Varenne, Ciao Campione !
El capitano nous a quittés. Le crack italien Varenne a succombé cette nuit en Italie à une crise cardiaque. L'icône avait 31 ans et aura marqué l'histoire du trot, tant transalpin que mondial, de ses immenses exploits. Il aura aussi réussi à poursuivre son oeuvre au haras, remettant alors l'Italie sur l'échiquier mondial de l'élevage.
Il fait partie des meilleurs trotteurs de tous les temps. Pour certains, il est même le numéro 1. Son palmarès et ses exploits en font, comme tous les champions d'exception, un performer à part dans le panthéon des idoles internationales. Varenne (Waikiki Beach) a mis son nom aux palmarès des plus grandes épreuves européennes, dont le Prix d'Amérique et l'Elitloppet, et s'est permis, lors de ses rares défis américains, d'établir le record du monde de l'époque.
Varenne, c'est aussi une histoire de rencontres de grandes figures du trot. Elevé en Italie par Jean-Pierre Dubois, lequel le confie à Roger Grundin lors de ses débuts en compétition, il a vite tapé dans l'oeil, en début de carrière, du Napolitain Enzo Giordano. Ce dernier l'achète (pour 150 millions de lires soit presque 80.000 € d'aujourd'hui) et le confie à un tandem installé près de Rome, l'entraîneur finlandais Jori Turja et le driver Giampaolo Minnucci. La grande histoire scintillante de Varenne commence.
Varenne en chiffres
■ 73 courses / 62 victoires
■ Gains : 6.038.408 € (record mondial toujours actif)
■ Record : 1'09''1 (1'51''1/5 sur le mile à Meadowlands en 2001)
■ Ses plus grands titres :
→ 2 Prix d'Amérique (2001 et 2002), 2 Elitloppet (2001 et 2002), 3 Grand Prix de la Loterie (2000, 2001 et 2002), 1 Breeders Crown américaine (2001)
■ Etalon en Italie
→ 13 fois tête de liste en Italie entre 2010 et 2022
→ Père de 7 millionnaires en euros :
Vernissage Grif,
Pascia' Lest,
Lisa America,
Lana del Rio,
Napoleon Bar,
Twister Bi et
Tony Gio
Varenne a vite gravi les échelons pour s'imposer comme le numéro 1 de sa génération en Italie dès l'âge de 3 ans. Ce titre devient officiel lors de son succès dans le Derby italien (Gr.1) aux dépens d'un autre performer de grande qualité, son contemporain
Viking Kronos (American Winner). Il clôturera néanmoins sa première saison par une défaite en concluant 3ème du Gran Premio Paolo et Orsino Orsi Mangelli (Gr.1) à Milan. À 4 ans, il prend encore une autre dimension en restant invaincu en 14 tentatives. Il se permet en fin d'année de battre la star US
Moni Maker (Speedy Crown), pourtant son aînée de deux ans. Sa saison se clôture par sa prise de contact victorieuse avec Vincennes dans le Prix Ariste Hémard (Gr.2).
Il mordra la poussière lors de sa première sortie de 1999 à l'âge de 5 ans. Un défaite qui ressemble pourtant à un succès. Dans le Prix d'Amérique, face à un
Général du Pommeau (Sébrazac) au sommet de son art et âgé de 6 ans, il doit baisser les armes à la fin aux termes d'une course très offensive et se contente de la 3ème place. Qu'importe, la machine à gagner se relance vite et
Varenne remporte quelques mois plus tard la première de ses trois Loteries italiennes. Battu peu après lors de la finale de l'Elitloppet (5ème) dans une édition de légende remportée par
Victory Tilly (Quick Pay) devant
Général du Pommeau, il ne laissera plus passer les grandes échéances par la suite. À 6 et 7 ans, en 2001 et 2002, celui qui est devenu El Capitano (le capitaine) remporte les plus grandes épreuves du calendrier : le Prix d'Amérique, l'Elitloppet, le Grand Prix de la Loterie. Il ajoutera en 2001 la Finale de la Breeders Crown américaine dans laquelle il établira le record du monde de l'époque en 1'09''1.
Varenne se retirera pourtant sur une défaite, à Montréal, le 28 septembre 2002, dans le Trot Mondial où il ne put résister à l'exceptionnelle fin de course de la française
Fan Idole (Le Ham). Son palmarès est exceptionnel avec 62 victoires en 73 sorties et plus de 6 M€ de gains. Il est alors et demeure encore le trotteur le plus riche de l'histoire.
Une idole nationale
"Il a été le plus grand champion de l'histoire du trot et a changé les idées du grand public italien sur les courses" a confié Francesco Ruffo, un fin connaisseur du trot transalpin à Trot Informations (n°210) à la fin de carrière de l'idole. Les tifosis italiens se faisaient alors entendre bruyamment, avec toute leur énergie latine, lors des démonstrations du crack sur les pistes européennes. Vincennes ne dérogeait pas à la règle. En 2001 et 2002, lors de ses sacres dans le Prix d'Amérique, les tribunes parisiennes donnaient plus à entendre l'Italien que le Français quand les drapeaux de la botte transformaient la place en arène transalpine. Et autour du crack, les mêmes veillaient lors de tous ses déplacements : son entraîneur finlandais Jori Turja, son driver italien Giampaolo Minnucci, sa lad finlandaise Lina Rastas. Le pilote attitré n'aura laissé que deux fois sa place à un autre lors de leur carrière commune. En deux occasions, une fois dans l'hexagone et une fois en Italie, c'est en effet le Finlandais Jorma Kontio qui a conduit
Varenne au succès.
Il a été le plus grand champion de l'histoire du trot et a changé les idées du grand public italien sur les courses.
Plus qu'une star, une locomotive pour le trot italien
La marque de
Varenne a largement dépassé les circuits et anneaux internationaux de compétition. Il a posé son empreinte sur l'ensemble du trot italien, se muant en ambassadeur et catalyseur national lors de sa carrière d'étalon, via sa production. C'est ainsi que Roberto Brischetto, qui a géré la carrière d'étalon du champion lors de ses débuts, au haras "Il Grifone" à Vigone, expliquait en 2015 dans les colonnes de Trot Informations (n°231) :
"Varenne n'est pas seulement l'étalon tête de liste en Italie, il est le seul étalon en chair et en os du pays ! Tous ses anciens rivaux ont achevé leur carrière de reproducteur et aucun nouveau ne les a remplacés. (...) En 2014, nous avons eu à peu près 1.500 naissances, dont une centaine de produits de Varenne et il a sailli presque toutes les bonnes poulinières du pays, sauf ses propres filles !"
Après avoir été étalon au haras "Il Grifone" de ses débuts à 2018, il a officié en 2019 et 2020 dans la province de Pavie puis a déménagé une nouvelle fois dans la même région avant de se retirer en 2025 dans un haras appartenant à Dario de Angelis, à Eboli, près de Salerne. C'est là qu'il a succombé d'un arrêt cardiaque ce 18 août.
© ScoopDygaVarenne à Vincennes