La diversité de l'élevage français dans sa grandeur
Le trio de gagnants des Critériums 3/4/5 a fait la part belle à la diversité propre au trot français, samedi à Vincennes. Ces différences forment aussi les piliers de l’élevage tricolore.
Le rappel des grands vainqueurs des Critériums 3/4/5 s’impose en préambule. Lunella Léman (Critérium des 5 Ans), est en provenance de l’élevage savoyard de Jean-Pierre Delerue –les Léman–, et louée à Benoît Robin. Moustik La Govelle (Critérium des 4 Ans) est resté la propriété de ses éleveurs, Christian Labbé et Damien Bonne, le professionnel mayennais figurant également dans la colonne des entraîneurs et des drivers. Naya d'Eronville (Critérium des 3 Ans) est passée par les ventes de yearlings de Deauville où elle a été présentée par la S.C.E.A. d’Eronville des beaucerons François et Sophie Bailly. Thierry Duvaldestin l'y a achetée en association avec Philippe Beauvisage. Cette variété des parcours renvoie aussi à des profils génétiques pareillement éclectiques. Ceux de Lunella Léman (Boccador de Simm) et de Moustik la Govelle (Discours Joyeux) sont totalement hors Ready Cash et Love You. Au contraire Naya d’Eronville (Hohneck) propose un pedigree complètement dans l’"air du temps", déclinant le croisement Love You-Ready Cash-Goetmals Wood-Viking’s Way, avec inbreedings sur ce dernier (5x3), Coktail Jet (4x5x4) et And Arifant (5x4).
© ScoopDygaLunella LémanCritérium des 3 Ans : Naya d’Eronville, d’un siècle à l’autre
Sur les trois Critériums au programme samedi 12 septembre, deux sont gagnés par des femelles, lesquelles figurent même aux deux premières places du Critérium des 3 Ans (Groupe 1), où
Naya d’Eronville devance la favorite,
Nocive du Choquel. A dire vrai, les pouliches sont sensiblement plus performantes dans le Critérium des 3 Ans que ne le sont les juments dans le pendant pour les 5 ans. La preuve en est que, si elles sont douze 5 ans au palmarès, elles sont, en regard, vingt 3 ans. On se doit, toutefois, de préciser que le Critérium des 3 Ans existe depuis 1924, là où le Critérium des 5 Ans n’a été créé, on l’a dit, qu’en 1942, comptant dix-huit éditions de moins.
Les vingt lauréates dénombrées s’étalent sur un siècle, puisque la première est
Baltimore, en 1926, la liste nous emmenant ensuite jusqu’à
Naya d’Eronville, en 2026. Entre elles, il y a
Névada IV, en 1938,
Riga, en 1942,
Toutepile, en 1944,
Hérodiade III, en 1954,
Pinochle, en 1962,
Sara de Bourgogne, en 1965 –deadheat avec
Sy–,
Une de Mai, en 1967,
Clissa, en 1971,
Dame de Carreau, en 1972,
Gamélia, en 1975,
Ivory Queen, en 1977,
Lazio du Bourg, en 2002,
Pearl Queen, en 2006,
Vanika du Ruel, en 2012,
Erminig d’Oliverie, en 2017,
Gunilla d’Atout, en 2019,
Hanna des Molles, en 2020, et
Idylle Speed, en 2021. Curieusement, il s’est passé vingt-cinq ans entre la victoire d’
Ivory Queen et celle de
Lazio du Bourg. Hormis ce long espace, les pouliches sont régulièrement montées sur la première marche du podium depuis les origines de la course. La particularité de
Naya d’Eronville est qu’elle n’avait jamais pris part à un classique ou à un semi-classique avant sa tentative victorieuse de samedi.
Encore une famille à Critériums !
Naya d’Eronville 1’12’’ (Hohneck) provient des ventes de yearlings sélectionnés d’Arqana Trot, où elle a été adjugée 66.000 euros, en 2024. Elle y était présentée par ses éleveurs de la S.C.E.A. d’Eronville, François et Sophie Bailly, dont c’est là le deuxième titre classique, après celui glané avec Quita d’Eronville dans le Prix du Président de la République (Groupe 1), en 2008. Ils ont élevé Naya d’Eronville en partenariat avec la structure suédoise Tako Bygg AB. La pouliche est issue de Calliope de Reux 1’15’’ (Password), laquelle n’est autre que la trois quarts sœur de Darling de Reux 1’11’’ (Prodigious), lauréate du Critérium des 4 Ans (Groupe 1). Encore une famille à Critériums. Décidément !
© ScoopDygaNaya d'EronvilleCritérium des 4 Ans : Moustik la Govelle dépoussière les palmarès
En réalisant la passe de trois du Prix de Vincennes (Groupe 1), du Prix du Président de la République (Groupe 1) et du Critérium des 4 Ans (Groupe 1),
Moustik la Govelle a réussi un authentique exploit, que quatre, seulement, avant lui, avaient pu mener à bien, cela en plus d’un siècle. En remontant le temps,
Ursulo de Crouay est le premier de ceux-là, ayant enlevé le Prix de Vincennes, en 1989, puis le Critérium des 4 Ans et le "Président", en 1990. Nous mentionnons les courses dans cet ordre, car, à ce moment-là, le Critérium des 4 Ans se disputait en mai, avant le Prix du Président de la République, programmé en juin. Il n’y avait qu’un peu plus d’un mois entre les deux courses et cela ne facilitait pas l’enchaînement.
Entre la prouesse d’
Ursulo de Crouay et celle de
Moustik la Govelle, il s’est écoulé trente-six ans. Auparavant, il avait fallu attendre trente-neuf ans pour que le triplé d’
Ursulo de Crouay ravive le souvenir de celui de
Dumbéa II, lauréat du Prix de Vincennes, en 1950, avant de rééditer dans le Critérium et le "Président", en 1951. Quelques années plus tôt, en 1945 et 1946, la pouliche
Ussy avait également parachevé le triplé, aux soins du même Raoul Simonard que le précédent. En 1938 et en 1939, enfin,
Néron M avait, lui aussi, réussi le coup de trois.
Parmi les quatre susnommés prédécesseurs de
Moustik la Govelle,
Ursulo de Crouay est celui dont le palmarès est le plus abouti, avec quatre autres Groupes 1 à son actif, soit le Saint-Léger des Trotteurs, le Prix des Centaures, le Prix de l’Atlantique et le Prix des Meilleurs, en Allemagne. Celui d’
Ussy n’est pas mal non plus, comportant deux classiques supplémentaires en les Prix des Centaures et des Elites.
Entre la prouesse d’Ursulo de Crouay et celle de Moustik la Govelle, il s’est écoulé trente-six ans. Auparavant, il avait fallu attendre trente-neuf ans pour que le triplé d’Ursulo de Crouay ravive le souvenir de celui de Dumbéa II.
Le deuxième vainqueur de Critérium de la famille
Moustik la Govelle 1’11’’ (Discours Joyeux) a été élevé, en association, par son entraîneur-driver, Damien Bonne, et Christian Labbé, sous les couleurs duquel il s’exprime. Sa famille maternelle porte l’empreinte d’Yves Deux, éleveur des quatre premières mères. Parmi elles, la poulinière phare est Orélie Girl 1’23’’ a.-m. (1980-Greyhound), pointée, ici, à la quatrième génération, d’où le champion Balou Boy 1’13’’ (Moscantido), millionnaire en euros et triple gagnant de Groupe 1, à la faveur des Prix de France et René Ballière, mais aussi du Critérium des 5 Ans. De la sorte, Moustik la Govelle est le deuxième vainqueur de Critérium de la parentèle. Pointons également que son grand-père maternel, Paris Haufor 1’11’’, a gagné le Critérium des 5 Ans, dans les pas de son père, Vivier de Montfort 1’14’’. Ce n’était pas jour de Critérium pour rien, samedi, à Vincennes.
© ScoopDygaCritérium des 5 Ans : Lunella Léman intègre le club des 12
Rares sont les femelles à avoir inscrit leur nom au palmarès du Critérium des 5 Ans (Groupe 1). Depuis la création de la course, en 1942, elles ne sont que douze à y être parvenues.
Lunella Léman complète, ainsi, ce que l’on pourrait appeler une "short list", commencée avec
R Elle, en 1944. Une certaine
Sa Bourbonnaise enchaînera, en 1945, avant que sa glorieuse descendante,
Roquépine, lui emboîte le pas, en 1966. Dans l’intervalle,
Masina y est allée également de sa note, en 1961.
Ténébreuse D, en 1968,
Vanina B, en 1970, Catharina, en 1973,
Feinte, en 1976, et
Girl Blanche, en 1977, poursuivront dans cette voie. Il faudra ensuite patienter vingt-sept ans pour que
Lady d’Auvrecy féminise à nouveau ce Critérium, en 2004, imitée par
Queen’s Glory, en 2009. Celle-ci était la dernière lauréate en date, avant le sacre de
Lunella Léman, samedi.
Depuis la création de la course, en 1942, elles ne sont que douze à être parvenues à inscrire leur nom au palmarès du Critérium des 5 Ans. Lunella Léman complète, ainsi, ce que l’on pourrait appeler une "short list", commencée avec R Elle, en 1944.
Les juments que nous venons d’énumérer ont, par la suite, souvent bien fait dans le Prix d’Amérique (Groupe 1), telles
Sa Bourbonnaise, troisième de l’italien
Mistero, en 1947,
Vanina B, deuxième de
Tidalium Pélo, en 1971, et cinquième de
Dart Hanover, en 1973, ou bien
Catharina, troisième, puis deuxième du même
Bellino II, en 1975 et en 1976. Quant à
Masina et à
Roquépine, elles ont fait mieux encore. La première a, en effet, remporté le Prix d’Amérique à 5 ans, en prélude à son succès dans le Critérium, et en a terminé deuxième à 6 ans, handicapée de vingt-cinq mètres, du fait de sa victoire de l’année précédente, comme le voulait le règlement de l’époque. La seconde s’est mêmement imposée à 5 ans dans le championnat du monde des trotteurs, qu’elle a gagné deux autres fois, dans la foulée. Le moins que l’on puisse écrire est que
Lunella Léman est en bonne compagnie.
Le Critérium des 5 Ans dans les gènes
Lunella Léman 1’10’’ (Boccador de Simm) est frappée du sceau de l’Elevage Léman, auquel ressortissent, outre elle-même, aussi bien sa mère, la bonne Comète Léman 1’12’’, gagnante de Groupe 3, à la faveur du Trot Open des Régions, à 5 ans, son père de mère, le rare Neptune Léman 1’12’’, et sa grand-mère, Kellboum Léman (1976-Quel Boum), une petite-fille du crack Bellino II 1’15’’, lequel se classa troisième du Critérium des 5 Ans, en 1972, derrière Bill D et Buffet II. De même, Hulk des Champs 1’13’’, le père de Neptune Léman, fut troisième de ce Critérium, à l’instar de son propre auteur, Blue Dream 1’14’’. En prolongement, on relève que trois étalons figurant dans le pedigree, depuis la cinquième génération, sont des vainqueurs du Critérium qui nous intéresse, à savoir Coktail Jet, en 1995, Quasipyl, en 1965, et Jamin, en 1958.
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