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Le laboratoire de la FNCH
Actualité - 07.05.2026

Lutte antidopage : anniversaire et nouvelle ère

Cela fait cinquante ans que les courses hippiques organisent des contrôles antidopage. C’est une donnée structurelle d’une filière responsable qui a des obligations tant en matière de bientraitance des chevaux que de transparence de son activité, notamment aux regards des parieurs et des socioprofessionnels. Au sein d’une société où le bien-être, la communication et la transparence ont rang de valeurs cardinales, la problématique de la lutte antidopage est tout à la fois éthique et stratégique. Et plus importante que jamais. Où en est le sujet et quel scénario d’avenir peut-on imaginer ? Notre dossier.

C'est une dame respectable du haut de ses cinquante ans. Mais aussi très alerte. La lutte antidopage dans les courses hippiques françaises est une référence au niveau mondial. Elle est à la fois technologique et humaine et mobilise des budgets conséquents ; plus de 10 millions d’euros lui sont consacrées par an par la filière. Le modèle français s’appuie sur une gouvernance conjointe entre les sociétés mères, la Fédération Nationale des courses hippiques et les services de l’Etat. Le sujet a largement muté lors des deux dernières décennies. Précédemment laissé dans l’ombre, il devient un objet de communication, dans une logique de responsabilité et de transparence pour les acteurs des courses.
Un sujet aux multiples dimensions
Derrière la lutte antidopage, deux priorités guident l’ensemble des actions : protéger la santé des chevaux et assurer l’intégrité des courses. Pour répondre à cette problématique multiple, les leviers sont nombreux. On peut d’abord dire que le système repose sur trois piliers fondamentaux : des contrôles très fréquents, une recherche scientifique de pointe et une grande transparence. Chaque année, en France, près de 30.000 prélèvements sont réalisés, avec un taux d’infractions parmi les plus faibles au monde. Grâce à cette organisation et à un laboratoire reconnu à l’international, la France fait aujourd’hui figure de référence. Le défi est de maintenir ce haut niveau d’exigence face à l’évolution constante des pratiques.

Interview

Hélène Bourguignon est docteur vétérinaire et cheffe du service de Biologie Equine à la FNCH. Elle coordonne la problématique du contrôle antidopage.

24h au trot.- Que représente pour vous ces cinquante ans de lutte antidopage dans les courses hippiques ?
Hélène Bourguignon.- Cinquante ans, c’est d’abord un moment important dans la vie de tous et toutes, cela fait sens. Pour le contrôle antidopage, c’est l’occasion de faire une rétrospective, de montrer les progrès parcourus, de faire un point sur la situation actuelle et de pouvoir ainsi se projeter. Par exemple, il y a désormais un label spécifique à la gouvernance de notre dispositif avec le label EQADE (Evaluation Qualité Anti-Dopage Equin). C’est un élément fort et nouveau. La démarche a été de solliciter un acteur tiers et reconnu, l’APAVE, pour évaluer l’ensemble de notre dispositif antidopage (lire l’encadré). Nous avions bien conscience au sein de la filière de sa performance (du dispositif) mais nous avions besoin de le rendre lisible et reconnu par l’extérieur. L’objectif a donc été de permettre à quelqu’un d’extérieur à notre "système" de l’évaluer dans son entièreté.

Cette communication augmentée et la sortie d’un système autoréférencé ne sont-elles pas la vraie révolution ?
H.B.- En quelque sorte. Il y a une volonté de plus communiquer et de plus montrer ce que l’on fait. Quand je suis arrivée à la FNCH il y a plus de quinze ans, on ne communiquait pas trop sur le contrôle antidopage. On faisait, on savait qu’on le faisait bien mais on ne communiquait pas. On est désormais dans une ère de communication et de transparence. C’est aussi devenu un besoin car cela nous permet de montrer ce que l’on fait. Et cela a la vertu de se rendre compte que l’on fait des choses bien dont on n’avait pas forcément conscience. Il y a aujourd’hui une volonté de toute la filière de plus et mieux communiquer notamment par le biais d’une newsletter, de diffusion sur les réseaux sociaux, de communication de statistiques… En termes de volumes de contenus, de moyens mis en œuvre, la filière fait beaucoup. Les faits sont là. C’est important de dire qu’on s’occupe de cette problématique depuis longtemps. On ne l’a sans doute pas assez fait par le passé.

Qu’avez-vous vu changer au sujet de la lutte antidopage à votre poste de "vigie" ?
H.B.- La diversité des contrôles et des moments de contrôle. Il y a un souhait de mettre les tricheurs dans l’inconfort et de sortir de la routine de contrôle. On n’essaie de ne plus systématiser nos processus. L'idée est d'être plus inventif sur les types et moments de prélèvements. Le contexte a aussi changé avec de nouvelles molécules qui peuvent avoir des délais de détection de plus en plus courts. On a augmenté la diversification des prélèvements et les contrôles en dehors des phases de compétition, incluant par exemple des contrôles d’avant-course.

EQADE : un standard français innovant
La filière a choisi de mettre en place un label qui garantit la pertinence de ses méthodes de lutte contre le dopage. Le label EQADE (Evaluation Qualité Anti-Dopage Equin) marque ainsi un tournant dans la gouvernance du dispositif. Délivré par un tiers de confiance indépendant, l’APAVE, ce label certifie l’ensemble de la chaîne antidopage allant des prélèvements, à la traçabilité, aux analyses et à la gestion des résultats jusqu’aux procédures disciplinaires.
Fondé sur plus de 300 critères, établis dans le cadre d’un partage d’expertise et un travail collaboratif entre les représentants en charge de la lutte antidopage des courses hippiques et l’APAVE, EQADE permet d’évaluer à la fois la robustesse des procédures et leur application concrète sur le terrain. Le périmètre d’EQADE est vaste, combinant les facteurs humains (compétences, formation, sanctions) aux process techniques et procédures. "Notre objectif était de pouvoir prouver et garantir la qualité de notre processus, son intégrité, le respect de l’anonymat dans les phases qui le nécessitent, l’impartialité des acteurs qui interviennent à toutes les étapes. Tout cela est évalué par l’intermédiaire de ces 300 critères" précise Hélène Bourguignon.
Le label instaure une logique d’amélioration continue et constitue un véritable changement de paradigme : le dispositif antidopage est donc désormais objectivé par des tiers. Au-delà de la certification, EQADE s’impose comme un outil de pilotage structurant pour la filière et positionne la France comme pionnière à l’international. La démarche pourrait d’ailleurs être reprise à l’étranger. EQADE est une démarche indépendante de l’accréditation internationale délivrée par le COFRAC selon la norme ISO 17025 et le référentiel ILAC G7 (lire plus loin "les Big 4 du secteur").

© Bruno Vandevelde - SETF
Hélène Bourguignon
Peut-on imaginer identifier des cas de dopages sans être en mesure d’identifier une molécule coupable ?
H.B.- Oui, c’est tout le champ ouvert par le recours à l’Intelligence Artificielle (IA) pour dépister des molécules inconnues. Inconnues dans le sens où elles ne sont pas encore référencées comme molécule d’intérêt. Grâce à l’IA, on est capable d’aller chercher dans des banques de données internationales très importantes par exemple.

Une lutte sous gouvernance conjointe
La lutte contre le dopage au sein des courses françaises mobilise tous les responsables de la filière hippique, combinant donc les Sociétés Mères, France Galop et la SETF, la FNCH et l’État, à travers le Service Central des Courses et Jeux rattaché à la direction centrale de la Police judiciaire. Cette organisation poursuit un objectif commun : garantir des courses intègres en s’appuyant sur une complémentarité entre régulation sportive, contrôle scientifique et enquête policière.

L’intérêt de l’IA n’est-il pas aussi de passer d’un contrôle nominal et ciblé vers un contrôle plus systémique qui mettrait en avant des anomalies ou des situations atypiques même si on ne sait rien de ces dernières ?
H.B.- Ce sont effectivement des évolutions et des choses dorénavant possibles. Cette démarche se systématise grâce à l’outil de l’IA. Il y a aussi un autre sujet en terme de contrôle antidopage sur lequel nous sommes très vigilants, c’est le dopage génétique.

Vous pouvez préciser ?
H.B.- On parle par exemple ici de détection de l’administration dans l’organisme d’une séquence artificielle d’ARN ou d’ADN, absente naturellement du génome, appelée transgène. La recherche sur ce sujet est là depuis longtemps. Elle continue et est indispensable y compris au niveau international avec d’importantes collaborations. Il y a déjà des dispositions qui sont entrées dans les codes (des courses) ou qui vont y entrer prochainement. C’est un domaine qui fait l’objet de nombreuses recherches actuellement. On peut parler ici d’un pan important de la lutte contre le dopage à l’avenir.

Un budget à plus de 10 M€
Le budget annuel consacré à ce dispositif est de 10,7 millions d’euros. Environ 4 millions d’euros sont dédiés aux missions de prélèvements et à la recherche, tandis que 6,7 millions d’euros sont consacrés au fonctionnement et au développement du laboratoire. Cet effort d’investissement, notamment dans les technologies de pointe, constitue un levier stratégique pour maintenir un haut niveau d’exigence, renforcer les capacités de détection et garantir la position de référence du modèle français à l’échelle internationale. "Ce montant est à périmètre constant et n'a pas baissé lors des dernières années, précise Hélène Bourguignon. On a vu circuler dans la presse des budgets bien supérieurs mais qui ne tenaient probablement pas compte des ressources propres du laboratoire qui possède ses propres clients."

Est-ce que les nouveaux contrôles ne prennent pas la place d’anciens ? Comme un remplacement, laissant du coup la place à des molécules qu’on ne contrôlerait plus ?
H.B.- Non, absolument pas. C’est la particularité de notre activité. On fait toujours plus. On accumule. On détecte aujourd’hui plus de 1.600 molécules référencées avec des quantités de prélèvements (sang et/ou urine) de plus en plus faibles. Ce n’est pas parce qu’on développe de nouvelles pistes de recherche, comme avec le dopage génétique, qu’on abandonne les précédentes. Tout se surajoute. On est dans le "toujours plus". C’est de ce point de vue très différent du contrôle antidopage humain. En fonction des sports, on cible chez l’humain les contrôles sur différentes types de substances. La particularité chez les chevaux, c’est qu’on cherche tout, tout le temps, pour être sûr que les compétiteurs ont réalisé leur "performance naturelle".

La lutte antidopage est-elle une fin en soi ?
H.B.- Je dirais qu’elle s’inscrit dans un contexte plus vaste de bientraitance et de protection des chevaux. C’est cela que le grand public attend. Montrer qu’on exerce notre sport en respectant les chevaux. Et il faut pouvoir le prouver aux regards interrogateurs et/ou critiques. Il faut qu’on leur montre ce que l’on fait depuis longtemps et qu’on continue à faire, de mieux en mieux je pense. L’ensemble de cette problématique a toujours été majeure mais il exige une vigilance permanente. Le grand-public est très attentif à trois sujets qui nous concernent : les accidents, la bientraitance et la fin de vie des chevaux. À nous de répondre à ces trois sujets. Et c'est ce que participe à faire la lutte antidopage.

Un laboratoire français membre des "Big 4" du secteur
Le Laboratoire des Courses Hippiques est le cœur scientifique de la lutte antidopage en France, reconnu comme l’un des plus avancés au monde. Il est accrédité par le COFRAC selon la norme ISO 17025 et le référentiel ILAC G7. Il est également laboratoire de référence pour la Fédération Équestre Internationale depuis plus de dix ans et certifié par la Fédération Internationale des Autorités Hippiques depuis 2017. Il fait partie du cercle très restreint des quatre laboratoires de référence mondiaux possédant les deux habilitations, aux côtés des laboratoires japonais, britannique et hong-kongais. Il travaille avec près de 40 autorités hippiques étrangères qui lui confient les analyses de plus de 6.000 échantillons s’ajoutant à ceux français.
→ Plus de contenus sur la lutte antidopage par ce lien.
@DR
Angele PAZ – labo. de biologie moleculaire

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