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En bref - 09.03.2022

Les femmes du trot (#2/6) "Les chevaux m'ont sauvée"

Suite de notre série sur les femmes et les courses. Après Virginie Boudier Cormy et Carole Thomas dans notre précédente édition, voici la rencontre de Gabrielle Mombourg. Sous le nom de Gaby Pension Equine, elle est une spécialiste de la préparation des poulains pour les ventes.

24H au Trot.- Pour quelles raisons avez-vous choisi le domaine hippique (animal, compétition, sport). Êtes-vous issue du milieu des courses ?
Gabrielle Mombourg.- J’ai toujours été passionnée par les chevaux mais j’ai vraiment connu le métier du cheval dans l’association de Pierrette Brès « La Licorne » qui proposait une thérapie par le cheval pour les jeunes en difficultés de l’ADAS. C’est vraiment là-bas que j’ai pu m’épanouir. Je dois beaucoup aux chevaux, ils m’ont « sauvée ». J’ai passé mon CAP grâce à l’association. Ensuite j’ai fait plusieurs écuries, dont celles de Sébastien Bazire et d’Albert Rayon. Puis je me suis dirigée vers l’élevage, chez Emmanuel Leclerc (Élevage Madrik) ou j’ai appris à manier les poulains, la gynécologie et la préparation aux ventes. J’ai quitté celui que je surnomme « le chef » après cinq années car j’avais envie de mettre en application tout ce que j’avais appris chez lui. J’ai alors intégré l’élevage Quick Star en tant que responsable mais il n’y avait pas de préparation aux ventes. Cette activité intense me manquait. J’ai alors pris la décision de m’installer à mon compte.

Comment pourriez-vous définir votre métier (préparatrice aux ventes) ?
C’est le plus beau métier du monde. On a la chance de pouvoir faire la chose que l’on aime, même si c’est dur. Être une chef d’entreprise seule n’est pas facile tous les jours. Il faut s’imposer, se montrer. J’adore ce que je fais. Les ventes pour mon métier, c’est notre Prix d’Amérique, le résultat d’un travail intense et de beaucoup de minuties. C’est génial.

La gent féminine prend de plus en plus de place au sein des écuries et sur les bancs des écoles. Votre avis ?
Je trouve ça bien. Les femmes sont plus minutieuses, plus douces. En tant que mère, on a vécu l’accouchement. Quand une jument pouline, on a une plus grande proximité avec elle que les hommes. Au moment du poulinage, je parle aux juments, je les encourage. On a ce côté vraiment maternel et les juments nous font confiance. Un respect mutuel s’installe naturellement entre nous et elles. Le cheval a des émotions et il faut en prendre compte. Un homme va plus faire attention à la partie technique et la femme à la partie bien-être.

Qu’est ce qui est le plus difficile dans votre métier ?
Le recrutement est réellement difficile. Mais le plus dur reste de tenir son navire à flot. Il ne faut jamais croire que tout est acquis. Tout peut s’effondrer du jour au lendemain. On travaille avec du vivant donc tout peut aller très vite et parfois, même souvent, notre métier devient injuste. Aujourd’hui pour moi, ça va bien mais je continue et je continuerai de travailler dur pour que mon entreprise perdure.

REPÈRES SUR GABRIELLE MOMBOURG
■ Dirigeante de Gaby Pension Equine
■ Haras de Lonray (61), près d’Alençon
■ Éleveur, préparatrice aux ventes

Le fait d’être une femme a-t-il été ou est-il un frein ou un accélérateur ? Si vous aviez été un homme pensez-vous que votre carrière aurait-été la même ?
Les deux à la fois. Je pense que c'est un frein au début puis ensuite un accélérateur. C’est aussi ce frein qui nous aide à accélérer et nous rendre plus forte. Il y a vingt ans, ce n’était pas facile mais je pense que l’arrivée de Nathalie (Henry) nous a fait un grand bien. Quand j’ai commencé en tant qu’apprentie chez Jean-Lou Peupion, je travaillais avec des anciens qui ne comprenaient pas pourquoi une femme était dans le métier. Je me souviens d'un salarié homme qui devait me mettre à cheval la première fois. Il m’a pris le pied, m’a tellement soulevée fort que je suis retrouvée la tête sur le bitume de l’autre côté, devant le bureau du patron. C’était une sorte de bizutage. On ne nous faisait pas de cadeaux et cela nous a rendues fortes. Il fallait qu’on ait du répondant, tout en se faisant respecter. On devait faire notre place. Sans prétention, je pense qu’aujourd’hui je peux dire que j’ai ma place.

Comment avez-vous réussi à conjuguer votre vie de famille avec votre métier ?
Cela n’a pas été facile. J’ai élevé mon fils principalement seule. Il a toujours suivi. À 8 mois il faisait du trotteur dans la cour pendant que je soignais. Il a dû apprendre à être autonome rapidement. Parfois on culpabilise parce qu’on ne voit pas le temps passer. Mais quand je le vois aujourd’hui - il a 16 ans, est apprenti chez Stéphane Meunier, indépendant et responsable -, je suis fière de lui.

Si c’était à refaire, referiez-vous le même parcours, les mêmes choix de vie ?
Il y a certaines décisions que je changerais, mais mon parcours en lui-même non. Comme être mère dans de meilleures conditions. J'ai eu mon fils alors que j'étais encore apprentie et cela n’a pas été simple. Aujourd’hui je sais que nos plus belles années sont devant nous.

Quel est votre meilleur souvenir lié aux courses ?
Il a un nom : Diva Quick. Elle avait eu un fêlure à l'élevage chez M. Delon et était condamnée pour les courses. Monsieur Delon me l’a donnée et m’a autorisé à la réessayer. C’est là que l’histoire est devenue magnifique. Je l'ai mise chez Gaétan Ligeron. Elle s'est qualifiée et a gagné six courses. Elle nous a tellement donné comme si elle nous remerciait de l’avoir sauvée. Diva aura toujours une place particulière dans mon cœur, elle ne partira jamais. Maintenant j’aimerais bien que l’histoire se répète avec ses poulains.

Selon vous quelle femme a été une pionnière dans le milieu hippique et pour quelles raisons ?
Pierrette Brès, première jockey amateur femme dans le galop et première femme à présenter le Tiercé. La Licorne (association créée par Pierrette Brès), cela a été mes plus belles années. Pierrette Brès s’est fait sa place dans ce monde, ne s’est jamais laissée faire et s’est toujours battue. On est toujours en contact et elle est toujours présente pour moi. Elle me dit toujours : "Tu sais Gaby, tout ce qui ne te tue pas, te rend plus forte" et elle a totalement raison. Cette femme-là est une force de la nature. C’est grâce à des personnes comme ça qu’on a envie de faire ce métier. Mais j'aimerais aussi citer un homme comme modèle : Emmanuel Leclerc. Il est bienveillant, proche de ses employés et a le talent de réussir à transmettre son savoir. Je resterais toujours une Madrikette.

Quel serait votre rêve aujourd'hui ?
Mon rêve est de toujours réussir. D’aller au bout de ce que j’entreprends. Et aussi élever un cheval qui courra les grandes courses. Le plus beau serait que mon fils le drive. Dans un avenir plus proche, ce serait de faire un top price aux ventes et de battre le "chef" (Emmanuel Leclerc) sur un top des ventes. Pour moi, ce serait une façon de le remercier et de lui montrer qu’il a réussi à me transmettre son savoir.

Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes femmes voulant faire ce métier ?
Je trouve que les parents ne laissent pas assez les jeunes se faire leurs propres expériences et ça c’est un frein. Le secteur des courses a changé : auparavant, certains patrons exploitaient le personnel mais aujourd’hui c’est complètement différent, il y a des règles, des lois, des contrôles des écoles. Il faut aussi savoir que l’on travaille avec du vivant et que l'on fait un métier de passion où il ne faut pas compter ses heures. Je dirais aux jeunes femmes qu'avant la gloire, il y a énormément de travail, qu’il faut faire ses preuves pour atteindre ses objectifs et être récompensé(e). Il faut toujours croire en ses rêves et ne jamais baisser les bras et surtout s’entourer de bonnes personnes. Il ne faut laisser personne détruire vos rêves.

Face aux incertitudes sur l'avenir du modèle des courses, quelles propositions vous tiendraient le plus à cœur ?
On a une TVA à 10 % pour l’élevage et je pense que cela changerait beaucoup de choses de faire pareil pour l’entraînement.

Pierrette Brès est toujours présente pour moi.

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