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Actualité - 29.04.2022

Jean-Lou Peupion rend hommage à son ami Olle Goop

Les hommages se multiplient depuis l’annonce de son décès, le 20 avril dernier. Olle Goop fait partie de la légende du trot suédois, portant celui-ci sur les sommets mondiaux. L’homme a participé à l’internationalisation de son sport, jetant des ponts partout où il est passé. Son empreinte en France n’est pas mince. Il a remporté quelques grandes épreuves et a tissé avec l’entraîneur Jean-Lou Peupion une collaboration fructueuse et amicale.

Presque dix jours après sa disparition (lire notre édition du 20 avril), les hommages et les témoignages d’affection continuent à circuler dans la presse scandinave à l'intention d’Olle Goop. Membre du Hall of Fame suédois et nommé ambassadeur honoraire du Trot, l'homme a été un grand voyageur, dans la grande tradition scandinave du trot. En France, il a été particulièrement présent, nourrissant ainsi les projets hexagonaux qu’aura plus tard son fils Björn. Chez nous, il a particulièrement travaillé avec l'entraîneur Jean-Lou Peupion. L’homme de Lurabo, Minou du Donjon, Ogorek (et tant d’autres) nous parle de son ami. "J’ai connu Olle Goop lors de mes voyages dans les années 1970 quand j’accompagnais Une de Mai et que j’étais chez Jean-René Gougeon. Je l’avais rencontré en Suède notamment et l’avais regardé faire. Quand je me suis installé à mon compte et que j’ai rapidement eu des chevaux pour courir à l’étranger, nous avons noué une relation très forte. Olle Goop faisait partie de notre famille."

Une légende du Grand Nord
La Suède du trot compte d’autres célébrités et légendes qu’Olle Goop a d’ailleurs croisées, affrontées et dont il était souvent l’ami. Stig Johansson, Jim Frick, Sören Nordin et Stig Lindmark par exemple. Son palmarès exceptionnel n’explique sans doute pas à lui seul tous les hommages et témoignages de sympathie dont il est l’objet (comme ici avec Jean-Lou Peupion). Olle Goop a longtemps été détenteur du nombre record de championnats gagnés en Suède (le meilleur driver de la saison sur un hippodrome) avec 66 titres dont 26 consécutifs à Åby, de 1973 à 1998. Seuls Ulf Ohlsson (121 titres) et son fils Björn (71) ont fait mieux que lui. Né en août 1943, Olle Goop a remporté sa première victoire le 30 avril 1966 et sa dernière le 26 août 2018, choisissant d’arrêter sa carrière de pilote en novembre 2018 sur un total de 6.745 marques.
Comme entraîneur cette fois, il compte 7.696 victoires. En Suède, il n’y a que Stig Johansson qui le dépasse. Il a obtenu deux fois le titre d’entraîneur de l’année, en 1989, brisant alors la domination de Stig Johansson qui durait depuis douze ans, et en 1997.

24H au Trot.- Que diriez-vous d’abord de l’homme Olle Goop. Sur quelle base se sont construites vos collaboration et amitié ?
Jean-Lou-Peupion.- Pour moi, Olle Goop se démarquait par sa gentillesse. Il a été le professionnel le plus gentil que j’ai rencontré à travers le monde. Il était toujours charmant, avait toujours le sourire, n’avait jamais un mot plus fort que l’autre. Je crois que personne ne pouvait dire un jour du mal d’Olle Goop. Il était le professionnel le plus apprécié de tous. Il parlait peu et toujours avec retenue. Je ne l’ai jamais vu s’énerver. Tous les hommages qui circulent actuellement sur les réseaux sociaux notamment sont un écho à sa personnalité, celle d’une bonne personne. Si demain le roi de Suède disparaissait, je ne suis pas sûr qu’il y aurait autant de marques de sympathie (rire) ! C’est incroyable.

Votre amitié n’était-elle pas aussi la rencontre de deux personnalités qui avaient les mêmes aspirations ?
C‘est vrai qu’une amitié s’est rapidement nouée entre nous. J’ai toujours dit qu’il fallait apprendre à connaître dans la vie, aller vers les autres, voyager, découvrir. Et Olle Goop m’a beaucoup appris en ce sens. Pour moi, Olle était un cas à part. Ma femme (N.D.L.R. : de nationalité suédoise) était par exemple amie d’enfance de Stig Johansson, devenu aussi un ami. Nous sommes également proches d'Örjan Kihlström et de Torbjörn Jansson mais Olle Goop a été mon premier contact en Suède et c’est demeuré différent avec lui. Olle Goop était par exemple plus abordable que Stig Johansson qui était déjà une personnalité importante quand je l’ai rencontré. Avec Olle Goop, on pourrait presque parler de "coup de foudre" (rires). Il attirait par sa gentillesse.

D’un point de vue professionnel, qu’avez-vous appris avec lui ? Qu’est ce qui vous intéressait en lui ?
Il faut d’abord rappeler qu’il a drivé pour moi Minou du Donjon et Ogorek notamment. Il m’a appris à travailler sur une ligne droite. Cela ne se faisait pas vraiment alors chez nous. Je remarque qu’en France, on n’a jamais été dans l’innovation et la recherche du progrès. Le déferrage est venu de Suède par exemple. Olle Goop le faisait régulièrement avec ses chevaux et c’est Ulf Nordin qui l’a vraiment fait découvrir en France. J’ai travaillé treize ans, chez Jean-René Gougeon et avec de grands professionnels, avant de m’installer et jamais l'un m’a dit un jour : "On va déferrer". Parmi les bons drivers français qui ont mené chez moi, aucun ne m’a dit "il faut déferrer". Certains Français pouvaient le faire de manière marginale ou mettaient de tout petits alus mais c’est bien de Suède que la pratique s’est imposée. Pour ma part, j’ai découvert le déferrage chez et avec Olle Goop. De manière générale, les Suédois étaient plus en avance que nous. Des mecs comme Olle étaient en recherche permanente.

Comment expliquer cette approche différente du métier entre la Scandinavie et la France ?
Il ne faut pas oublier que les Suédois sont des Vikings. Des gens qui aiment voyager. En France, ce n’est pas imprégné aussi fort dans notre esprit et nos habitudes. De mon côté, avec le bonheur incroyable que j’ai eu d’accompagner Une de Mai à l’étranger, dès que je me suis installé et ai eu des bons chevaux, j’ai eu envie de voyager. On trouvait à l’époque dans les années 1970, 1980, 1990 des Suédois dans tous les grandes courses européennes. Ils étaient de chaque voyage, en Italie, en Allemagne. Ils voyageaient même sans avoir le crack. Les Français pouvaient aussi voyager mais moins souvent et toujours quand ils avaient le crack.

en 1ère page - en photo : les deux complices Olle Goop et Jean-Lou Peupion réunis autour de Minou du Donjon dans le Prix d'Été 1985

Cinq légendes suédoises : (de g. à d.) : Stig Lindmark, Olle Goop, Sören Nordin, Stig H Johansson et Jim Frick (en 1995 à Solvalla)

© Stalltz.se
Olle Goop en France comme driver
138 courses de 1984 à 2016 pour 14 victoires dont :
■ Grand Critérium de Vitesse de la Côte d’Azur 1994 avec Giant Force (entraînement Per Karl Eriksson)
■ Prix d’Eté 1985 avec Minou du Donjon (entraînement Jean-Lou Peupion)
■ Prix Charley Mills 1987 (Laval) avec Ogorek (entraînement Jean-Lou Peupion)
■ Prix du Plateau de Gravelle 2001 avec Lass Zefyr (pour son entraînement)

C’est avec Minou du Donjon qu’Olle Goop a été votre pilote le plus important. Pourriez-vous partager quelques anecdotes sur cette collaboration précise ?
Olle Goop a battu le record du monde avec Minou du Donjon en changeant sa ferrure. Ce jour-là, dans l’Elitloppet (édition 1985), Mon Tourbillon avait battu le record du monde dans la première batterie en 1’11’’9 (record sur piste de mille mètres). Et Minou améliore encore le record dans sa batterie en 1’11’’5. Je me souviens avoir laissé Minou du Donjon en 1985 chez Olle Goop à Åby avec un de mes salariés. Cela s’est bien passé, ils ont remporté la Copenhagen Cup, l’Åby Stora Pris. Olle Goop avait une expérience internationale à nulle autre pareille. Si Minou a gagné le circuit européen en 1985, c’est grâce à Olle Goop. En France, j’avais Michel Roussel, un très bon driver, mais il était logique de faire appel à Olle à l’étranger. Je me souviens aussi qu’en juin 1985, Olle est resté dix jours avec Minou du Donjon aux Etats-Unis pour une course. De mon côté, j’étais rentré en France pour le Prix René Ballière dans lequel j’avais Ogorek, Major de Brion et Nodesso (qui prendront les trois premières places dans cet ordre).

Que pourriez-vous dire d’Olle Goop sous ses deux casquettes, d’entraîneur et de driver ?
Il a gagné près de 7.000 victoires comme driver et plus de 7.000 comme entraîneur. Il était un très, très grand professionnel, un précurseur. Comme entraîneur, je dirais qu’il était un super metteur au point. Il m’a appris vraiment beaucoup de choses. Par exemple, quand j’ai récupéré un cheval comme Major de Brion, tout le monde disait qu’il était "rasé". Olle m’a dit : "C’est pas compliqué, tu enlèves les fers et c’est tout." Major de Brion a regagné derrière de grandes courses, la Finale du Grand National du Trot, le Prix de Bretagne, du Bourbonnais, a fait l’arrivée des Prix d’Amérique, de France et de Paris. Olle avait raison.
Comme driver, il avait une paluche extraordinaire. Il menait finement. Il était le parfait pilote pour Minou du Donjon, un cheval sous tension qui avait beaucoup de tempérament. Il lui correspondait parfaitement. Avec un cheval nerveux, Olle ne bougeait pas, restait d’un calme naturel.

Olle Goop n’a finalement pas couru tant que cela en France (lire l'encadré). Son fils Björn a un palmarès largement plus étoffé chez nous.
Björn a découvert la France très jeune avec son père et je l’ai connu enfant. Il s’est mieux adapté pour mener en France que son père. Il a eu besoin de temps mais y est arrivé. Mais vous le dites, Olle n’a pas eu, non plus, la même expérience en France que son fils. Il venait aussi moins souvent à l’époque que ne l’a fait par la suite Björn. À Vincennes, Olle n’avait pas tout à fait ses marques. Il y avait souvent un petit truc qui "l’empêchait". Dans tous les cas, ce n’est pas facile de réussir rapidement en France et notamment à Vincennes. Les courses françaises se disputent différemment des courses étrangères. Regardez Örjan Kihlström qui est vraiment un super driver, il a encore du mal à Vincennes.

S’il fallait garder un mot ou une formule pour Olle Goop, quelle serait-elle ?
Pour moi, Olle était un modèle. Un modèle à tous les niveaux et pour tout le monde. C’était un grand Monsieur. Tout le monde pouvait prendre exemple sur lui. Je crois que cette formule le définit bien et est le plus bel hommage qu’on peut lui rendre.
©Scoopdyga
Olle Goop et son fils Björn récemment à Vincennes

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