L’été aux courses, ce sont aussi les ventes de yearlings. Thermomètre général pour certains de la santé de la filière dès lors qu'on les voit comme la place d’investissement par excellence, les ventes de yearlings vont s’enchaîner à partir du 26 août avec les vacations successives de l'Association des Éleveurs de Trot du Centre-Est à Lignières-en-Berry, d'Arqana Trot à Deauville et de l’Association des Éleveurs Normands à Caen. Dans quel état d’esprit abordent les éleveurs vendeurs confirmés et habitués de l’exercice la saison 2026 ? Notre deuxième volet donne la parole à Yoann Dubief, animateur avec ses parents de l’Elevage du Noyer qui sera vendeur sur les places de Deauville et de Caen.
24h au trot.- Comment abordez-vous cette saison de ventes ? Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Yoann Dubief.- Tout se présente bien me semble-t-il. Nous avons quelques lots vraiment très attractifs et un ensemble homogène et polyvalent. Tout semble réunit pour que nous fassions des ventes correctes. Il y aussi la belle réussite de Milton du Noyer (Face Time Bourbon) qui est sur le devant de la scène en ce moment (8 victoires en 9 sorties et invaincu en 2026 en 5 tentatives) et fait une belle promotion de notre élevage.
En revanche, de manière plus générale, je trouve que les ventes vont plus vers le bas que le haut. Côté investisseurs, je note le retrait de quelques gros acteurs.
Je pense notamment à Antoine Griezmann et Hunter Valley. Et je ne vois pas trop de relève pour le moment. Il faut aussi dire que la conjoncture économique est compliquée. De ce point de vue, il est difficile d’être confiant. Il y aussi l’évolution des indicateurs des ventes des dernières années qui m’inquiète. Si le chiffre d’affaires se maintient ou progresse, c’est grâce à quelques lots vendus chers (les tops prices). Le prix moyen des autres est à la baisse.
Le marché des ventes de yearlings traverse-t-il une période de changement ? Si oui, quelles sont les nouvelles données qui le transforment ? La génomique, le poids des investisseurs étrangers, la montée en puissance des dossiers vétérinaires ?
Y.D.- Je ne pense pas que les ventes changent profondément. Concernant les dossiers vétérinaires par exemple, on est dans la continuité. C’est entré dans les mœurs et cela devient un automatisme. Le système est plutôt bien fait, que ce soit pour les acheteurs que pour les vendeurs. Il y a moins de retours après les ventes et de déception. On a amené de la clarté.
La météo difficile de 2026 (succession de canicules) a-t-elle modifié votre calendrier de préparation de vos yearlings ? Quels impacts sur vos façons de travailler ?
Y.D.- Pas vraiment. On a mis et on met un peu plus de foin et d’eau évidemment. Il y a un peu plus de surveillance générale mais les poulains et pouliches se tiennent bien et on ne voit pas de différence dans l’état de nos chevaux.
L’année 2024 était la première saison sans Ready Cash. Quels choix avez-vous fait alors ? Avez-vous opté pour des jeunes étalons représentant la lignée mâle de Ready Cash ou des représentants confirmés du chef de race ?
Y.D.- Mon père qui gère la partie des croisements a opté pour Face Time Bourbon qui est une valeur phare et performante. Il amène de l’engouement. Il est aussi allé vers d’autres fils de Ready Cash déjà confirmés, comme Hohneck et Charly du Noyer, et d’autres plus jeunes comme Idéal du Pommeau. Il n’y aura qu’un Ready Cash dans l'histoire et je trouve que la tendance est au lissage entre les descendants de Ready Cash et d’autres jeunes étalons.
Les nouvelles alternatives à Ready Cash et ses fils, comme Idao de Tillard, Horsy Dream, Go On Boy, vous intéressent-elles ? Etes-vous prêt à parier sur elles ?
Y.D.- Naturellement. Nous n’avons pas cette année des produits d’Idao de Tillard ou d’Horsy Dream mais en auront normalement l’année prochaine. Parmi les alternatives à Ready Cash, notre offre inclut cette année des éléments confirmés comme Boccador de Simm et Dollar Macker. Concernant Idao de Tillard, il va certainement prendre une place importante sur le marché. Sa carrière d’étalon est très bien gérée avec Thierry Duvaldestin qui exploite beaucoup de ses produits.
L’ajustement à la baisse des tarifs 2026 de plusieurs étalons leaders ou attendus (Idao de Tillard, Brillantissime, Jushua Tree, Fabulous Wood, Boccador de Simm, Booster Winner, Hokkaido Jiel…) est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle dans votre modèle ? Peut-il se traduire dès cet automne sur les rings de ventes ?
Y.D.- C’est une bonne nouvelle car cela faisait plusieurs années que les éleveurs étaient face à un problème entre le prix de vente des poulains et celui des saillies. Lors des quatre ou cinq dernières années, beaucoup d’éleveurs ont été étouffés. Beaucoup ont diminué leur activité voire arrêté. Même s’il y a eu des baisses dont vous parlez, les parts d’étalons sont encore trop souvent synonymes de marché boursier. Lors de la syndication des certains étalons, des éleveurs n’ont même pas le temps d’acheter une part. Tout profite à des financiers qui font monter les prix de saillies. Il me semble qu’on pourrait mieux réguler ce marché. Je pense par exemple que les investisseurs devraient être obligés d’avoir un cheval de course actif ou une poulinière active dès lors qu’ils possèdent plus de deux parts. Dans ce cas, ils feraient travailler la filière. Actuellement, ils ne font travailler personne ou quasiment. Ils possèdent les parts d’étalons et font les prix à leur avantage. Il n’est pas normal que, pour certains étalons, 5 % des parts sont détenus par des éleveurs et 95 % par des financiers. Notre système a pour bases les éleveurs, les propriétaires et les entraîneurs. Je ne dis pas qu’il ne faut pas d’investisseurs mais il faudrait mieux encadrer leurs participations. Et dans ce scénario, les prix de saillie se réduiraient de manière naturelle.
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