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Actualité - 13.10.2020

Galius, portrait d’un invaincu

Plus de question de faire la fine bouche. Galius propose toujours un palmarès vierge de défaite en onze sorties publiques et reste sur six succès en région parisienne, quatre à Vincennes et deux à Enghien. D’anecdotique, sa série d’invincibilité prend de plus en plus la dimension de l’exploit. Où placer le représentant de Séverine Raimond et Cyril Raimbaud dans la galerie de ceux qui sont restés, comme lui, longtemps invaincus ? Séverine Raimond nous parle de leur champion.

Quelques heures après la dernière victoire de Galius (Love You), vendredi dernier à Vincennes, dans le Prix Freia, Séverine Raimond est à la fois ravie, heureuse et comblée mais aussi prudente. Elle ne fait pas et ne veut pas faire de la série en cours de son partenaire la finalité de ses prestations. « On ne se met pas du tout la pression. Comme je le dis et le répète, le cheval sera battu un jour. On prend les courses comme elles viennent. » Oui mais, quand même, quand il faut parler des prochaines échéances, celle, qui est à la fois co-éleveur et copropriétaire avec Cyril Raimbaud et entraîneur du phénomène, joue la prudence. La prochaine sortie vient d’être arrêtée et aura lieu dans la même catégorie que celle où il vient de s’imposer avec une marge certaine. « Quant à son programme, on s’est posé la question après la course vendredi en se disant : « Maintenant on va aller affronter des grands » [comprendre monter de catégorie]. Mais, en fait, je vais encore le présenter dans une épreuve fermée la prochaine fois, du même type que celle qu’il vient de remporter. C’est dans un mois sur les 2 850 mètres de la petite piste pour 4 ans n’ayant pas gagné 145 000 € [le Prix Mebsuta]. Il y avait le choix d’aller sur une épreuve européenne à Enghien (le Prix de la Bourse notamment le 24 octobre) mais je préfère l’autre option. »

L'horizon des "Grands" approche

Par contre, l’envie « d’affronter les grands », comme le répète Séverine Raimond, se précise : « Je pense qu’après, en décembre, il y aura un Groupe 2 sur la Grande Piste. Si tout va bien. » On parle là du Prix Octave Douesnel (Gr.2), le 12 décembre sur les 2700 mètres de la grande piste parisienne.
« On n’a pas encore besoin de mettre le feu »
Comment un tel cheval ne pourrait-il pas susciter des convoitises ? Une proposition d’achat (au moins) avait été évoquée durant l’été. « C’est abandonné », nous apprend Séverine Raimond. Il faut dire que la professionnelle parle ici de ce qu’elle considère être le cheval de sa vie. « Je ne peux le comparer à aucun autre cheval dont j’ai eu la charge. Il a sa personnalité. Il est à la fois cool mais réactif. Il a du répondant. On a eu des bons chevaux comme Quopeck ou Une Fille d’Amour mais jamais un cheval comme ça. Lui, c’est autre chose, c’est supérieur. Il n’a pas besoin d’un volume de travail important. Il fait une bonne séance dix jours avant la course et cela suffit. Il travaille normalement pour tout dire. On n’a pas encore besoin de mettre le feu avec lui. Il a de la marge pour faire mieux. »
Sans mettre le feu ? « Le cheval a évolué ces derniers temps, continue Séverine Raimond. Il prend de la force, du jeu de jambes. Il change même au travail. Il devient plus à son boulot, il fait moins "bébé". Il faut dire qu’il a toujours été sympa sur la piste. Par contre, au box et dans les stalles, il peut être brutal. Il n’aime pas être attaché. »

Galius comparé à…
Au terme de sa 11e sortie, et 11e victoire, Galius affiche 120 150 €. Quatre de ses succès ont été signés à Vincennes, deux à Enghien. Comment le comparer à d’autres trotteurs qui ont connu, comme lui, une longue série initiale sans échec ? Dans une logique de perspective, nous avons sélectionné quatre trotteurs du trot contemporain, en fixant l’origine de ces invaincus à Sancho Pança, né en 1984 (lire en page de page le TABLEAU 1). Chacun a bien sûr un profil différent, du classique Sancho Pança donc (série initiale de 18 victoires) au semi-classique Tchao de Loiron (12 victoires) en passant par le modèle absolu Ténor de Baune (30 succès) et le peu connu Eole de la Barre (16 victoires). Dans le TABLEAU 2, nous avons compilé le palmarès de chacun de ces invaincus au terme de leur 11e sortie, pour être à périmètre strictement identique à Galius.
Qu’apprend t-on ? Que Galius est en retard, en termes de palmarès parisien et dans les Groupes sur Tchao de Loiron (vainqueur semi-classique à sa 11e sortie en s’imposant dans le Prix Ovide Moulinet, Gr.2), sur Sancho Pança (lauréat du Critérium des 4 Ans (Gr.1) à sa 10e sortie et du Prix Octave Douesnel à sa 11e tentative) et sur Ténor de Baune (couronné dans le Critérium des 4 Ans (Gr.1) à sa 11e prestation après avoir remporté deux semi-classiques juste avant). De ce point de vue, Galius a eu un début de carrière plus protégé que ces grands anciens. Mais son entourage aurait certainement pu monter encore plus progressivement en gains, dans une approche peut-être plus circonscrite à la province comme l’avait fait Loïc Groussard il y a une grosse vingtaine d’années avec Eole de la Barre. Lors de sa 11e tentative, concrétisée par une victoire à Enghien, le 4 ans n’avait jamais couru à Vincennes, revendiquant néanmoins un autre titre à Enghien précédemment. Eole de la Barre restera invaincu jusqu’à l’âge de 5 ans, où il devra subir une opération, synonyme de fin de série pour lui. Son entraîneur se souvient et nous explique : « Il fallait des courses corde à gauche car il était vraiment gaucher et j’avais un programme dans ma région (Laval, Pontchâteau, etc.) sur des bonnes pistes qui me convenaient bien. Je m’étais dit : « Je vais le fabriquer gentiment pour aller sur le Critérium des 5 Ans, sur une distance qui lui aurait convenu. C’était mon objectif pour lui. » A 5 ans, le cheval s’est mis à feinter au départ. Loïc Groussard continue : « On ne trouvait d’où cela venait avec mon vétérinaire. Finalement on lui a identifié un problème à la bride radiale et je l’ai fait opérer en Suisse. En fait cela a été une erreur car il n’a jamais repris une allocation après. » Sa dernière sortie, avant opération, sa 16e et dernière victoire, a eu lieu en mai 1997 à Vincennes.

Le fait de devenir une cible désignée
Le statut d’invaincu peut avoir des conséquences sur la motivation de l’opposition. Loïc Groussard nous apprend sur ce point : « À un moment, il y a eu aussi un effet de « tous contre lui [Eole de la Barre] ». Le but de beaucoup de nos adversaires était de nous empêcher de gagner. Je me souviens notamment d’une sortie à Laval où des chevaux qui n’avaient pas trop de chance avaient fait le forcing pour nous prendre la tête, de manière un peu suicidaire. Leur but était seulement de nous faire "tomber". » Voilà sans doute à quoi peut aussi s’attendre Séverine Raimond et les siens lors des prochaines prestations de Galius. Car battre un tel cheval revêtira, logiquement d’un point de vue sportif, un surplus de prestige à son auteur. En attendant Galius fait rêver son entourage et d’autres encore. Qu’il continue.


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