Gestion de l’eau : l’adaptation à marche forcée des hippodromes
Un arrêté préfectoral dans le Calvados interdit l’arrosage en journée. Peu de départements de l’Hexagone ne sont en fait pas touchés par des restrictions dans le cadre d’arrêtés qui vont de la dénomination vigilance à celle de crise. La séance de qualifications caennaise programmée le 23 juillet a, par voie de conséquence, été déplacée au 30 juillet. Comment les courses s’adaptent à cette "situation complexe" ? Notre dossier.
Les épisodes successifs de canicule des dernières semaines combinés à l’absence de précipitations ont conduit à de très nombreux arrêtés préfectoraux sur l’ensemble de l’Hexagone de restriction des usages de l’eau (arrosage des espaces, lavage des voitures, remplissage des piscines, etc.), le plus souvent entre 8 heures et 20 heures. Depuis le 15 juillet, 99 départements sont concernés par de telles mesures, alors que le déficit de pluie rend les sols très arides. Les décrets préfectoraux vont du statut de vigilance à celui de crise, en passant par ceux d’alerte et d’alerte renforcée. En l’espace de quelques jours, l’hippodrome de Caen, dans le Calvados, et celui de Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, viennent de passer en zone de vigilance renforcée. Quelles en sont les conséquences ?
Une demande de dérogation en cours à Caen
Rose-Marie Vigorito-Somson, cheffe d’établissement des hippodromes de Caen et de Cabourg, nous précise le contexte général : "Un nouvel arrêté préfectoral en date de vendredi 17 juillet prescrit des mesures de restriction d’usage de l’eau placée sur un niveau de vigilance renforcé. L’arrêté a divisé le département en deux secteurs. Sur celui qui concerne l’hippodrome de Caen, nous n’avons plus le droit d’arroser nos pistes de 9 heures à 20 heures." Dès lors pour maintenir l’activité hippique qui nécessite des arrosages réguliers de la piste, la cheffe d’établissement de Caen travaille sur deux actions parallèles : "La première est d’obtenir une dérogation à Caen. La seconde est de préparer un éventuel transfert sur l’hippodrome de Cabourg, localisé sur le deuxième secteur de l’arrêté. Et comme Cabourg bénéficie depuis 2023 de la possibilité d’utiliser de l’eau usée traitée, nous ne sommes pas contraints aux mêmes limitations."
Le contexte de Caen. Depuis 2022, un projet a été monté et réalisé sur l’hippodrome de Caen, en relation avec la direction départementale du territoire et de la mer, pour se conformer à la loi sur l'eau. Désormais, le site dispose d’une retenue d’eau qui est alimentée, conformément à la loi sur l'eau, à hauteur de 8 mètres cube à l'heure en continu. Sauf, que dans le contexte actuel, en vigilance renforcée, la SETF n'a plus le droit de l'alimenter de 9h à 20h puisque cette retenue puise dans un cours d'eau. Pour organiser une séance de qualifications, la réserve constituée pendant la nuit suffit à proposer une piste satisfaisante. Encore faut-il que les organisateurs aient le droit d’arroser pendant la séance. D’où la demande de dérogation. Pour l’obtenir, ce sont les intérêts de la filière qui devront être mis en avant et Rose-Marie Vigorito-Somson précise : "Il faut qu’on comprenne pourquoi on a besoin de notre dérogation pour l’arrosage et que, si on l’obtient, elle aura été pesée et argumentée par ceux qui la délivrent." Si la dérogation pour la séance de qualifications du jeudi 30 juillet à Caen n'est pas délivrée, le plan B a pour nom Cabourg.
Le cas de Cabourg. Disposant d'une autorisation préfectorale pour utiliser depuis plusieurs années de l'eau usée traitée, l'hippodrome de Cabourg (par ailleurs situé en secteur vigilance dans le Calvados et non vigilance renforcée comme Caen) n'est pas affecté par les limitations en eau et les mêmes horaires restrictifs d'arrosage que son voisin caennais.
Des économies à hauteur de 60 % à Cagnes
En secteur d'alerte renforcée en matière d'eau, l'hippodrome la Côte d'Azur maîtrise aussi au mieux sa consommation. Son grand projet de recours à l'eau usée traitée en provenance d'une station d'épuration entrera en phase de test à la fin du mois d'août, mais ne sera opérationnel qu'en février-mars prochain. Il faut d'ici-là faire sans. Le décret préfectoral qui touche Cagnes-sur-Mer interdit l'arrosage de 8h à 20h mais accorde une dérogation sur cette plage sur le sujet du bien-être animal. Cagnes bénéficie donc de cette dérogation. Thomas Roucayrol, son directeur, nous précise :
"On prépare notre piste pour les courses en arrosant mais, en dehors de ça, on limite notre consommation d'eau. On nous a donné l'objectif de diminuer de 60 % notre consommation par rapport à la moyenne des trois dernières années. Tout ce travail de réduction de notre consommation se fait en bonne intelligence et en bonne relation avec les services de l'État qui nous accompagnent sur le dossier."
Ouest : un autre exemple de situation tendue
Dans la Fédération Ouest, de nombreux hippodromes sont en activité à cette période de l’année. Comment répondre aux injonctions réglementaires ? Christophe Gicquel, son directeur, fait le point suivant :
"Les départements de Loire-Atlantique et de la Vendée sont les plus impactés dans notre fédération avec une vigilance rouge. Cela a bien sûr des répercussions sur les hippodromes. Ceux qui ont des points d’eau peuvent arroser mais seulement la nuit. Tous ceux qui ont un système d’arrosage sur réseau et vont prélever dans les nappes phréatiques n’ont plus le droit d’arroser du tout. Sur le bassin nantais, la Préfecture commence même à s’inquiéter pour le niveau de l’eau potable. Ce sont deux départements très surveillés. Pornichet n’est pas impacté car l’hippodrome est situé sur l’étier et utilise de l’eau saumâtre qui se jette à la mer. Plessé, qui court ce week-end, n’est pas impacté non plus car l’hippodrome a sa propre réserve d’eau. On a plusieurs hippodromes qui vont courir à la fin du mois d’août comme Vertou, Blain et Nort-sur-Erdre. Qu’est-ce qu’il en sera à cette période ? C’est difficile de se prononcer. Mais la situation est très tendue et les dirigeants des hippodromes sont forcément inquiets. C’est encore plus vrai pour ceux qui organisent des réunions mixtes (trot et galop). On croise les doigts pour qu’il pleuve un peu au cours des prochains jours mais les prévisions n’annoncent pas d’eau avant dimanche quoi qu’il arrive".
La filière hippique s'engage sur le long terme
En 2023, la FNCH a diffusé la charte nationale des hippodromes pour la préservation de la ressource en eau (à retrouver par
ce lien). De nombreux axes de travail et des actions concrètes y sont proposées. La gestion de l'eau est aussi l'un des piliers du label EquuRES lequel compte actuellement 217 hippodromes engagés dans sa démarche.