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Actualité - 08.05.2022

Rendons à Michel le record qui appartient à Lenoir

C’est l’histoire d’un record que l’on a voulu trop vite faire changer de mains. C’est aussi l’histoire de la mémoire humaine qui peut se révéler plus forte que les puissances de calcul numériques et modernes. Le 29 mars, Eric Raffin a enregistré sa 1.236e victoire montée, battant alors, d’après les données publiques, le record de Michel Lenoir, titulaire de 1.235 succès sous la selle. Oui, mais c’est faux. Nous avons mené l’enquête. Michel Lenoir nous a ouvert ses carnets personnels. C’est clair, il est toujours le numéro français de l’histoire au monté avec plus de 500 victoires non comptabilisées officiellement. Voilà comment les carnets à spirales deviennent plus justes que le calcul parallèle à processeurs multicœurs.

À l’heure de la vitesse pour tout et sur tout, il est bon de se poser. De contempler. De mettre en perspective. De trouver du sens. Pourquoi 1.235 victoires, la marque officielle au monté de Michel Lenoir, ne fait pas sens ? Parce qu’elle n’inclut les données qu’à partir de 1981. C’est Alain Laurent qui, le premier nous a pointé le loup, endossant le rôle du lanceur d’alerte : "Quand j’ai vu que le record de Michel (Lenoir) était battu, cela m’a interpellé. On sait qu’il y des victoires qui ne sont pas comptabilisées dans les années 1970. C’est mon cas par exemple. Je me suis dit, ce n’est pas vrai, on va un peu vite en besogne." Il restait tout de même à étayer cette affirmation. Et c'est là que Michel Lenoir entre en jeu, nous ouvrant ses trésors.
Et le mot trésor n'est pas trop fort. Il y a de l'émotion quand Michel Lenoir nous parle pour la première fois de ses carnets, élimés et usés par le temps. Ils ont accompagné la plus grande partie de sa carrière. Le professionnel nous les présente avec le respect que l'on doit à un texte fondateur, un respect renforcé par l'auteur des cahiers. Car ce n'est pas Michel Lenoir qui a compulsé les arrivées et données de ses courses : "C’est mon frère Roger, malheureusement décédé il y a quelques années, qui a tenu des cahiers enregistrant toutes mes courses dès le début de ma carrière." Et d’après le professionnel, il y a 539 victoires montées jusqu’en 1981.

Si l’on considère que les données publiques de LeTROT sont immanquablement parcellaires dès lors qu’elles ne commencent qu’au début des années 1980, les chiffres annoncés pour Michel Lenoir sont inexacts. Ils sont disons incomplets. Il faut les compléter de ceux proposés cette fois par Michel Lenoir lui-même !

Quelques chiffres publics mais incomplets sur la carrière de Michel Lenoir
■ Les données sur Infonet (depuis le 1er janvier 1981)
Nombre de victoires : 3.294 / victoires à l’attelé : 2.059 / victoires au monté : 1.235
■ Les données sur letrot.com (depuis le 1er janvier 1982)
Nombre de victoires : 2.843 / victoires à l’attelé : 1.948 / victoires au monté : 895

La vérité est ailleurs
Le nombre de 539 suggéré par Michel Lenoir est lui aussi à prendre avec précaution. Il convient d'abord de le contextualiser. Michel Lenoir nous apprend en effet que "peuvent manquer quelques résultats". On imagine le travail titanesque que représente la tenue de ces cahiers pendant de nombreuses années. Une omission, un oubli, une retranscription oubliée : les possibilités d'incomplétude sont évidemment nombreuses. Il faut encore ajouter que l’information de la discipline (attelé/monté) n’était pas renseignée ; certaines victoires ont donc pu, par erreur, être mises sur le mauvais compteur attelé ou monté. Mais l’essentiel n’est pas le nombre. "La vérité est ailleurs" diraient les fans de X-Files.


Le début de carrière de Michel Lenoir et la mention de sa première victoire, le 5 juin 1966 à Avranches avec Pipo II

© Michel Lenoir
© Michel Lenoir
Michel Lenoir consultant les cahiers tenus à l'époque par son frère Roger
1. Le premier enseignement : Michel Lenoir est toujours détenteur du record monté français
C'est une certitude et le principal enseignement de notre enquête. Rendons le record du nombre de victoires montées en France à son véritable propriétaire Michel Lenoir. Son chiffre réel dépasse les 1.700. On arrive à 1.774 (539 + 1.235) en ajoutant les données des cahiers et de LeTROT mais là encore la prudence s'impose. Disons que Michel Lenoir a gagné entre 1.750 et 1.800 courses sur une selle.

2. Le deuxième enseignement : Eric Raffin doit encore gagner au moins 500 courses
Avec un cumul actuel qui s'élève à 1.240 succès au monté, Eric Raffin est bien le jockey le plus titré (en nombre de victoires) en activité. Mais pour décrocher un record qui le fait rêver, il lui faut encore ajouter au moins 500 victoires de plus à son oeuvre. Alain Laurent (dont les statistiques sont également incomplètes sur les bases publiques) avait raison. Le professionnel avait d'ailleurs, "pour taquiner", selon sa propre formule, envoyé un SMS à Eric Raffin au moment où ce dernier signa sa 1.236e victoire "pour lui dire qu’il fallait qu’il continue à gagner des courses pour devenir le vrai recordman".

MICHEL LENOIR, LE RETOUR AUX SOURCES D’UN MAITRE DISCRET

Ses discrétion, efficacité, élégance, palmarès en font l’un des professionnels les plus respectés des courses. Michel Lenoir, 71 ans le mois prochain, vit encore pleinement par le trot et pour le trot. Sa dernière fille, Juliane, est la compagne du "sudiste" Michaël Izzo. Du coup, Michel Lenoir se produit souvent en meeting à Cagnes-sur-Mer. Mais son quartier général est à Rouessé-Fontaine, au nord de la Sarthe, tout près de l’Orne. Avec sa femme Claire, il a réintégré ses terres natales.

24H au Trot.- Pourriez-vous nous résumer votre carrière avec vos lieux d’exercice successifs ?
J’ai gagné ma première course à 15 ans. J’ai été formé chez Gaston Roussel (N.D.L.R. : le père d’Alain, Michel et Jean Roussel) qui a été en quelque sorte mon maître d’apprentissage. Je n’ai eu que lui comme patron avant de m’installer. Au début, j’ai commencé en Normandie au Haras de Ginai. Je me suis ensuite déplacé sur Grosbois avant d’acheter à Rozay-en-Brie (N.D.L.R. : l’ancien établissement de Léopold Verroken). Quand j’ai vendu cet établissement (aux frères Martens) je suis retourné à Grosbois quelques années. Je suis maintenant revenu à la campagne, sur le domaine familial. C’est un retour aux sources. Ce site m’a toujours servi pour faire du débourrage ou remettre des chevaux en condition. En fait, je l’avais aménagé avec mon frère (Roger) mais je n’y habitais pas. C’est lui qui s’en occupait. Il est décédé il y a sept ans et c’est maintenant son fils Franck, mon neveu, qui a pris le relais. On est en famille. Mon neveu s’occupe de la partie agricole et a aussi sa licence d'entraîneur car il a fait du débourrage des poulains (N.D.L.R. : et eu des partants de 2001 à 2020).



Comment jugez-vous les courses aujourd’hui ? Quelle évolution voyez-vous sur les dernières décennies ?
Avec le changement de monte, les courses montées sont plus belles à regarder aujourd’hui. L’ancienne monte était moins esthétique. Les courses dans leur ensemble vont plus vite aussi évidemment. Du côté de la profession d'entraîneur, cela me semble plus compliqué de s’installer. Il y a beaucoup de concurrence, plus qu’à mes débuts. Avec le réseau routier, tout a changé. Il n’y a plus de courses entre locaux. Tout le monde voyage même si actuellement le prix du carburant peut freiner certains déplacements. Je trouve qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus de très bons professionnels. Avec mon effectif, je fais plus souvent le meeting de Cagnes par exemple et je peux vous dire que cela "gaze".

Votre carrière est longue et dense. Y avait-il en votre for intérieur une obsession de record ?
Pas vraiment, cela s’est fait naturellement. J’ai eu la chance de croiser des très bons chevaux dont bien sûr Reine du Corta qui a été la meilleure jument de ma carrière. À l’époque, j’étais très demandé, il n’y avait pas d’agents pour gérer les montes. Chacun était fidèle à ses clients, Moi, j’ai toujours été au service des Roussel par exemple car ce sont eux qui m’ont formé. J’avais aussi mon propre effectif d’entraînement qui est monté à une soixantaine d’éléments dans les années 1990 quand j’ai acheté mon établissement de Rozay-en-Brie. C’est un métier de bonheurs et de déceptions aussi. Les déceptions, il vaut mieux les oublier. J’ai eu la chance de gagner trois fois le Prix de Cornulier et mon palmarès d’ensemble est "pas mal".

Encore une fois, rendons à Michel Lenoir ce qu'il lui appartient : son record de courses montées en France qui se chiffre, au moins, à 1.750. Respect Monsieur !

Il y a beaucoup de concurrence aujourd'hui, plus qu'à mes débuts.
Michel Lenoir

© ScoopDyga

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