... © Regina Oliinyk
Actualité - 27.03.2022

Témoignage d'un Ukrainien : "les chevaux ne sont pas seuls"

L'hippodrome de Kiev abrite entre 300 et 400 chevaux. Depuis le début de l'invasion russe, leur bien-être et leur santé font partie des sujets qui mobilisent l'attention de la communauté internationale du cheval. On le sait maintenant, ces équidés de Kiev ne sont pas seuls et sont pris en charge. Viktor Bukreyev est l'un des nombreux entraîneurs ukrainiens à être restés sur l'hippodrome de Kiev pour s'occuper de ses chevaux. Non seulement il est resté à Kiev mais il s'est installé dans son écurie au moment où la guerre a éclaté. Il s’est confié à la journaliste norvégienne Lisa Harkema qui en a fait le reportage que nous vous proposons ici.

"J'habite à 20 minutes de l'hippodrome mais, le 24 février, j'ai fait le choix de m'installer ici dans mon écurie, sur l’hippodrome de Kiev. Il y a beaucoup de barrages routiers dans la ville, il y a eu des couvre-feux, les chevaux ont besoin de moi et je dois m'occuper d'eux. Il n'y avait pas vraiment de quoi réfléchir, alors j'ai emménagé sur le site où sont mes chevaux. En fait, il y a quelqu'un qui vit dans chaque écurie maintenant. Nous sommes tous ici pour prendre soin des chevaux." Voilà comment présente sa vie en temps de guerre Viktor Bukreyev à Lisa Harkema. L'entraîneur ukrainien fait partie des professionnels les plus connus de son pays. Son écurie comprenait plusieurs salariés dont l'une vient de trouver refuge en France (lire en page 3).

"En ce moment, tout va bien à l'hippodrome. Cependant, Kiev est bombardé et pilonné tous les jours. Dimanche dernier, un avion de chasse a abattu un missile russe à un kilomètre de l'hippodrome", souligne l'entraîneur ukrainien.

Qui est Lisa Harkema ?
Journaliste norvégienne installée aux Pays-Bas, Lisa Harkema est une spécialiste de l'élevage et de l'histoire des courses au trot. Elle collabore particulièrement avec les médias scandinaves et avec l'Hambletonian Society aux Etats-Unis. Elle s'est construite un important réseau de professionnels des courses en Russie et en Ukraine depuis très longtemps, et possède dans les deux pays de nombreux amis. Elle a décidé de s’impliquer personnellement dans le conflit actuel en relayant les informations dont elle dispose et en donnant la parole à des Ukrainiens qui vivent en temps de guerre.

Un ensemble de volontaires soudés au service des chevaux
Viktor Bukreyev explique que tous les résidents sur l'hippodrome sont là parce qu'ils le veulent vraiment. Parmi les quelque dizaines de personnes au service des chevaux, il y a aussi notamment Olga Bondar, la vice-présidente de l’hippodrome, entraîneur et driver amateur, qui se démène pour faire connaître le contexte des lieux, devenu plus grand centre de résidence de chevaux de la capitale ukrainienne (lire notre édition du 17 mars par ce lien).
Viktor Bukreyev déclare encore : "Il y a trois ou quatre entraîneurs à l'hippodrome qui sont restés ici tout le temps. Les autres sont partis avec leur famille. En Ukraine, les choses fonctionnent un peu différemment. Un entraîneur est engagé par une écurie ou un propriétaire de chevaux pour une certaine période. Les entraîneurs qui sont partis l'ont fait parce qu'ils n'avaient pas de travail. En dehors de cela, seuls les palefreniers vivent dans les écuries, et ils ont fait leur choix en toute conscience. Il n'y a pas de coercition. Tous ceux qui sont ici veulent être ici."

Le marcheur remplace la piste
La situation à Kiev est tendue mais demeure gérable. "Les Russes tirent des roquettes qui représentent un danger majeur pour chaque bâtiment et chaque être dans la ville. Le front, cependant, est à environ 20-25 kilomètres de l'hippodrome. Pourtant, toute explosion ou coup de feu peut facilement effrayer les chevaux, qui sont enfermés dans leurs boxes la plupart du temps. Bien qu'il n'y ait plus d'entraînement régulier, les chevaux font de l'exercice de deux manières différentes, soit avec le marcheur mécanique, soit dans les paddocks."

Le marcheur mécanique empêche les chevaux de s'enfuir si quelque chose arrive (car ils y sont attachés), et il a été disponible tout le temps depuis l'invasion des Russes. Dernièrement, un petit paddock est également devenu disponible et est venu compléter les espaces de détente des chevaux. Il a pu être aménagé grâce au temps chaud et au soleil rendant son sol utilisable.

Un effectif de chevaux qui change au jour le jour
Personne n'est en mesure de fournir un nombre exact de chevaux à l'hippodrome. On cite souvent la fourchette de 300 à 400 chevaux. Et il y a une raison à cela : le nombre change fréquemment, quasiment quotidiennement. Malgré les bombes et les bombardements, les Ukrainiens vivent au jour le jour et ont dernièrement accepté de prendre le risque de transporter leurs chevaux. Viktor Bukreyev explique à ce sujet : "Certains propriétaires ont même ramené leurs chevaux chez eux, tandis que d'autres les ont amenés ici. Cette semaine, par exemple, j'ai « perdu » un cheval qui a dû partir pour une saillie. Un autre propriétaire a emporté 35 chevaux chez lui. Il est venu ici et a récupéré cinq chevaux par jour, et il lui a fallu une semaine entière pour les récupérer tous. Quand il y a des boxes vides, ils se remplissent peu à peu de chevaux d'équitation dont les propriétaires pensent qu'ils sont plus en sécurité ici."

Assez de nourriture pour le moment
Les étrangers se sont beaucoup inquiétés de la possibilité que les chevaux meurent de faim. Heureusement, Viktor Bukreyev rassure en disant que le marché intérieur ukrainien fonctionne encore raisonnablement bien pour le moment. "L'inquiétude pour les chevaux de l'hippodrome de Kiev est en fait un peu exagérée pour le moment, dit-il. Nous avons de la nourriture, il n'y a donc pas de problème aigu d'alimentation pour l’instant. Il y a plusieurs vendeurs locaux qui ont un stock d'aliments, et certains ont même beaucoup de stocks. Au début, la logistique était un problème. La situation changeait tous les jours et une route qui était ouverte un jour pouvait être fermée le lendemain. Il y avait de vrais risques et beaucoup attendaient qu'un casse-cou tente de trouver une route sûre. Désormais, il existe des directions et des routes sûres, et la question de la solvabilité des propriétaires est devenue plus primordiale."


Des chevaux au marcheur mécanique sur l'hippodrome de Kiev

© Regina Oliinyk
Le problème de la solvabilité des propriétaires et de la prise en charge des frais
"Je sais que l'hippodrome a un problème d'absence de paiement des boxes, de l'eau et de l'électricité de la part de certains propriétaires, souligne Viktor Bukreyev. Il n'y a aucun contact avec certains propriétaires, tandis que d'autres ont perdu leur emploi et n'ont peut-être pas d'argent. En outre, certains boxes ont été remplis par des chevaux qui ont été évacués par des bénévoles de zones que les gens ont fui. L'inquiétude de la direction est que si aucun contact n'est établi avec les propriétaires des chevaux - et beaucoup d'entre eux ont probablement perdu leur emploi et sont partis - l'hippodrome soit obligé de s'en occuper. Cela représente une charge financière."

L’importance des dons pour l’hippodrome de Kiev
Le 9 mars, une importante cargaison d'aliments pour chevaux a été envoyée de Suède à la suite d'une initiative privée allemande. Deux jours plus tard, elle est restée bloquée à la frontière, où elle se trouve depuis lors. La raison du blocage est toujours liée officiellement aux formalités douanières. Les responsables de l'hippodrome soulignent qu'il est préférable de donner de l'argent directement sur les comptes créés par l'hippodrome à cet effet, plutôt que d'essayer d'envoyer de la nourriture de l’étranger et qui peut être arrêté aux frontières.
"Il y a encore beaucoup de nourriture à l'intérieur de l'Ukraine, explique l’entraîneur ukrainien. Une cargaison en provenance d'Allemagne est restée bloquée à la frontière ukrainienne vers la Pologne pendant de nombreux jours, en raison de problèmes de "paperasserie administrative". En fait, ce n'est que récemment qu'Olga Bondar m'a dit que les formalités administratives avaient été approuvées. Ce matin (lire samedi 27 mars), le premier camion de ce convoi allemand est arrivé. Il a apporté des copeaux. Chaque cheval de l'hippodrome a reçu un sac, et j'en ai reçu six. Le reste des sacs a été déchargé dans l'entrepôt."
Au sujet des dons, Viktor Bukreyev ajoute encore : "L'Ukraine ne fait pas partie de l'Union européenne. Par conséquent, s'il n'y a pas de documents confirmant que la cargaison est à des fins humanitaires, vous devez payer des frais de douane et d'importation. Bien que je ne connaisse pas les détails, je sais que l'administration de l'hippodrome reçoit directement des dons et que cet argent est utilisé pour acheter de la nourriture pour ceux qui ne sont pas en mesure de payer par eux-mêmes. Les autres propriétaires achètent eux-mêmes leur nourriture."
■ Reportage réalisé par Lisa Harkema

Regina Oliinyk, accueillie dans le Sud de la France
Au service à Kiev de Viktor Bukreyev, Regina Oliinyk, 20 ans, a quitté l'Ukraine au début du mois pour arriver à Nice, aux termes d'un périple long et compliqué de dix jours, passant par la Pologne et l'Allemagne. Elle a bénéficié d'un réseau de soutien notamment issu du monde des courses. D'après le CIFCH (Conseil Indépendant pour la Filière des Courses Hippiques), elle a été accueillie à son arrivée à Nice par Nicolas Ensch et a été hébergée dans un studio mis à disposition par la Société des Courses de la Côte d'Azur.

Viktor Bukreyev

© DR
© Regina Oliinyk
Une vue des tribunes de l'hippodrome de Kiev

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