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Actualité - 03.04.2022

Alexandre Abrivard, l'homme pressé

UN PREMIER TRIMESTRE A 73 VICTOIRES
Courir pour gagner

Alexandre Abrivard a réalisé un premier trimestre de feu, comme il n’en avait encore jamais réussi. Au soir du 31 mars, il était non seulement en tête du classement du Sulky d’Or avec 58 victoires, soit dix d’avance sur le double tenant du titre, Eric Raffin, mais aussi du classement du Combiné avec 73 succès. Ce dernier chiffre le situe en avance de six unités sur les temps de passage de l’an dernier du pilote vendéen, quand celui-ci avait battu le record (351) en une année.
Pour autant, le jeune homme de 28 ans, qui, au passage, a remporté sa 900ème victoire à l’attelé, dit ne pas vouloir brûler les étapes dans la course aux titres (lire en pages suivantes). Certes, l'année est longue, mais ses chiffres après trois mois laissent clairement augurer une saison à même de marquer sa carrière. Ils montrent notamment un remarquable taux de réussite à la gagne, que ce soit à l'attelé comme au monté. Autant dire que quand Alexandre Abrivard court, c'est plus que jamais pour gagner !
Signe qui ne trompe pas, il a couru davantage. On totalise ainsi une centaine de courses supplémentaires par rapport à sa moyenne sur les trois premiers mois de ses sept derniers exercices. Par conséquent, il s'est donc aussi plus déplacé, même si ce sont les engagements des chevaux de l'écurie familiale qui guident son programme. Dans ce contexte, le rôle de son nouvel agent (Enzo Bodineau) consiste à compléter les montes de ses réunions mais pas seulement. Preuve en est son déplacement mercredi à Salon-de-Provence où il a signé un nouveau coup de deux sans chevaux estampillés "L.-C. Abrivard". Mais il sait pouvoir compter sur les pensionnaires de son père, qui réussit aussi un très bon début de saison. Près de 40 % de ses courses de l'année l'ont ainsi été avec des chevaux de l'écurie familiale, avec à la clé 34 victoires, soit 46,5 % de son total. Depuis le début de l'année, Alexandre Abrivard a gagné pour 28 entraîneurs différents.


PHOTO DE UNE : (© JLL/LeTROT)

Alexandre Abrivard a remporté 34 courses pour l'écurie de son père.

(© APRH)

Ses chiffres du 1er trimestre
Attelé
■ 274 courses / 58 victoires / 50 places / 1 379 220 €
■ Réussite à la gagne : 21,1 %
■ Réussite à la place : 18,2 %
■ Réussite sur le podium : 39,4 %
■ Classement Sulky d'Or : 1er
Monté
■ 75 courses / 15 victoires / 12 places / 460 030 €
■ Réussite à la gagne : 20 %
■ Réussite à la place : 16 %
■ Réussite sur le podium : 36 %
■ Classement Etrier d'Or : 2ème
Combiné
■ 349 courses / 73 victoires / 62 places / 1 839 250 €
■ Réussite à la gagne : 19,2 %
■ Réussite à la place : 17,7 %
■ Réussite sur le podium : 38,6 %
■ Classement Combiné : 1er

INTERVIEW
Alexandre Abrivard : "On parlera d’objectif plus tard"

24 Heures au trot. Un premier trimestre à plus de 70 victoires sur la dynamique d’un bon meeting d’hiver de Vincennes, des coups de trois et des doublés qui s’enchaînent. Quel regard portez-vous sur votre début de saison ?
Alexandre Abrivard. C’est carrément dingue ! Il faut juste cela dure. Les chevaux sont bien, mes drives et montes sont bonnes. Maintenant, on sait bien que ce métier est fait de hauts et de bas. Il faut donc essayer de rester en haut le plus longtemps possible.

Vos résultats sont réguliers depuis plusieurs saisons mais force est de constater que vous êtes cette année sur des bases assez exceptionnelles.
Oui mais, pour le moment, cela reste anecdotique à mon sens. On n’a fait qu’un trimestre. Si, fin août, on me dit que je suis sur des bases d’un record, je dirais que ça commence à être sérieux. Après, c’est très bien d’enregistrer de tels résultats. Mais il faut rester lucide, ne pas caler et continuer à être performant. On parlera d’objectif plus tard dans l’année. J’ai la chance de traverser une période faste. Plus longue elle sera, mieux ce sera ! Je vais plus aux courses que les années précédentes parce que je suis en forme et que notre écurie le demande. Neuf déplacements sur dix, il y a un cheval de l’écurie dans la réunion. Mon début d’année me permet de faire partie des drivers les plus sollicités même si je ne délaisserai pour rien au monde le monté qui me tient à cœur.

Se dégage l’impression que tout est réuni aujourd’hui alors que vous avez 28 ans. Ressentez-vous cela aussi ?
Jeune, j’ai tout de suite eu beaucoup de réussite. Aussi fallait-il être un petit peu indulgent avec moi pour me laisser le temps de prendre de la maturité. Je peux compter sur une aide mentale depuis quelques années maintenant. Je suis aussi devenu papa. Alors oui, il y a un peu tout réuni. Les enfants vont bien quand je rentre le soir et ma femme me pousse à aller aux courses et m’incite à être plus fort. Mon père entraîne cent chevaux pour sa réussite et la mienne. Je n’ai aucune embuche sur mon chemin.

Depuis quelques saisons, vous travaillez aussi avec un coach mental. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Ça fait plus de deux ans et demi que je travaille de cette façon, ce qui me permet je pense d’avoir trouvé un bon équilibre dans ma vie professionnelle. Nous échangeons deux à trois fois par semaine au téléphone et de manière physique deux fois par mois. Il s’agit à la fois de débriefer et d’avoir des points de vue plus croisés avec quelqu’un qui a un œil plus novice sur la profession et un œil plus aiguisé sur le côté sportif. C’est assez difficile à expliquer, c’est de la pédagogie, de la psychologie sportive. J’ai pris de la maturité au fil des années mais cela a constitué une aide supplémentaire (lire en pages suivantes).




Je vais plus aux courses que les années précédentes parce que je suis en forme et que notre écurie le demande.
Alexandre Abrivard

(© APRH)
Quand on traverse une période aussi faste, est-ce que l’on a l’impression d’être plus inspiré ?
Quand on a la forme, la décision que l’on prend dans un parcours est souvent bonne, les parcours sont plus chanceux, les chevaux ne galopent pas. Mais ça reste difficile à expliquer. Quand vous avez la forme, que vous gagnez, vous êtes aussi plus sollicité et, quand votre agent appelle un entraîneur, il a plus souvent un retour positif.

Le printemps est souvent une saison faste pour l’écurie familiale. Est-ce que vous allez pouvoir compter sur de bonnes cartouches dans les semaines à venir ?
On a une magnifique écurie qui garde la forme depuis le meeting. Sans détacher de noms, il y a des 3 ans qui sont encore au stand et que l’on va débuter au printemps ; ils ont du talent. Du coup, je vais pouvoir m’appuyer sur un bon panel de jeunes à débuter tout au long de la saison, ce qui permet aussi de savoir où l’on va d’un dimanche sur l’autre. Je sais que le dimanche je vais aller là où il y aura un 3 ans à débuter. Pour l’organisation c’est un plus. Si le poulain engagé le dimanche a bien travaillé en début de semaine, on sait à quel endroit on va aller.

En fin de meeting d’hiver, vous avez annoncé changer d’agent. C’est effectif depuis quelques semaines avec Enzo Bodineau. Comment cela s’est fait ?
Il avait entendu les bruits qui faisaient état du fait que j’allais changer d’agent et il m’a fait une proposition. Je le connais depuis longtemps, il a des résultats plutôt bons avec ses autres jockeys. Début mars, j’ai eu plein de propositions et disons que c’est lui qui cochait le plus de critères. Notre association a pris tout de suite. Il est content parce que les entraîneurs répondent bien souvent positivement quand il les contacte ; il a su tout de suite récupérer la clientèle que j’avais. Et comme les retours de la nouvelle clientèle sont positifs, le départ de notre collaboration est donc bon.

Que vous inspire la récente actualité qui secoue le monde des courses ?
Je préfère ne pas trop m’exprimer. Néanmoins, je pense qu’en arrêtant des gens, sans citer de nom, qui ont acheté des produits illégalement à l’étranger mais sans améliorer la performance de leurs chevaux, on n’a pas tapé là où il fallait même si ces personnes-là méritent d’être sanctionnées. Le dopage n’est pas là selon moi. Les vraies substances dopantes ne sont pas trouvées. On a fait du bruit mais on n’a peut-être pas tapé là où il fallait.

LE TRAVAIL AVEC UN COACH MENTAL
Le résultat n’est que la conséquence de ce que l’on met en place

C'est une première à notre connaissance dans le milieu des courses. Depuis plus de trois ans, Alexandre Abrivard s'est adjoint les conseils et les services d'un coach mental. Ostéopathe de formation, Jean-Michel Jarry a créé et manage la team MAM (My Athlete Management), qui met une équipe d'experts de différents univers au service des performances du sportif. Des sportifs de très haut niveau puisque le Manceau a travaillé par exemple avec Yohann Diniz, champion du monde de marche, et Kevin Mayeur, vice-champion olympique du décathlon. "Au sein de mon team, notre but est de potentialiser tous les outils de la performance, décrit Jean-Michel Jarry. La performance est la technique mais c’est aussi le mental, la diététique, l’environnement. Je connais toutes les difficultés de ce domaine car souvent les sportifs sont tellement sous pression que ce n’est pas toujours simple. Mon rôle est de leur faire comprendre d’échanger et de verbaliser." Il connaissait la famille Abrivard dans le cadre de son métier d'ostéopathe. "Un jour, Valérie (sa maman) m'a dit que ce serait bien que je suive Alexandre qui n'était pas au top alors", raconte-t-il.

Le 73ème succès d'Alexandre Abrivard au cours du premier trimestre a été obtenu mercredi à Salon-de-Provence au sulky d'Ibis Quick. (© APRH)
"A cette époque, Alexandre remettait beaucoup de choses en question, y compris même la suite de sa carrière, poursuit le coach mental. Il a accepté qu'on travaille ensemble mais, au début, il ne savait pas trop ce que je pouvais lui apporter, tout simplement parce que je me suis aperçu que, dans le milieu hippique personne, ne travaillait en prépa mentale. Pour ce travail mental, la priorité est d’installer un climat de confiance."
Depuis, la dynamique n'a cessé de s'amplifier. "Avec Alexandre, on s’est donné une règle afin de verbaliser les choses, de se livrer, détaille-t-il. On parle beaucoup de stress chez les sportifs mais le stress est surtout positif selon moi, c’est la pression qui est négative. On a échangé sur plein de notions. Nos séances vont de la sophrologie à l’hypnothérapie en passant par la visualisation, le travail sur ses émotions, la connaissance de lui-même et aussi la préparation physique avec un programme établi par un préparateur physique."
Pour Jean-Michel Jarry, il s'agissait aussi d'une première dans le sens où il n'avait encore jamais travaillé avec un jockey-driver. "Quand j’ai commencé à travailler avec Alexandre, je ne connaissais pas le milieu hippique, raconte-t-il. Or, à chaque fois que je commence un contrat avec quelqu’un, je veux aller voir sur le train. Une des choses qui m’a le plus marqué quand je suis allé à Vincennes pour la première fois, c’est cette impression que les pilotes passent d’un cheval à un autre, sans compter le vestiaire et la pesée. Ils se mettent eux-mêmes dans un rythme de stress et d’excitation qui n’est pas toujours très bon." Par sa formation, Jean-Michel Jarry avait toutefois déjà eu l'occasion de collaborer avec des cavaliers : "J’ai la chance d’avoir également fait une formation d’équi-thérapie. Je connais donc la relation entre l’homme et le cheval. C’est pourquoi j’ai dit à Alexandre qu’on allait déjà travailler sur son calme et sa sérénité car c’est le message qu’il doit envoyer à son cheval pour que celui-ci lui fasse confiance".

Les exigences du haut niveau
"Pour tout sportif qui veut faire du haut niveau, il y a trois pôles principaux : un pôle technique qui est la priorité, un pôle physiologique pour que le corps soit prêt (préparation physique, diététique, etc.) et le pôle mental. Au haut niveau, c’est très souvent le mental qui fait la différence", définit Jean-Michel Jarry. Et pour cela, le sportif doit être le plus possible en harmonie avec lui-même. "On a donc beaucoup travaillé sur la connaissance d'Alexandre de lui-même pour être plus serein, plus apaisé. Le travail insidieux que l’on fait est en train de payer. Mais je suis un tout petit maillon de la chaîne, c’est Alexandre qui est au sulky ou en selle, c’est à lui que revient la performance."

Une évolution attendue
Les résultats qui sont ceux d'Alexandre Abrivard depuis le début de l'année n'étonnent pas son coach mental. "J’étais persuadé qu’on allait arriver à une phase comme celle-là, confie-t-il. Mais jusqu’à cette année, je pense qu’il ne s’en était pas donné complètement les moyens. On voit qu’il court davantage que les saisons précédentes. Ça veut dire aussi changer son rythme de vie. En début d’année, on s’est dit : et si on se donnait tous les moyens pour aller jouer la gagne." Pour autant, il n'y a pas d'objectif défini. "Quel que soit le sport, je demande aux sportifs avec lesquels je travaille de ne pas jamais avoir d’objectif de résultats, affirme Jean-Michel Jarry. Ça peut paraître paradoxal car si on cherche la performance, on cherche donc la gagne. Mais en fait dans ma conception de la préparation mentale, on ne peut pas avoir un objectif de résultat, on ne peut avoir qu’un objectif de process et de moyens. Le résultat n’est que la conséquence de ce que l’on met en place."

Jean-Michel Jarry et Alexandre Abrivard collaborent depuis un peu moins de trois ans. (© D.R.).

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