© ScoopDyga Hervé Karsenty sort d'une réunion dont il avait oublié l'existence. On serait soi-même au moins distrait si on avait vécu la semaine dernière à sa place. C'est pourtant d'une voix claire, douce et un tout petit peu ironique, celle d'un médecin avisé, qu'il raconte d'un seul trait près de quarante ans d'apprentissage. Il a commencé à regarder les trotteurs dans les années 80 : les études pour réussir comme éleveur durent plus longtemps que celles d'un chirurgien.
Le week-end dernier, l'Écurie de Windcut qu'il a créée avec son épouse Nelly a rempli un bingo qui ferait baver les plus grands éleveurs d'Europe. Samedi, Nanda Devi Cut (Maharajah) remporte le Critérium des 3 Ans suédois (Svenskt Trav-Kriterium) à Solvalla. Quelques minutes plus tôt, Knockonwood (Ready Cash), acquis 310.000 € aux ventes du Prix d'Amérique Arqana Trot 2024, s'impose de bout en bout, à 16/1, dans le Grand Prix de la Ville de Caen. La veille, à Naples, le 2 ans Litaliano Cut gagnait sa deuxième course en deux sorties. C’est un produit de Gelati Cut, le premier champion de la maison. Et Miss des Besaces (Memphis du Rib), réclamée 20.001 € un an plus tôt, deuxième du Prix des Élites (Groupe 1), le 27 septembre, a porté ses gains depuis son achat à près de 400.000 €.
Il n'y a pas de recette pour les miracles, c'est même ce qui les définit. Mais une réussite aussi universelle, sur des théâtres aussi différents, au terme d'histoires aussi singulières, incite à penser que décidément, Hervé et Nelly Karsenty savent s'y prendre. On nous dira qu'il y a une part de chance. C'est vrai. Et la chance, aussi sûrement que la défaite, ça se provoque.
Hervé Karsenty nous a raconté la genèse de ces succès, la façon dont il est venu aux courses, sa vision de l'élevage et ce qui pourrait naître à l'horizon de Windcut, traduction de Taillevent, un nom qui trahissait, déjà, l'envie de persister dans l'adversité.
24h le Mag.- Comment êtes-vous venu aux courses ? Ce n'était pas un monde qui vous était familier.
Hervé Karsenty.- Pas du tout. Je ne suis pas d'un milieu agricole, mes parents étaient instituteurs, rien ne me prédestinait aux courses. J'étais installé comme médecin libéral, et un jour, à la campagne dans ma belle-famille, un ami qui connaissait quelqu'un qui connaissait un marchand de chevaux m'a dit : "Si tu veux une jument pour monter, je t'en connais une". C'était une jument de réforme de 12 ans. Il s'est avéré que c'était une trotteuse. J'ai commencé à m'intéresser à ses origines, au milieu du trot, et j'ai mis le doigt dans l'engrenage. C'était il y a quarante ans. Ça ne tient à rien.
Et vous l'avez fait saillir...
Dans les années 80, on pouvait faire un peu n'importe quoi. Elle n'était pas qualifiée, elle avait un petit papier à l'ancienne. Son premier poulain n’était pas bon, le deuxième non plus. Au début, vous élevez et il ne se passe rien, parce que vous tombez dans toutes les erreurs que font les éleveurs qui n'ont qu'une jument et qui font ça par passion. Vous croyez un peu au Père Noël. Vous étudiez un croisement, vous lisez beaucoup et vous arrivez à vous persuader que ça doit marcher.
Vous qui êtes médecin, vous connaissiez pourtant les travers de la chose !
Oui, mais les courses, c'est une activité de rêve. Si vous ne rêvez pas, vous pouvez arrêter tout de suite. C'est comme si une partie différente du cerveau se mettait à travailler. Avec la deuxième jument, qui avait un peu plus de papier, on a eu nos premiers vrais chevaux de course, Popayan des Arkads (In Love With You) et Stretto des Arkads (In Love With You), sous mes couleurs.
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