... © Delaunay Productions
Cabourg : ville et hippodrome
Actualité - 14.03.2026

Courses et élections municipales : le tour des enjeux

Jour d’élections ce dimanche en France. Les élections municipales sont celles du local et des décisions de proximité. Les 231 hippodromes français sont aussi des acteurs des territoires et créateurs de valeur, tout à la fois économique, sociale et environnementale. Dès lors, quand on parle projet pour dessiner l’avenir au niveau de chaque commune et intercommunalité de France, les courses ont-elles une place ? Voici le tour des enjeux liés aux hippodromes au premier tour des Municipales.

La mobilisation des élus hippiques -en particulier les présidents des hippodromes hexagonaux- a battu son plein ces dernières semaines. Avec comme ligne directrice, la démonstration que les sociétés de courses sont des acteurs économiques, sociaux et environnementaux importants, générant en outre une valeur directe aux collectivités locale, via la redevance issue des enjeux hippiques (lire plus loin). Explication du contexte par Pierre Préaud, secrétaire général de la Fédération Nationale des Courses Hippiques (FNCH) : "Un message que nous faisons passer régulièrement aux associations de courses est l’indispensable proximité qu’elles doivent entretenir avec les échelons mairie et intercommunalité. Dans le cadre des élections municipales, nous avons proposé aux représentants des hippodromes des contenus pour les aider à communiquer."
La démarche est structurée et argumentée donc. Il s’agit "de faire passer aux candidats et aux maires sortants quatre messages principaux. Ce sont en quelque sorte quatre engagements pour soutenir l’ambition de leur territoire en faveur de l’activité hippique. C’est un message qui vient du local, en direct des associations de courses". L’enjeu est de démontrer que l’hippodrome fait partie intégrante de l’écosystème associatif, touristique et économique du territoire où il est implanté.

Une démarche planifiée
Et la suite est aussi prévue : "Au lendemain des élections, on prendra contact par les associations de courses avec les maires puis avec les présidents des agglomérations", complète Pierre Préaud. Il s’agira de conforter les rapports avec les élus reconduits ou faire passer les messages sur la filière hippique aux niveaux élus. La FNCH pourra aussi faire du cas par cas en soutien par exemple à un hippodrome en situation de tension avec des élus locaux. Cet ensemble d’actions s’inscrit dans le projet Territoires Hippiques qui œuvre à la connaissance des élus, à tout niveau, de l’ensemble de la filière hippique.

L'argumentaire en quatre points développé pour les élus locaux (→ à retrouver par ce lien)

1️⃣. La redevance issue des enjeux hippiques : des budgets à conquérir pour les sociétés de courses
Les communes et intercommunalités bénéficient d’une part de financement issu des enjeux des paris hippiques, d’un montant global national de 12,3 millions d’euros. Cette "manne" est partagée à part égale entre les communes et les intercommunalités. La ligne défendue par la FNCH et les représentants des hippodromes est de recevoir la plus grande partie possible de ce montant suivant la logique que la valeur générée par les courses doit revenir à la filière hippique. Le reversement aux sociétés de courses est sous la seule responsabilité des communes et intercommunalités puisqu’elles sont libres de leur usage des montants perçus. "Les cas de figure sont variés aujourd’hui, constate Pierre Préaud. Il y a des communes et des intercommunalités qui reversent en grande partie leur montant à leur(s) hippodrome(s). D’autres ne font pas de reversements systématiques mais contribuent de façon récurrente à des programmes d’investissement pour la ou les sociétés de courses qui leur sont rattachées. Grosso modo sur plusieurs années, on obtient un montant équivalent de reversement élevé. D’autres ne reversent rien mais prennent en charge sur leurs budgets propres l’entretien des pistes ou des bâtiments hippiques. Cela correspond là encore à un soutien évident des courses. Mais, et malheureusement, on a une majorité de communes et d’intercommunalités qui ne font rien (comprendre : qui ne reversent rien). C’est cette position que nous voulons faire changer."
Pour aider les sociétés de courses à argumenter en leur bénéfice auprès des élus locaux, la FNCH a "communiqué il y a quelques semaines auprès des associations de courses les montants perçues par les communes et intercommunalités en 2025 au titre des enjeux 2024. On leur a fourni les montants reçus par leur commune et intercommunalité en leur proposant de les rencontrer pour en recevoir une partie" explique aussi Pierre Préaud.

Le contexte de la redevance hippique
Créée en 2010, dans le cadre du nouveau paysage réglementant les jeux d’argent en France, avec l’ouverture des paris et jeux sur Internet, la redevance issue des enjeux hippiques est calculée en fonction du volume d’enjeux (le "chiffre d’affaires") généré par chaque société de courses. Plus un hippodrome génère d'enjeux (le cas des hippodromes avec réunions Premium), plus la commune et l'intercommunalité de rattachement toucheront une redevance élevée. Pierre Préaud nous rappelle l’intention du législateur en 2010 : "Il faut que les redevances qui reviennent à la commune et à l’intercommunalité ne soient pas seulement un effet d’aubaine (une recette supplémentaire) mais qu’elles soient utilisée au profit de l’hippodrome. L’intention du législateur était que les communes et intercommunalités puissent aider leur(s) hippodrome(s)." Mais aucune obligation ne leur est faite.

Bon à savoir
■ Le taux de reversement estimé sur les cinq dernières années (sous les différentes formes : reversement d’un montant de la redevance hippique, investissements, mise à disposition de personnels, dépenses de communication, etc.) est au maximum de 15 à 20 % (des 12,3 M€). Il y a donc 80 % qui est conservé par les communes et intercommunalités.
■ Ce taux moyen maximum de 20 % sur les cinq dernières années a augmenté. "On a réussi à mobiliser des collectivités lors des sept ou huit dernières années, nous apprend Pierre Préaud. La marge de progression reste énorme. Sans prétendre récupérer 100 % de cette redevance, cela changerait la vie de très nombreux hippodromes si on montait à la moitié ou aux deux-tiers de cette redevance. On a une marge de progression considérable. Dans le contexte qu’on connaît en 2026 et qu’on connaîtra en 2027 et ensuite, cela va devenir un vrai enjeu de survie de certains hippodromes."

Le taux de reversement estimé de la redevance est au maximum de 15 à 20 %


© FNCH
2️⃣. Intégrer l’hippodrome dans la stratégie d’attractivité et de rayonnement de la commune
C’est le rôle de la société des courses comme centre de création de valeur économique local qui est ici pointé. Pierre Préaud développe : "Il faut que l’activité de l’hippodrome soit totalement intégrée dans la stratégie d’attractivité économique ou touristique de la commune ou de l’intercommunalité. Quand il y a un office de tourisme, il faut que les journées de courses soient dans l’agenda de l’office, que la billetterie soit disponible via l’office, que les courses soient relayées dans le bulletin communal…"

Association de courses hippiques versus société
Les mots ont un sens et leur portée quelquefois symbolique jamais anodine. C’est pourquoi, Pierre Praud explique : "On insiste sur le côté association en préconisant l’emploi association de courses hippiques plutôt que société de courses hippiques. Au regard de la loi de 1891, elles sont des sociétés de courses mais instituées sous forme associative. C’est pourquoi on a demandé aux sociétés de changer leur dénomination usuelle pour s’appeler association de courses hippiques. De telle façon qu’elles soient mieux comprises comme étant associatives et mieux intégrées dans la politique associative au plan local."

3️⃣. Renforcer le partenariat éducatif et la présentation des métiers des courses
La filière des courses hippiques forme, embauche et recrute. Les hippodromes en sont une vitrine. Grâce à des dispositifs pédagogiques comme le "pack scolaire", créé pour proposer aux élèves une sortie scolaire pour découvrir le fonctionnement d’un hippodrome sous l’angle de la bientraitance du cheval, et grâce aux animations des académies de formation de l’AFASEC et des autres acteurs de formation aux métiers hippique, les hippodromes peuvent accueillir de nombreux jeunes sur leurs sites.

4️⃣. La dimension de la transition écologique
La quasi-totalité des hippodromes est désormais labellisée EquuRES, à l’exception des hippodromes éphémères comme les hippodromes marins. Ils répondent à de vrais engagements en matières environnementale, écologique, énergétique, de protection des paysages et de biodiversité. "On revendique qu’un hippodrome est un poumon vert, un puits de carbone et qu’il participe à l’équilibre environnemental, commente Pierre Préaud. Par sa gestion responsable de l’eau et de l’énergie, il est un acteur global en matière de RSE au niveau de la commune."

Le cas de Toulouse
Y a-t-il un ou plusieurs des 231 hippodromes dans l’œil du cyclone ? Comprendre mis en danger par le projet d’une liste dans la conquête d’une municipalité ? Un seul cas nous est remonté, celui de Toulouse. Gérard Cazeneuve, président des courses de Beaumont-de-Lomagne et président de la fédération régionale du Sud-Ouest, nous apprend ainsi : "Le candidat LFI a proposé dans son programme de récupérer tout le parc de la Cépière (dans lequel est localisé l’hippodrome) pour en faire un parc de verdure pour les Toulousains. Du coup, tous les élus des courses sont montés au créneau pour faire valoir la contribution financière de la filière aux économies locales par la réversion de la taxe sur les enjeux."

Les élus qui font le lien entre les Municipales et les courses
Dans certaines villes, des candidats qui briguent la mairie sont parallèlement président d’une société de courses. Dans le Sud-Ouest, le double président des sociétés de courses de Bordeaux et de Mont-de-Marsan, Thierry Gouaichault, est candidat à la mairie de La Teste-de-Buch. Gérard Cazeneuve explicite : "Il y a aussi cette dimension-là avec des élus d’associations de courses qui ont des fonctions municipales ou qui vont en chercher lors des élections de ce dimanche."

À chaque hippodrome un contexte particulier
Président des courses de Rânes et président de la fédération régionale de Basse-Normandie, Dominique Claude relate en ouverture : "D’une façon générale, les relations des sociétés de courses se passent bien avec les municipalités dans notre région. On est dans une région où l’activité hippique est plus un atout qu’un problème."
Concernant la redevance issue des enjeux hippiques et la capacité de chaque association de courses à la demander et/ou la recevoir, l’élu remarque la diversité des cas : "C’est à chaque association de courses de réclamer à sa commune et à son intercommunalité une partie de la réversion de la redevance hippique. Mais cela dépend à chaque fois des conditions particulières et du contexte. À Rânes, par exemple, on ne paie pas de loyer des huit hectares de la commune inclus sur l’hippodrome. Ces terrains sont une mise à disposition. La commune nous aide aussi de différentes façons pour l’entretien. C’est dès lors compliqué de réclamer un retour financier qui serait dans tous les cas minime au regard de ce que l’on reçoit de la municipalité. La société des courses d’Argentan en revanche reçoit un montant significatif, en retour de la réversion de la redevance hippique de la part de la commune d’Urou-de-Crennes. Autre cas encore à Alençon et Bagnoles-de-l’Orne où c’est la commune qui assure l’entretien. C’est un avantage en nature qu’on ne chiffre pas toujours. Cela renvoie aussi à des habitudes. Par exemple, il y aura une nouvelle équipe à Alençon où le maire actuel ne se représente pas. Alors, est-ce que la nouvelle municipalité va fonctionner e la même façon avec l’association des courses ? C’est un point d’interrogation."
© ScoopDyga
Pierre Préaud

A voir aussi :
...
Nevers reste invaincu

Brillant lauréat lors de ses débuts, le 1er mars à Challans, Nevers (Booster Winner) confirme ce succès avec autorité ce samedi à Lisieux. Il reste ainsi invaincu en deux tentatives. Parti sur quelques foulées de galop, le pensionnaire ...

Lire la suite
...
La piste de Challans refaite

En ces premiers jours de mars, la piste de l'hippodrome de Challans qui, rappelons-le, porte le nom d'Éric Raffin, a été refaite, ce qui n'avait plus été le cas depuis sept ans. Devenu trop grossier, le sable ne convenait ...

Lire la suite
...
Eric Woerth nommé Président du
Conseil d'Administration du PMU

Sur proposition des Sociétés-Mères et avec l'agrément des ministères de tutelle - ministère de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire et ministère de l'Action et des Comptes publics - l'Assemblée ...

Lire la suite
...
Franck Blandin,
mentor résistant

Franck Blandin fait partie d’une liste de professionnels qui accompagnent la vie du trot depuis plusieurs décennies. Le quinquagénaire, 58 ans précisément, a laissé sur son passage nombre de cailloux qui balisent une route riche de ...

Lire la suite