© Province Courses L’été aux courses, ce sont aussi les ventes de yearlings. Thermomètre général pour certains de la santé de la filière dès lors qu'on les voit comme la place d’investissement par excellence, les ventes de yearlings vont s’enchaîner à partir du 26 août avec les vacations successives de l'Association des Éleveurs de Trot du Centre-Est à Lignières-en-Berry, d'Arqana Trot à Deauville et de l’Association des Éleveurs Normands à Caen. L’Elevage de la Tour de Vandel est un vendeur emblématique de la place deauvillaise. Notre troisième volet donne la parole à Marc-Antoine Besnard, animateur avec son père Antoine des "Vandel".
24h au trot.- Comment abordez-vous cette saison de ventes ? Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Marc-Antoine Besnard.- Nous abordons ces ventes sans inquiétude particulière. Le marché de Deauville a fait ses preuves et les ventes de yearlings se tiennent globalement bien. Evidemment, le contexte économique est toujours tendu mais, finalement, depuis vingt ans que je vais aux ventes, on entend ces mêmes craintes. Cette année, le motif d’inquiétude le plus évident est le PMU et le décrochage des enjeux. Néanmoins, je ne suis pas inquiet sur le fait que des gens s’intéressent aux courses et aient envie d’acheter des yearlings. Au contraire, je trouve que les générations de propriétaires se renouvellent plutôt bien.
Il y a nouveaux types de propriétaires, sous de nouvelles formes, via les écuries de groupe ou des syndications de jeunes chevaux en parts. Des acteurs se bougent pour cela, au niveau des courtiers par exemple. Et, à mon échelle, il y a quelques signaux favorables. Nous n’avions jamais eu autant de visites d’inspection aussi tôt dans l’été, avant le 15 août. Je trouve aussi que les entraîneurs se déplacent plus qu’avant. Globalement, les ventes se professionnalisent.
Le marché des ventes de yearlings traverse-t-il une période de changement ? Si oui, quelles sont les nouvelles données qui le transforment ? La génomique, la montée en puissance des dossiers vétérinaires ?
M.A.B.- Les dossiers vétérinaires sont entrés dans les mœurs depuis plusieurs années et aujourd’hui incontournables. Ils protègent acheteurs et vendeurs. On constate grâce à eux la diminution du nombre de litiges après les ventes. Sur la génomique, je ne suis pas convaincu. J’ai essayé en testant tous mes poulains une année. Je pense qu’au trot, on est sur des populations trop petites pour avoir des indices fiables. On n’est pas dans les mêmes grandeurs que chez les bovins sur ce sujet. Au trot, on parle 9.000 à 10.000 naissances par an, avec des étalons qui n’ont droit de saillir que 100 juments par an. Et au-delà de cette considération, je pense qu’au trot, c’est l’alchimie entre l’homme et le cheval qui est déterminante. Un trotteur aura beau avoir la meilleure carte génétique possible, si son entraîneur ne le comprend pas, il ne fera pas un bon cheval. Si la génomique se développe au trot, je ne pense pas qu’elle prenne autant d’importance que dans d’autres espèces. L’œil d’un acheteur, d’un entraîneur ou d’un courtier sera toujours nécessaire.
La météo difficile de 2026 (succession de canicules) a-t-elle modifié votre calendrier de préparation de vos yearlings ? Quels impacts sur vos façons de travailler ?
M.A.B.- Je ne pense pas que cet épisode de canicule ait impacté l’élevage de cette génération, notamment en terme de croissance. On s’est adapté en évitant de sortir les poulains en plein après-midi et en aménageant certains horaires. En fait, je pense que cet épisode caniculaire pourrait plus impacter la génération suivante, les actuels foals, qui n’aura pas disposé de la richesse habituelle des herbages.
L’année 2024 était la première saison sans Ready Cash. Quels choix avez-vous fait alors ? Avez-vous opté pour des jeunes étalons représentant la lignée mâle de Ready Cash ou des représentants confirmés du chef de race ?
M.A.B.- On avait fait un mix. Nous étions allés à des valeurs sûtes en 2024, comme Face Time Bourbon, déjà confirmé, et à des plus jeunes comme Just A Gigolo ou Kanada dont les mères sont par Ready Cash. Le premier est pour moi l’étalon le plus intéressant chez les "J" et Kanada a plutôt le profil d’un coup de poker.
Les nouvelles alternatives à Ready Cash, comme Idao de Tillard, Horsy Dream, vous intéressent-elles ?
M.A.B.- Complètement. Nous avons très tôt fait confiance à Idao de Tillard, le cheval de classe par excellence. Nous présentons un beau mâle d’Idao (Pissaro de Vandel - lot 20). aux ventes. Avec Idao de Tillard et Horsy Dream, dont nous avons une part de chacun, je pense que nous (les éleveurs français) possédons une chance inouïe avec des chevaux aux performances exceptionnelles qui amènent un vrai out-cross sur tous les sangs dominants que l’on connaît (Ready Cash, Coktail Jet, Goetmals Wood). Cela va nous apporter une ouverture "dingue" dont on a énormément besoin. L’ouverture pourrait aussi venir plus tard d’un produit français de Tactical Landing qui aurait percé en course.
L’ajustement à la baisse des tarifs 2026 de plusieurs étalons leaders ou attendus (Idao de Tillard, Brillantissime, Jushua Tree, Fabulous Wood, Boccador de Simm, Booster Winner, Hokkaido Jiel…) est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle dans votre modèle ? Peut-il se traduire dès cet automne sur les rings de ventes ?
M.A.B.- C’est une bonne nouvelle sachant que le marché des saillies était un peu décorrélé de celui des ventes. Pour les éleveurs, la saillie est le nerf de la guerre et ce réajustement est donc bénéfique à leur pouvoir d’achat. En revanche, je ne vois pas le marché des ventes s’ajuster par anticipation sur la baisse des prix de quelques saillies.
Avez-vous une attente particulière pour ces ventes ?
M.A.B.- Elle concerne Idao de Tillard. C’est impressionnant et emballant ce qu’il se passe autour de lui. Les résultats de sa première production sont enthousiasmants. Cela donne envie de voir comment cela va se traduire aux ventes.
Cette édition 2006 permet aussi de saluer les éleveurs qui jouent à fond le jeu en présentant des tops pedigrees. Je pense au Bois Josselyn (Pascal Bernard) avec une fille d’Idao de Tillard et de Bélina Josselyn.
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