Hokkaido Jiel, sous les sabots la plage
Vingt-quatre heures après son succès dans le Prix d'Amérique Legend Race, Hokkaido Jiel a retrouvé la tranquillité de son box dans la structure normande de l'Ecurie Luck à Bénerville-sur-Mer, tout près de Deauville. Si le dernier gros travail du champion de la populaire casaque cerclée bleu et jaune avait eu lieu à Grosbois le lundi précédent avec son entraîneur, Jean-Luc Dersoir, Hokkaido Jiel stationne en effet à l'année sur les bords de Manche où il profite entre autres des bienfaits de la plage et des bains de mer sous la responsabilité de Samuel Périnel.
La touche finale de la victoire d'Hokkaido Jiel (Brillantissime) dimanche a été apportée par Franck Nivard, l'homme aux désormais six Prix d'Amérique Legend Race, dans une inspiration unanimement saluée. Mais le terme d'équipe est revenu régulièrement dans les commentaires du clan du vainqueur. Gérant de l'écurie créée par son grand-père, Jean Luck, Éric Frémiot n'a pas manqué d'y faire référence : "C’est le résultat de tout un ensemble, de toute une équipe et de nombreuses compétences, depuis l’élevage jusqu’à l’entraînement en passant par le débourrage, qu’il faut mettre bout à bout".
© J.-L. Lamaère/SETFHokkaido Jiel sur la plageCette équipe est répartie sur trois structures, du site d'élevage de La Barbotière, acheté voilà quarante ans par Jean Luck à Coupesarte (Calvados), à l'établissement sur le Domaine de Grosbois en passant par l'écurie de Bénerville-sur-Mer avec son accès aux plages de la côte normande.
"Cette organisation n’est pas forcément simple à gérer, notamment pour Jean-Luc (Dersoir) qui doit chapeauter tout cela et l’oblige à jongler entre ces structures, commente d'une voix éraillée par les encouragements de la veille Éric Frémiot lundi en début d'après-midi.
Mais on a la chance d’avoir du personnel compétent et il y a une complémentarité entre les sites."
Bénerville-sur-Mer, la complémentarité
Alors que l'écurie historique sur l'hippodrome d'Hœrdt a été fermée avant le Covid -
"un choix un peu à contre-cœur car c’était l’écurie de base des "Jiel" où tout a commencé", rappelle le petit-fils de Jean Luck -, le site de Bénerville-sur-Mer s'est développé au cours des vingt dernières années.
"À la base, on a monté cette structure pour mettre des chevaux aux soins et au repos, raconte Éric Frémiot.
Petit à petit, on l’a fait évoluer. Ce n’est pas que Grosbois ne nous convienne plus, mais c’est quand même mieux quand les chevaux peuvent vivre dehors. Avec Samuel Périnel, qui a été formé par Jean-Luc (Dersoir), on avait la personne à qui la confier. Cela nous a motivés pour qu'elle serve pour les bons éléments qui y sont à l’année comme Hokkaido Jiel et Lombok Jiel."
À quelques kilomètres de Deauville où il a rejoint son box dimanche soir,
Hokkaido Jiel profite donc pleinement des bienfaits de la mer avec ses compagnons d'écurie.
"Ce matin (lire lundi matin), "Hokkaido" est sorti à la plage sur les coups de 11 heures avant de profiter du paddock pour se décontracter, nous apprend son propriétaire.
Les chevaux peuvent travailler sur la plage, sur la piste en montée que nous avons créée et aussi sur l’hippodrome de Cabourg ou même à Grosbois quand on veut les changer d’environnement. Mais le maximum de travail a eu lieu à la plage." Dans le cas spécifique du vainqueur du Prix d'Amérique Legend Race 2026, cet environnement a compté dans son rétablissement après avoir dû renoncer à l'édition précédente à quelques jours de l'échéance en raison d'une blessure à un postérieur.
"La mer a constitué un plus dans sa guérison, estime Éric Frémiot.
Cela a certainement joué dans le protocole mis en place avec la Clinique vétérinaire de la Côte Fleurie et le Dr d’Ablon."
La mer a constitué un plus dans la guérison d'Hokkaido Jiel. (Éric Frémiot)
© Aprh
© AprhHokkaido Jiel entouré par la team Luck et ses supportersCe protocole avait pour but qu'
Hokkaido Jiel puisse être au rendez-vous du dernier dimanche de janvier 2026.
"Tout a été planifié pour essayer d’arriver à 200 % le jour J, sachant qu’il devait aussi en parallèle effectuer sa saison de monte, ce qui n’est jamais évident quand on soigne un cheval à un postérieur, rappelle-t-il.
Avec Samuel (Périnel) et Dorian (Renaudin), je n’avais aucune inquiétude sur le suivi du protocole."
Au quotidien, Samuel Périnel, qui travaille depuis trente-deux ans de service au sein de l'Écurie Luck dont plus de vingt à Bénerville-sur-Mer, a la responsabilité d'un piquet d'une douzaine de chevaux, épaulé par Dorian Renaudin.
"Il a fallu que Samuel s’adapte car il n’avait pas l’habitude de travailler à la plage, ce qui est très différent de ce qu'il connaissait, et n’avait pas non plus de telles responsabilités à Grosbois. Il s’est remis en question avec succès", poursuit Éric Frémiot.
Un travail d'équipe
Dimanche, le solide gaillard qu'il est n'a pas pu retenir ses larmes, entouré de son épouse, Maryline, qui a travaillé une quinzaine d'années pour la famille Levesque, et de ses enfants, Manon et Quentin.
"C’est l’une des plus belles victoires. La plus belle même, se reprenait-il dimanche comme s’il commençait à réaliser.
Quand "Hokkaido" a terminé deuxième il y a deux ans, on était déjà très heureux car on ne pensait pas avoir un cheval de cette trempe-là. Pour nous, c’était comme une victoire. Un an plus tard, on était en revanche plus que déçus car c'est très dur être qualifié pour le Prix d’Amérique et avoir un problème de santé dans les dernières semaines. On a réussi à le remettre d’aplomb en prenant du temps pour le soigner et en le promenant à la plage. Cela a été possible aussi grâce à tous ceux qui nous ont accompagnés, aussi bien les vétérinaires que les ostéopathes pour l’amener au top le jour J." Et Samuel Périnel de vanter les mérites du champion de l'écurie :
"Cela fait presque trois ans maintenant qu’il est en Normandie. Au quotidien, c’est une crème. Il est gentil comme tout. Je crois même que ce serait difficile de trouver plus gentil que lui".
On a réussi à le remettre d’aplomb en prenant du temps pour le soigner et en le promenant à la plage. (Samuel Périnel)
Homme de l'ombre, Samuel Périnel ne cherche nullement à se mettre en avant dans ce succès qui compte tant pour la casaque Luck :
"Aujourd’hui, je suis dans la lumière mais c’est un travail d’équipe. Jean-Luc (Dersoir) a parfaitement veillé à la préparation. Le cheval était venu travailler lundi matin à Grosbois. On avait déjà pratiqué ainsi il y a deux ans quand il avait terminé deuxième. Et puis, pour M. Luck, c’est génial, surtout que c’est un cheval de son élevage".
Jean Luck atteint son but
C'est en famille devant sa télévision que Jean Luck a vécu la victoire d'Hokkaido Jiel dans le Prix d'Amérique Legend Race. "J'ai l'impression que mon grand-père a eu un peu de mal à réaliser sur le coup d'après la vidéo que ma cousine m'a envoyée. Mais, lorsqu’il m’a rappelé le soir, il avait beaucoup plus réalisé, confie son petit-fils. C’est une course qu’il avait pour objectif de gagner."
© ScoopDygaJean-Luc Dersoir et Samuel Périnel partagent leurs émotions