L'express "Vilault" est lancé à plein régime
Plus de 450 jours après que son nom est apparu sur les programmes, Raphaël Vilault (17 ans) est en passe de remporter les classements attelé et combiné des apprentis et lads-jockeys. À moins de deux mois de la fin de la saison, le Normand n’a plus en effet qu’une course à gagner pour s’assurer du titre à l’attelé où il est à égalité avec Martin Goetz, qui ne peut plus améliorer son score depuis qu'il est professionnel, et compte dix victoires d’avance au combiné. Au service de Charley Mottier, également maître d'apprentissage de Jean Ferron, en position de force pour être sacré au monté même s'il a déjà gagné sa 50ème course, Raphaël Vilault est un jeune homme pressé.
Des phénomènes de précocité chez les apprentis et lads-jockeys, le trot en a connus. Au cours des vingt dernières années, Alexandre Abrivard, auquel il n'a fallu qu'à peine sept mois et deux cent trente courses pour devenir professionnel, est l'exemple le plus parlant et l'incontestable référence. Plus récemment, Théo Briand a remporté ses cinquante premières courses en l'espace de quatorze mois et trois cent cinq courses. On ne sait pas si ces deux-là sont des modèles pour Raphaël Vilault, mais, en ces premiers jours de novembre, le jeune homme qui a fêté ses 17 ans en juin compte quarante-et-une victoires en un peu plus de trois cents courses disputées en quatorze mois aussi.
Des résultats qui se sont surtout intensifiés ces sept derniers mois. Cette précocité le surprend lui-même. "Je ne m’attendais pas à gagner autant de courses, confie-t-il. Courir autant l’année de ses 17 ans est rare je pense pour un apprenti (plus de 250 fois). C’est top ! J’ai commencé tôt à gagner des courses. Ce qui me plaît surtout est de courir face à des drivers et des jockeys qui ont beaucoup plus d’expérience et sont plus âgés que moi. Ça montre que je m’affirme."
Si déclic il y a eu, on peut le dater au mois d'avril quand il a remporté huit courses sur seize. "Il n’avait pas gagné beaucoup avant, note Charley Mottier, son patron depuis un peu plus d'un an. Début mai, je lui ai dit qu’il fallait se prendre au jeu tout en gardant la tête froide et ne pas penser qu’à ça, ni courir que pour gagner. C’est un garçon posé. Il est doué avec un bon sens de la course. Il supporte très bien la pression, ce qui est une grosse qualité. Il ne se prend pas la tête et ne se prend pas non plus pour un autre. Et puis, il encaisse bien les défaites, ce qui est souvent un problème chez les jeunes."
Ce qui me plaît surtout est de courir face à des drivers et des jockeys qui ont beaucoup plus d’expérience et sont plus âgés que moi. Ça montre que je m’affirme. (Raphaël Vilault)
Un titre à portée de victoire
Raphaël Vilault n'est pas resté insensible aux encouragements de son patron, bien au contraire !
"C'est un super maître d’apprentissage qui sait donner les bons conseils, remettre dans le droit chemin quand il le faut. C’est surtout le fait qu’il fasse confiance qui est important pour moi", avance-t-il. Cette confiance se traduit par des succès qui s'enchaînent. Tant et si bien qu'il en totalise 31 à l'attelé et 4 au monté depuis le début de l'année. Il n'a plus qu'à gagner une course à l'attelé pour passer seul en tête du classement des apprentis et être sacré champion de France, un titre dont il est déjà assuré pour ainsi dire au combiné avec dix gagnants d'avance.
"C'est top car ça peut le faire pour les deux classements, espère Raphaël Vilault.
Ce serait une satisfaction personnelle, surtout à mon âge. Après, il faut voir l’avenir. Je ne veux pas que ma carrière s’arrête à 17 ans."
Précoce et ambitieux, il se projette déjà dans l'après.
"Je pense surtout au passage chez les pros. C'est le plus important, insiste-t-il.
Théo Raffin a montré qu’on pouvait être champion de France des apprentis à l’attelé et au combiné en gagnant plus de 30 courses et continuer à gagner une fois chez les professionnels. C’est un exemple d'autant qu’il est un peu comme moi dans le sens où il ne gagne pas beaucoup au monté."
En raison de sa grande taille, il sait que son avenir est au sulky, spécialité dans laquelle il prend le plus de plaisir. Encore plus quand il est amené à driver de très bons chevaux comme le mois dernier
Imperator d'Ela (
Carat Williams) dans une course face aux pros pour l'entraînement de Matthieu Varin avec l'assentiment de son patron.
"Charley joue le jeu presque plus que moi, c’est dingue ! Quand je lui ai demandé quinze jours avant la course si je pouvais aller driver à Marseille, il m’a dit de foncer", se réjouit-il.
À ce rythme, l'attendu cap des cinquante victoires pourrait être atteint dans les prochaines semaines.
"Je pense que ça peut arriver d’ici la fin de l’année, estime même Raphaël Vilault,
avec neuf gagnants à faire en un peu moins de deux mois. Ça serait sympa de passer pro en un an et demi de licence (sourire). C’est mon petit challenge jusqu’à la fin de l’année."
Raphaël Vilault en chiffres
(avant la semi-nocturne de Laval ce 7 novembre)
◆ 17 ans
◆ 1ère course avec Italia Haufor (dai) le 02/08/25 aux Sables-d’Olonne
◆ 1ère victoire avec Jasmine des Etangs le 05/08/25 à Avranches
◆ 304 courses (180 attelé / 124 monté)
◆ 41 victoires (34 attelé / 7 monté)
◆ Classements apprentis attelé 2026 : 1er ex aequo avec Martin Goetz - 31 victoires
◆ Classements apprentis combiné 2026 : 1er - 35 victoires
© ScoopDygaCharley Mottier, le formateur
Quand on lui parle de son rôle de formateur avec la réussite de Raphaël Vilault mais aussi de Jean Ferron qui, à eux deux, sont en position de force pour truster les trois classements (attelé, monté et combiné) du championnat de France des apprentis et lads-jockeys, Charley Mottier nous renvoie aussitôt à ses années d'apprentissage chez Bruno Marie. "C'est l'éducation que j'ai reçue chez Bruno, dit-il. Il nous donnait notre chance et nous laissait pas mal de liberté, notamment la possibilité de courir pour les autres. Je me souviens que cela me motivait. Or, pour faire du bon travail, il faut des gars motivés dans la cour et, pour qu’ils le soient, il faut qu’ils aillent aux courses. Maintenant que je suis entraîneur, j’essaye simplement d’appliquer cela à mon tour. J’étais chez lui quand Bruno était le meilleur maître d’apprentissage. Cette année, cela va peut-être être moi. C’est bien. C’est une fierté." Reste que donner la possibilité d'aller courir pour l'extérieur n'est pas sans conséquences sur la vie de son écurie. "Je ne veux pas les empêcher. C’est ça notre métier, on veut courir, surtout à cet âge. Mais cela implique de l'organisation à mon niveau, ne cache pas le chef d'entreprise. Je suis capable de donner beaucoup si, en retour, on me donne beaucoup. Il faut trouver un bon équilibre. Je ne suis pas toujours tendre, ni gentil. Je pense être un peu dur, mais j’essaye d’être juste."
Charley Mottier n'a pas beaucoup de doute sur la faculté de son jeune poulain à performer chez les pros.
"Passer pro ne va changer beaucoup de choses pour lui. Je ne suis pas trop inquiet d’autant qu’il a une bonne mentalité, souligne-t-il.
Il drivera assez régulièrement, ne serait-ce déjà parce que je le ferai driver car il est capable et qu'il y a de la place pour lui au sein de l’écurie. Il est travailleur et ne craint pas de faire des kilomètres. Par ailleurs, il met tout en œuvre pour essayer de progresser. Évidemment, il ne fera pas une année prochaine similaire à celle-ci, mais il ne gagnera pas non plus seulement quatre courses."
La fierté d'un père
Il est un autre homme qui compte beaucoup dans l'ascension de Raphaël. Jean-Pierre Vilault, son père, est à la fois son supporter numéro un et son confident avec lequel il débriefe de toutes ses courses.
"Il communique surtout avec Charley Mottier, nuance celui qui a longtemps travaillé dans les chevaux de selle avant de reprendre le haras de trotteurs que son père avait créé.
Raphaël n'a que 17 ans mais il est très mûr. J'ai beau avoir 80 ans, il y a entre nous quelque chose de naturel. Il a beaucoup observé plus jeune. Or, pour réussir dans un métier comme celui-ci, il faut beaucoup observer, c'est indispensable. Je crois qu'il est doué. Sa réussite est une fierté, il faut le dire !"
Les classements des apprentis lads-jockeys 2026
chiffres arrêtés au 07/11/26 (avant la semi-nocturne de Laval)
→ Attelé
1️⃣. Martin Goetz - 31 vict. (527.830 €)
2️⃣. Raphaël Vilault - 31 vict. (345.480 €)
3️⃣. Mathys Cinier - 22 vict. (434.435 €)
Martin Goetz est passé professionnel
→ Monté
1️⃣. Jean Ferron - 20 vict. (362.170 €)
2️⃣. Cléa Roger - 15 vict. (431.480 €)
3️⃣. Eva Bouclet - 14 vict. (328.540 €)
Jean Ferron et Cléa Roger sont passés professionnels
→ Combiné
1️⃣. Raphaël Vilault - 35 vict. (494.290 €)
2️⃣. Jean Ferron - 25 vict. (433.900 €)
3️⃣. Justin Maillard - 20 vict. (422.785 €)
Jean Ferron est passé professionnel
© Ag. Couleur CasaquesLa victoire de Raphaël Vilault avec Imperator d'Ela à Marseille-Borély