Les marathoniens de Vincennes
Troisième et dernière finale des Amérique Races, le Prix de Paris Eqwin (Groupe 1) a depuis sa création en 1942 été placé sous le signe de l’exigence de tenue. Ses initiateurs l’ont effectivement conçu dans l’esprit d’un marathon dont la distance initialement de 3.350m. a été portée à 4.150m. en 1994, un an après la réfection de la grande piste de Vincennes, ou 4.125m. suivant les périodes. Depuis, la tradition s’est perpétuée, ce qui continue à en faire un rendez-vous unique, à l'affiche de la réunion de dimanche, le dernier du meeting d'hiver 2025-2026.
Dans le créneau des épreuves dites marathons du programme français, les 4.150m. du Prix de Paris Eqwin sont seulement dépassés par le Critérium d'Endurance de Vichy, réservé aux amateurs et disputé sur 4.275m. Ils sont néanmoins une exception qui s'adresse aux meilleurs trotteurs tricolores et internationaux appelés à disputer au cœur de l'hiver le triptyque que le Prix de Paris clôt après le Prix d'Amérique et le Prix de France, un exercice singulier qu'ils doivent être capables de maîtriser alors qu'on vient de leur demander quinze jours plus tôt un exercice de vitesse et que le meeting se termine, ce qui ne fat que renforcer la difficulté.
© B. Vandevelde/SETFJoumba de Guez, lauréate en 2025À ce sujet, il paraît intéressant de se rappeler des propos dans ces colonnes en février 2024 de Jean-Michel Bazire, qui possède le record de victoires (8) depuis sa victoire l'an dernier avec
Joumba de Guez (
Carat Williams), l'un et l'autre étant les grands absents de l'édition 2026 :
"Cette course a toute sa place. Pour être un vrai crack, ça passe par là : être bien mis, être capable de bien respirer et avoir la capacité à faire les 500 derniers mètres avec force. C'est du dressage et ça doit faire partie de la palette complète du crack".
Dix doublés, quatre triplés en plus de 80 ans
Alors que le cas ne pourra pas se présenter cette année à la lecture de la liste des engagés, on compte dix doublés en plus de 80 ans d'histoire de la course, dont les deux derniers ont été réalisés par
Up And Quick (Buvetier d'Aunou) en 2014 et 2015 et
Bélina Josselyn (
Love You) en 2019 et 2020. Les triplés sont logiquement encore plus exceptionnels et sont l'œuvre de
Gélinotte (Kairos) de 1955 à 1957,
Bellino II (Boum III) de 1975 à 1977,
Vourasie (Fakir du Vivier) de 1993 à 1995 et
Jardy (Cygnus d'Odyssée) de 2005 à 2007. Le cas de
Vourasie a ceci de singulier que la championne de l'Écurie Ostheimer a réalisé ce challenge sur deux distances différentes : d'abord sur les 3.200m. de l'ancienne piste en 1993, puis sur les 4.150m. de la nouvelle piste les deux années suivantes. La jument entraînée par Léopold Verroken et drivée par Bernard Oger fait donc office de témoin entre deux
Le record : 1'11''9
Remportée par
Hussard du Landret, préparé par Benoît Robin et drivé par Yoann Lebourgeois, l'édition 2024 du marathon de Vincennes est la plus rapide de l'histoire. Le cheval élevé par Jean Daniel, qui succédait au palmarès à son père,
Bird Parker, vainqueur en 2018, et à son grand-père,
Ready Cash, lauréat en 2013, a en effet établi ce jour-là le nouveau record de la course 1'11''9 et devenait le premier trotteur à passer sous la barre des 1'12'' sur la plus longue distance de Vincennes. Douze mois plus tard,
Joumba de Guez s'en est approché à un dixième, réalisant là aussi une performance chronométrique remarquable en ayant supporté tout le poids de la course.
Un mâle âgé de 7 ans : le profil du vainqueur
Depuis 1994, soit lors des trente-deux éditions disputées depuis la réfection de la grande piste, l'étude du palmarès du Prix de Paris Eqwin fait ressortir comme profil de vainqueur un mâle âgé de 7 ans.
Hussard du Landret, il y a deux ans, et
Etonnant (
Timoko) en 2021 sont les deux plus récents lauréats à répondre à ces critères. Parmi les engagés avant le premier forfait enregistré ce mercredi matin,
Jazzman Debailleul (
Repeat Love),
Working Class Hero (
Village Mystic),
J'Aime le Foot (
Boccador de Simm) et
Justin Bold (
Bold Eagle), en piste ce mardi en fin de journée à Mons (Belgique), sont les quatre mâles âgés de 7 ans. À noter que cette promotion devrait aussi être représentée par la femelle
Just Love You (
Love You), qui n'a pas été revue depuis sa cinquième place dans le Prix d'Amérique Legend Race où elle terminait dans le sillage des premiers.
Si l'on se concentre sur l'âge, il faut remonter au début des années 1990 pour trouver trace de deux vainqueurs (deux mâles) âgés de 5 ans. Il s'agit d'
Ultra Ducal (Buffet II) en 1991 et
Vivier de Montfort (Kronos du Vivier) l'année suivante. Est-ce la voie à suivre pour l'italien
Frank Gio (
Face Time Bourbon), le seul 5 ans des engagés de l'édition 2026 ?
Et les femelles ?
On peut toutefois remarquer que les femelles emmenées par
Bélina Josselyn double gagnante en 2019 et 2020, ont une réussite certaine ces dernières saisons. La championne de l'Écurie Bernard a ainsi depuis été imitée par
Ampia Mede SM (Ganymède) en 2023 et
Joumba de Guez l'an dernier. Au cours des vingt dernières éditions, elles sont sept à avoir inscrit leur nom au palmarès.
La place des étrangers dans le palmarès
La distance de 4.150m. du marathon de Vincennes ne semble pas a priori fait pour les trotteurs étrangers, pour lesquels les occasions sont assez rares de courir au-delà de 3.000m. même si, évidemment, le Harper Hanovers et le Åby World Grand Prix constituent des références en Suède en matière de longue distance. Le palmarès montre néanmoins que les visiteurs sont d'être des faire-valoir, avec neuf mentions dont trois lors des quinze dernières éditions grâce à
Maharajah (Viking Kronos) en 2011, au cours d'un hiver où il avait terminé deuxième des Prix d'Amérique et de France,
Lionel (
Look de Star) et
Ampia Mede SM. Dans la même période,
Tony Gio (Varenne) a été par deux fois le dauphin de
Bélina Josselyn et
Moni Viking (Maharajah) est monté sur le podium de l'édition 2021 remportée par
Etonnant.