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Actualité - 11.08.2026

Jean-Charles Fortin : "L’enjeu est de pouvoir dégager une marge"

Indicateurs de la santé de la filière si on les considère comme des places d’investissement, les ventes de yearlings permettent aussi de mettre en lumière les acteurs souvent dans l’ombre que sont les éleveurs vendeurs. Notre quatrième volet donne la parole à Jean-Charles Fortin, éleveur sous plusieurs labels dont celui d’Atalante et par ailleurs consigner à Deauville et à Caen. En qualité de vendeur direct, c’est à Caen qu’il se produira.

Les ventes de yearlings vont bientôt s’installer en une de l’actualité du trot, dans le cadre de l’enchaînement des vacations de l'Association des Éleveurs de Trot du Centre-Est à Lignières-en-Berry, d'Arqana Trot à Deauville et de l’Association des Éleveurs Normands à Caen.

24h au trot.- Comment abordez-vous cette saison de ventes ? Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Jean-Charles Fortin.- Je ne suis ni plus confiant ni plus inquiet que les dernières années. À ce stade, je n’ai de signaux différents des précédentes éditions. Il est aussi encore un peu tôt pour vraiment avoir des retours car les visites d’inspection ne font que commencer. Le contexte économique n’est pas simple mais je me souviens aussi que l’année du Covid, on avait tous peur et personne n’avait peut-être aussi bien vendu.
Le marché des ventes de yearlings traverse-t-il une période de changement ? Si oui, quelles sont les nouvelles données qui le transforment ?
J.C.F.- Je ne vois pas de véritable évolution. Les dossiers vétérinaires se sont installés dans le paysage et sont devenus indispensables. Tous les yearlings que je présente à Deauville en tant que consigner ont leur dossier. Pour le reste, il me semble difficile de parler de changement.

La météo difficile de 2026 (succession de canicules) a-t-elle modifié votre calendrier de préparation de vos yearlings ? Quels impacts sur vos façons de travailler ?
J.C.F.- On a été obligé de nourrir un peu plus pour compenser les herbages grillés. Cela a un impact sur le coût d’alimentation, en hausse. Il n’y a pas de conséquence à mon sens sur le physique des poulains et pouliches qui sont au même niveau que les précédentes années. Quant à la partie préparation des yearlings, on change essentiellement les horaires dès qu’il fait un peu chaud. Cela reste dans le domaine du bon sens.

L’année 2024 était la première saison sans Ready Cash. Quels choix avez-vous fait alors ? Avez-vous opté pour des jeunes étalons représentant la lignée mâle de Ready Cash ou des représentants confirmés du chef de race ?
J.C.F.- Personnellement, Ready Cash m’était impossible pour des raisons budgétaires et j’ai toujours travaillé avec ses descendants, comme Fabulous Wood, Hokkaido Jiel, Héraut d’Armes, In The Money (dont la mère est par Ready Cash), Kanada (dont la mère est par Ready Cash), Keenan de Joudes que j’aime beaucoup.

Les nouvelles alternatives à Ready Cash, comme Idao de Tillard, Horsy Dream, Go On Boy vous intéressent-elles ?
J.C.F.- Bien sûr. Je suis allé à Idao de Tillard lors de sa première année de monte. Maintenant, il dépasse mes budgets. Je présente cette année un produit d’Horsy Dream et un autre de Go On Boy. Pour moi, tout dépend de votre jumenterie et il faut cibler les étalons au mieux par rapport à celle-ci.

L’ajustement à la baisse des tarifs 2026 de plusieurs étalons leaders ou attendus (Idao de Tillard, Brillantissime, Jushua Tree, Fabulous Wood, Boccador de Simm, Booster Winner, Hokkaido Jiel…) est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle dans votre modèle ? Peut-il se traduire dès cet automne sur les rings de ventes ?
J.C.F.- J’ai effectivement trouvé que la baisse des tarifs des saillies a été sensible cette année. Au-delà de la baisse des prix catalogue de certains étalons, qui concernait quelques uns dans une gamme de tarifs élevés, j’ai trouvé qu’il était plus facile de réserver des saillies et de négocier leur prix. C’est plutôt une bonne nouvelle et je dirais que c’est un peu l’effet des vases communicants car nous vendions nos yearlings moins chers depuis plusieurs années. C’est un réajustement normal à mes yeux. Quant à dire que l’orientation à la baisse des prix de saillie entraînera dès cette année une baisse du prix des yearlings, je dirais que c’est un peu les règles du jeu. Les acheteurs essaieront toujours de toute manière d'acheter au moindre coût. C’est aussi pour cela que j’ai toujours fait attention à ne pas aller à des étalons trop chers tout en misant sur le prix moyen des yearlings. J’ai toujours été sensible aux saillies qui me permettent de dégager une marge. Le plus difficile, c’est de ne pas "sursaillir" sa jument pour pouvoir dégager la marge nécessaire.

Avez-vous une attente particulière pour ces ventes ?
J.C.F.- J’ai envie de voir la suite de l’histoire avec Idao de Tillard, de voir si les gens en seront toujours friands. Le travail est très bien fait avec ses premiers produits mais je pense aussi que cela ne vient pas par hasard et que ses chevaux ont de la qualité. Je suis curieux de voir maintenant si les acheteurs vont continuer à acheter du "Idao" au niveau approprié par rapport à son prix de saillie actuel. Je crois à cet étalon mais il est désormais à un tarif que je ne peux pas me permettre. L’an dernier, j’avais vendu un de ses produits proprement.

Le plus difficile, c’est de ne pas "sursaillir" sa jument pour pouvoir dégager la marge nécessaire.

Quelques mots sur vos lots les plus attendus ?
J.C.F.- J’ai une fille d’Hokkaido Jiel avec une mère bien née par Saxo de Vandel (Petite Emmy - lot 30) qui se présente bien. Chez les mâles, j’ai aussi un lot intéressant d’Horsy Dream (Plein Gaz Atalante - lot 91) et un autre par Héraut d’Armes (Ptijean Buissonnay - 45). Avec ce dernier, il a y aussi quelque chose de plus car Héraut d’Armes est né à la maison.

Repères sur l’élevage Atalante
■ Nombre de poulinières en activité : une petite dizaine (en nom propre et en association)
■ Nombre de yearlings présentés en 2026 : 8 à Caen (lots 15, 30, 45, 60, 76, 91, 260, 273, 315)
■ Yearling le plus cher aux ventes : Murrayfield (Hooker Berry) - 85.000 € en 2023 à Deauville (Arqana Trot)
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