©Province Courses - Guillaume Herrault Installé en Belgique, Jean Ernotte a développé un élevage de Trotteurs Français dont Pourquoi d'Erpion a fait le top price du jour 2 des ventes de yearlings de Deauville.
1.- UN TOP PRICE MADE IN BELGIQUE
Top price du jour 2 des ventes de yearlings d’Arqana Trot à 115.000 €, Pourquoi d'Erpion était présenté par le Haras d’Écouché. Mais ce poulain est né à quelque 500 kilomètres de la Normandie, à Erpion, petit village belge de la province du Hainaut dont Jean Ernotte (69 ans), son éleveur, s’est inspiré pour créer le label "maison". "Comme tous mes poulains, il est né chez Jean-Marc Chaineux à Cartignies, en France donc, mais il a grandi dans nos herbages à Erpion qui sont des terres d’élevage reconnues", précise-t-il, accompagné de son épouse.
2.- 50 ANS D’ÉLEVAGE
Dans la famille Ernotte, on élève des chevaux depuis quatre générations. "Mon arrière-grand-père et mon grand-père élevaient des chevaux de selle, raconte Jean Ernotte. Avec mon père, on a acheté notre première jument trotteur en 1974." La réussite n’a pas tardé à être au rendez-vous avec Uwyne d'Erpion, une jument standarbred, la première "Erpion" à gagner en France (lire plus loin). "Dans les années 2010, j’ai été sacré meilleur éleveur de mon pays pendant quelques années. Comme je me fixe toujours des objectifs, je me suis dit qu’après m’être prouvé que je pouvais être numéro un en Belgique, j’allais me tourner vers la France." Un choix dicté aussi par le déclin des courses belges dont il a été un observateur attristé.
3.- LE CHOIX DU TROTTEUR FRANÇAIS
"Pour nous éleveurs belges, la France a été une opportunité, confie Jean Ernotte, en nous donnant notamment la possibilité d’élever des Trotteurs Français en Belgique et de les inscrire à ce stud-book." Au fil des années, l’éleveur a développé son cheptel. "J’ai commencé par acheter quelques vieilles mais bonnes juments françaises, notamment chez Pierre Levesque, car je ne savais pas acheter des jeunes qui étaient trop cher. Rapidement, j’ai sorti des chevaux valables et j’ai continué à investir. Aujourd’hui, nous avons vingt poulinières et une douzaine de chevaux qui courent en France." Dans quelques mois, il y en aura un nouveau avec Pourquoi d’Erpion, un mâle très signé par son père Idao de Tillard. "Chez nous, on dit d’un étalon qu’il est "raceur" quand il reproduit ses gènes. "Idao" est comme cela", juge l’éleveur.
4.- UWYNE D’ERPION, LA PREMIÈRE DE CORDÉE
Avec son père, Jean Ernotte a élevé Uwyne d’Erpion, fille de l’étalon américain Park Ridge Lobell, qui fut leur première bonne jument. "Elle a tout gagné en Belgique avant de courir en France", dit-il. Le souvenir de la première course de leur jument en France est toujours aussi intact : "C’était au Croisé-Laroche et, si je me souviens bien, la course était ouverte aux chevaux n’ayant pas gagné 170.000 €. Or, elle avait autour de 53.000 € alors qu’elle comptait 35 victoires ! Les Français pensaient qu’il y avait une erreur sur le programme. Autant de victoires pour si peu de gains… Ce jour-là, elle s’est promenée. C’est la première victoire de notre élevage en France. On l’a bien sûr gardée et elle a notamment produit Lynx d’Erpion qui a gagné la Triple Couronne chez nous".
5.- DES LARMES DE JOIE
Quand le marteau est tombé à 115.000 € jeudi après-midi dans la salle de vente d’Arqana Trot, Jean Ernotte a été submergé par l’émotion. Il lui a fallu plusieurs minutes pour retrouver ses esprits à celui qui se définit comme "jovial et enthousiaste". "Ce sont des larmes de joie. L’élevage n’est pas évident. Tous les jours, on travaille pour cela, rappelle-t-il. On le fait par passion. Au début, c’était un hobby. Maintenant, c’est devenu un travail. Mais, quand je me lève le matin avant d’aller voir mes chevaux, je me dis toujours que je vis un rêve éveillé. Je suis heureux d’être auprès de mes chevaux et de vivre dans notre campagne."
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