance de pouvoir courir cette épreuve régulièrement, car ce n’est pas le cas de tout le monde. L’an dernier, je me suis fait particulièrement plaisir avec ma jument Jewelcandle Fac (Prodigious) et j’espère me faire encore plus plaisir cette année.
© B. Vandevelde/SETFDamien BonneLa carrière de Damien Bonne en chiffres
→ Pilote
■ 1.148 victoires (attelé 638 - monté 510)
6️⃣ Groupes 1 :
◆ Vanishing Point : Saint-Léger des Trotteurs (2012), Prix d'Essai (2012) et Prix des Élites (2012)
◆ Discours Joyeux : Prix de Sélection (2017) - attelé
◆ Jeroboam d'Erable : Prix de Normandie-Étrier 5 ans Finale (2024)
◆ Moustik la Govelle : Prix de Vincennes (2025)
3️⃣6️⃣ Groupes 2
2️⃣7️⃣ Groupes 3
→ Entraîneur
■ 424 victoires
1️⃣ Groupe 1 :
Moustik la Govelle : Prix de Vincennes (2025)
6️⃣ Groupes 2
Revenons un an en arrière justement.
La jument avait été top car elle avait été malade. Dans la ligne droite, elle était venue comme pour lutter pour la victoire. Je m’étais vraiment régalé et j’étais très content de sa troisième place
(N.D.L.R. : à la suite de la disqualification après enquête de Jasmine de Vau).
Disputer autant de Prix de Cornulier symbolise deux valeurs que vous mettez en avant : travail et régularité. Est-ce aussi votre sentiment ?
Oui c’est sûr. De toutes façons, il n’y a pas d’autres choix pour réussir dans ce métier. Personnellement, je me fais un peu plus vieillissant. Je vais un peu moins tous les jours aux courses comme les plus jeunes font. Mais, en meeting comme actuellement, j’aime bien monter mes bons chevaux. Gagner un Groupe 1 comme dernièrement avec
Moustik la Govelle, un cheval à nous, est une source de motivation. Et puis, mine de rien, j’ai en tête le "Cornulier" pour
Jéroboam d’Erable depuis l’été dernier.
J’ai en tête le "Cornulier" depuis l’été dernier.
Voir depuis même un peu plus longtemps, non ?
Oui… On n’avait vraiment pas eu de chance. J’espère que l’on en aura davantage cette année. Ce serait mérité pour le cheval. L’an dernier, cela a été une claque. Maintenant, il n’a pas souffert d’une tendinite. Le cheval est revenu au top. C’est le principal. S’il nous le rend bien cette année, ce sera oublié. Lundi matin, à Grosbois, j’ai croisé David (Thomain) qui avait le sourire après le travail de "
Jéroboam", c’est bon signe.
8/11
En onze associations, Damien Bonne et Jéroboam d'Erable se sont imposés à huit reprises.
Est-ce que l’on peut aller jusqu’à dire que cela a été un mal pour un bien ?
Peut-être, peut-être… Maintenant, l’an dernier, avant son entorse, il était au top. Il battait à chaque fois
Joumba de Guez. On ne va pas refaire les courses. On n’a pas couru le "Cornulier" et on ne saura donc jamais.
Après son dernier succès, vous avez été très élogieux à son propos, disant qu’il était de mieux en mieux.
Ce jour-là, j’étais vraiment sur une machine. Un an plus tôt, il n’était pas encore soudé, ce qui ne l’empêchait pourtant pas de gagner comme un crack. Là, j’ai vraiment monté un cheval bien soudé et bien dans les mains.
Est-ce alors la meilleure impression que vous ayez eu à cheval ?
Vanishing Point était aussi un sacré cheval. Il a "bougé" de bonne heure, mais j’étais assis sur un phénomène. "
Jéroboam" fait bien sûr partie des cracks.
Quelles sont ses principales qualités à vos yeux ?
Il a beaucoup de dureté et il prend de la vitesse. C’est le vrai bon cheval. Il n’a besoin de personne, ce qui est important dans ce type de course. Quand ça "bombarde" comme la dernière fois, tu peux le cacher. Quand il n’y a pas suffisamment de train, tu peux aller devant. C’est vraiment bien des chevaux comme ça, c’est même mieux.
Il n’a besoin de personne, ce qui est important dans ce type de course.
Est-ce qu’il faut comprendre que vous allez monter le Prix de Cornulier avec la meilleure chance que nous n’ayez jamais eue ?
Ah oui ! C’est sûr. Je n’ai jamais monté un favori du "Cornulier" comme il est très possible qu’il le soit. C’est peut-être l’année où il me faut le gagner. Je suis vieillissant, je prends du poids… Je sais très bien que je ne vais pas monter dix autres éditions. Physiquement, c’est dur. Huit-dix jours avant les belles courses, je n’ai pas le choix : je suis obligé d’être à la diète le midi pour monter au poids quand les copains partent déjeuner au restaurant. Avant, je perdais rapidement le poids que je pouvais prendre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je fais 1m80. J’ai toujours été l’un des plus grands, même le plus grand qui monte à Vincennes. Quand je fais de grosses journées de travail, ce n’est pas possible de ne pas manger.
Qu’est-ce qui vous motive alors à continuer à monter ?
C’est tout un ensemble. Heureusement que j'ai l’occasion de monter de temps en temps des cracks, sinon cela fait longtemps que j’aurais arrêté. J’ai la chance d’avoir eu toujours un bon cheval. Ces dernières années, j’ai eu
Fulton et
Jéroboam d’Erable. Je suis assez chanceux. Sans eux, il est sûr et certain que je n’aurais pas continuer. Pour être bien, il faut monter régulièrement. Plus tu montes, mieux tu es. Plus tu montes de bons chevaux, plus tu te régales. Mais monter des mauvaises chances est très dur, physiquement sur le coup et moralement après. C’est donc un beau cadeau que m’a fait David en m’appelant pour monter "
Jéroboam". "Toto" a toujours dit qu’il était bon.
L'âge et l'expérience font-ils que l'on monte un "Cornulier" avec moins de pression ?
Je n’y pense pas quand je suis au travail. Les "Thomain" ne me mettent pas la pression, mais on en a toujours quand on monte des chevaux comme ça. Sinon, ce n’est pas normal. Môme, c’était mon rêve de gagner cette course. Maintenant, on peut toujours parler des courses. Mais ce qu'il faut c'est les gagner !
"Moustik" la relève
"Moustik la Govelle est un top cheval. J’ai toujours pensé qu’il valait les meilleurs de sa génération. Pour l’instant, il a tout d’un très bon. C’est pourquoi je vais essayer de le faire vieillir et d’en prendre soin. À cet âge, il n’a pas besoin d’aller plus vite. Il a du potentiel et sera encore meilleur quand il sera déferré. J’ai fait l’impasse sur les deux Groupes qui suivaient le Prix de Vincennes car je trouve qu’ils prennent dur à cet âge-là. Il a eu besoin de récupérer et va recourir le 8 février. Pour l’écurie, c’est l’aboutissement de tout le travail. Il faut en profiter quand c’est ton tour car il y a tellement d’années où l’on n’a pas de chevaux de ce niveau. Sa dureté fait penser qu’il a le potentiel d’un "Jéroboam"."
© AprhJéroboam d'Erable lors de son dernier succès