Animateurs du Groupe d'études Cheval à l'Assemblée Nationale et au Sénat, Géraldine Bannier et Jean-Pierre Vogel ont co-signé un manifeste suite à la publication des propositions de nouvelle cartographie émise par France Galop. Le titre est clair : "réformer, oui ; précipiter, non !"
Nous avons choisi de diffuser l'intégralité de la tribune signée des deux parlementaires et co-signée par 55 de leurs homologues.
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Invités il y a un an par les Sociétés mères au Congrès de la Fédération Nationale des Courses Hippiques, nous avions porté un message clair : l’avenir de la filière des courses hippiques passe par son ancrage dans les territoires.
Loin d’être un handicap ou un simple centre de coûts, le réseau des hippodromes régionaux constitue un véritable atout économique, social, agricole et populaire. Il fait vivre des professionnels, mobilise des milliers de bénévoles, contribue à l’activité de la filière équine et entretient un lien de proximité indispensable entre les courses et le grand public. La crise que traverse aujourd’hui la filière, avec une baisse brutale de ses ressources et une diminution déjà engagée du nombre de chevaux à l’entraînement, impose naturellement de faire évoluer notre modèle.
Nous ne contestons ni la nécessité de réformer, ni celle de rechercher des économies et des mutualisations. L’immobilisme n’est pas une option. Mais la précipitation ne peut pas davantage tenir lieu de stratégie. L’équation « moins de chevaux, moins de partants, moins de courses » est compréhensible. Sa traduction sur le terrain est toutefois beaucoup plus complexe. En particulier, réduire le nombre de réunions ne signifie pas nécessairement réduire les coûts dans les mêmes proportions. De nombreux hippodromes sont mixtes et accueillent à la fois des réunions de galop et de trot. Une diminution de leur activité ne fera disparaître ni les dépenses d’entretien des infrastructures, ni les exigences de sécurité, ni les obligations réglementaires, ni une grande partie des charges de personnel et des investissements nécessaires à leur fonctionnement.
Une décision présentée comme une économie pour la filière ne doit donc pas avoir pour seul effet de déplacer les charges vers les sociétés de courses et les collectivités territoriales, tout en diminuant leurs recettes. Ce ne serait pas résoudre le problème économique, mais le déplacer.
C’est pourquoi toute nouvelle cartographie des hippodromes doit être précédée d’une évaluation précise des économies réellement attendues, mais aussi de ses conséquences économiques, sociales et territoriales. Les effets indirects doivent être pris en compte : fragilisation de certaines sociétés de courses, moindre capacité à entretenir les équipements, découragement des bénévoles, conséquences pour les professionnels et, à terme, risque de disparition de certains hippodromes. Or, un hippodrome qui disparaît ne se recrée pas quelques années plus tard. Avec lui peuvent disparaître un savoir-faire, une équipe de bénévoles, des infrastructures et parfois plusieurs décennies d’investissements publics et privés.
La méthode est donc essentielle. Cette évolution doit faire l’objet d’une véritable concertation avec les instances régionales du galop et du trot, les sociétés de courses, les deux Sociétés mères – particulièrement lorsque les hippodromes sont mixtes –, la Fédération Nationale des Courses Hippiques, les professionnels et les collectivités locales. Ces dernières sont souvent propriétaires du foncier et des équipements et presque toujours partenaires de leur fonctionnement.
France Galop indique que les propositions présentées constituent une base de discussion et que « la connaissance du terrain doit pouvoir les améliorer encore ». Nous prenons acte de cette volonté et nous la partageons. Mais encore faut-il que cette concertation dispose du temps nécessaire pour être réelle et utile. Comment envisager des arbitrages aussi structurants et potentiellement irréversibles avec une mise en œuvre dans quelques mois seulement, alors que leurs conséquences doivent encore être analysées avec ceux qui font vivre quotidiennement les hippodromes ?
L’urgence financière impose d’agir. Elle impose aussi de ne pas prendre dans l’urgence des décisions susceptibles d’aggraver les difficultés qu’elles sont censées résoudre. Il existe enfin un enjeu plus large : celui de la légitimité et de l’image des courses hippiques.
Nous le rappelions déjà lors du Congrès de Tours : face à la perception encore trop fréquente d’une filière élitiste et éloignée du grand public, notre ancrage agricole, populaire et territorial constitue notre meilleure réponse. Les hippodromes régionaux sont des lieux de rassemblement, souvent familiaux, profondément intégrés à la vie locale. Ils permettent à des publics très divers de découvrir les courses et la filière équine.
Les fragiliser sans avoir précisément mesuré les conséquences serait prendre le risque d’affaiblir l’une des singularités qui ont longtemps fait la force du modèle hippique français. Transformer notre modèle est indispensable. Mais cette transformation doit être construite avec les territoires et non à leur détriment.
Recherchons les économies réelles. Mutualisons lorsque cela est pertinent.
Adaptons le calendrier lorsque cela est nécessaire. Mais ne faisons pas des hippodromes régionaux la variable d’ajustement des difficultés financières de la filière.
Réformer, oui. Décider dans la précipitation et sans les territoires, non.

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