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Actualité - 03.10.2026

Histoire d’eau à Cagnes-sur-Mer

La France n’a jamais été confrontée à une telle sécheresse que cette année. Ce n’est pas sans raison que la situation est si critique qu’elle est qualifiée d’historique. Fin septembre, 94 départements étaient encore concernés par des restrictions d’utilisation de l’eau, dont 67 à un niveau maximal de crise. Très forte consommatrice de cette ressource, la filière hippique doit plus que jamais s’adapter à cet état de fait qui ne concerne donc plus seulement les seuls mois d’été. C’est dans ce contexte que l’Association des Courses de la Côte d’Azur (ACCA) a débuté une phase de test avec une station de Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT). Le calendrier prévisionnel est une mise en service l’été prochain quand l'ambition est d’apporter une solution potentiellement déclinable sur d’autres hippodromes.

En ce début d’automne, les restrictions liées à l’usage de l’eau sont toujours d’actualité et concernent de facto la filière hippique. Les exemples foisonnent presqu’autant qu’en plein été ! Cette semaine, la séance de qualifications prévue initialement à Meslay-du-Maine a été ainsi annulée mardi faute de précipitations. Dimanche, la réunion de Cherbourg a été reportée au 13 décembre "à la suite d’un arrêté préfectoral interdisant l’arrosage des pistes en journée".
Celle de Vitré a été annulée en raison des conditions climatiques des derniers mois (absence de pluie). Lundi prochain, pour la seconde fois en huit jours, le début des opérations de la réunion de Caen est avancé à 8h40 pour s’adapter à l’interdiction de l’arrosage l’après-midi sur l’agglomération normande. Voilà pour le trot. Toujours lundi, cette fois au galop, la réunion Premium a été transférée du Croisé-Laroche en raison de "l’interdiction d’arrosage par arrêté préfectoral et de l’absence de précipitations suffisantes" sur la métropole lilloise avant que la pluie ne fasse son retour mercredi soir sur la PSF de Deauville. Des contraintes qui concernent l'ensemble du territoire et donc potentiellement beaucoup d'hippodromes et se prolongent dans l'arrière-saison, période de l'année qui était épargnée jusque-là.
Ce constat suscite le commentaire suivant de Stéphanie Cavaillero, la directrice adjointe de l'Association des Courses de la Côte d’Azur (ACCA) qui vient de lancer la phase de test de la station de Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT) construite sur l'hippodrome : "Il faut que l'on change de mécanique et de fonctionnement car on connaît tous les mêmes problématiques".

Aux origines du projet

Avec ses deux meetings, d'été qui s'est achevé le 22 août et d'hiver qui va débuter le 2 décembre prochain, et ses dix hectares de pistes en herbe, une piste en sable fibré et une autre en sable, sans parler de l'entretien des mille boxes du centre d'entraînement, l'hippodrome azuréen est un gros consommateur d'eau. "Jusqu’en 2022, la Côte d'Azur n'était pas impactée par les problèmes de sécheresse même s’il faisait chaud l’été, nuance la responsable cagnoise. On n'avait pas de souci d'approvisionnement en eau, nos nappes étaient assez abondantes et on n'avait pas de difficulté. Mais, en 2022, on a eu une énorme sécheresse et toutes les nappes ont été profondément impactées."

La survie de l’hippodrome était en jeu. Sans eau, il n’y a pas d’hippodrome. (Stéphanie Cavaillero, directrice adjointe ACCA)

C'est alors que l'hippodrome cagnois a dû réfléchir à son avenir. "La DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer), qui délivre les autorisations de prélèvement d'eau, nous a avertis que le bassin du Loup sur lequel l'hippodrome s'approvisionnait n'allait plus pouvoir être utilisé comme on le faisait jusque-là, poursuit-elle. On s’est donc retrouvés en difficulté car la survie de l’hippodrome était en jeu. Sans eau, il n’y a pas d’hippodrome. C’est aussi vrai pour beaucoup d’hippodromes. On a beaucoup discuté avec la DDTM, on les a rencontrés et on s'est engagés sur une sobriété hydrique, c'est-à-dire à faire un gros travail sur notre réseau, à réparer les éventuelles fuites, à mettre des boutons-poussoirs, etc., afin que l'on soit vraiment plus vertueux dans notre consommation."
Parallèlement, les dirigeants azuréens ont développé leur réflexion sur l'utilisation du réseau d'eaux usées en provenance de la station d'épuration située juste derrière l'hippodrome qui rejette directement dans la mer. En 2023, la loi concernant les stations de réutilisation des eaux usées traitées a évolué. "Avant, pour construire une station, on était obligé de passer par un organisme public ou une délégation de service public, nous apprend Stéphanie Cavaillero. Cet arrêté de 2023 a rendu cela possible. On a donc initié ce projet pour notre hippodrome."
S'en sont suivis de longs mois d'élaboration et de concertation auprès des organismes compétents, avec notamment les conseils de Jean-Luc Belliard de la la société Horti Conseil, avant le lancement des travaux après la fin du meeting d'hiver 2025-2026. La construction d'une telle station était la solution en raison des quantités d'eau très importantes dont a besoin le site comme l'explique notre interlocutrice : "Les pistes en gazon représentent à elles seules dix hectares. Nous ne pouvions donc pas prélever autant d'eau à la station d’épuration en camion. Par conséquent, nous devions nous équiper d’un bassin de stockage. Or, à partir du moment il y a du stockage, il faut pouvoir la traiter sur site. Le projet s’est construit ainsi".


© ACCA

La phase de test est lancée

Le coup d'envoi des travaux a été donné au mois d'avril pour faire sortir de terre un bassin de stockage d'une capacité de 500 mètres cubes. À l'issue de ceux-ci, la phase de test a pu être lancée la semaine dernière. "C’est une phase de six mois, précise Stéphanie Cavaillero. Les tests consistent à mettre la station en mode de fonctionnement pour vérifier que tout le process est ok, notamment au niveau des analyses biochimiques et autres, des alertes, mais aussi de la formation de notre personnel. Cette phase doit permettre d’obtenir la validation de notre process s’il est conforme et répond aux exigences sanitaires. Pendant ces six mois, il n’y a pas d’arrosage des pistes avec cette eau traitée qui est rejetée dans les eaux usées. Mais on simule les arrosages et les programmations."

L’objectif est de pouvoir être autonome l’été prochain pour la période des semis de nos pistes en herbe. (Stéphanie Cavaillero - ACCA)

Une fois cette phase de test achevée, la DDTM va étudier le dossier pendant une instruction de trois mois maximum avant de rendre son avis. "Nous espérons qu’elle nous délivrera l’arrêté nous autorisant à utiliser cette station pour telles quantités d'eau, avec telles normes, etc. Pour nous, l’objectif est de pouvoir être autonome l’été prochain pour la période des semis de nos pistes en herbe", avance la directrice adjointe.
Les autorisations pour l’utilisation des eaux usées se font par usage. Le dossier cagnois a été monté sur deux usages : l’un pour l’arrosage des pistes en herbe, l’autre pour l’arrosage des pistes en sable. "On a voulu faire par étape avant d’autres usages, explique Stéphanie Cavaillero. Mais le bassin est dimensionné de façon assez conséquente pour nous permettre de multiplier les usages ensuite." Il faut savoir que le projet prévoit que l'arrosage automatique des pistes par asperseurs se fasse la nuit, donc sans public, ni salarié ou professionnel, ni cheval.
Ce projet a aussi pour objectif de faire des "petits". Directeur administratif de la ACCA, Thomas Roucayrol l'a d'ailleurs présenté en septembre de l'an dernier lors du Congrès de la Fédération Nationale des Courses Hippiques (FNCH) à Tours. "Le devenir de beaucoup d’hippodromes passera par là, insiste la directrice adjointe. On doit prendre tous conscience que nous devons utiliser l’eau différemment et changer nos manières de faire pour être en adéquation avec notre environnement afin que notre activité se pérennise."

Un investissement à hauteur de plus de 700.000 €
Le coût du projet est de plus de 700.000 € qui comprennent les études, la maîtrise d'œuvre et la construction nécessaires pour que cette station REUT d'une capacité de stockage de 500 mètres cubes voit le jour. "On a été accompagnés notamment par l’Agence de l’eau via un financement à hauteur de 40 %", nous apprend Stéphanie Cavaillero.
© ACCA
Le bassin de stockage et de traitement des eaux usées

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