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Actualité - 12.06.2022

Les américains en quête de trotteurs

On les a connus dans l'histoire chercheurs d'or dans le Grand Ouest et les voici en 2022 plutôt chercheurs de trotteurs français. En proie à une pénurie latente de chevaux pour alimenter leurs courses dites quotidiennes, les professionnels américains voient dans le réservoir français une opportunité de trouver des trotteurs "clés en main" capables de performer chez eux. C'est ainsi que seront organisées des ventes aux enchères via internet du 7 au 11 juillet prochain. Les inscriptions sont possibles jusqu'au 20 juin prochain, soit dans huit jours. Explications.

Une pénurie de chevaux d'âge
Débutons par le constat. Inplacable. Les États-Unis font naître de moins en moins de trotteurs (les ambleurs prennent proportionnellement plus de place) et le principe de sélection exigeant pour les jeunes chevaux ne fait qu'accroître la situation de pénurie dans les courses pour chevaux d'âge. Moins de naissances, moins de chevaux qui durent, l'équation est simple : les États-Unis manquent de trotteurs. Pierre Vercruysse, qui a exercé son métier de pilote et d'entraîneur plusieurs années de l'autre côté de l'Atlantique, confirme : "C'est simple, il n'y a plus de chevaux aux États-Unis. L'élevage s'est réduit à peau de chagrin. Leur nombre de poulinières est minime par rapport aux besoins. Et au fur à mesure de la sélection, ils disposent de moins en moins de chevaux pour courir ce qu’ils appellent les « overnights », les courses de tous les jours. Je l’ai fait dans les années 80 en important des chevaux d’âge et ils ont tous gagné. Ces chevaux ont ainsi été achetés ensuite pour fournir cette catégorie de course. Il y a des courses à handicap, des courses sur invitation et des courses à réclamer à fournir en partants."
Les liens franco-américains

La cellule internationale de LeTROT et l'USTA (l'instance des courses américaines au trot) ont donc mis en place une sorte de pont commercial entre les deux pays via cette vente aux enchères qui se tiendra entre les 7 et 11 juillet sous l'égide de l'agence de ventes en ligne 'Preferred Equine Online'. Un cahier des charges bien précis a été mis en place (voir page suivante) et deux groupes distincts de chevaux ont été déterminés :

■ moyenne catégorie - placé au minimum dans une course D - prix de vente entre 20.000 à 35.000€ (HT)
■ bonne catégorie - placé au minimum dans une course B - prix de ventre entre 50.000 et 100.000€ (HT)
Après une première expérience en 2018 qui avait conduit à l'exportation de 26 Trotteurs Français, cette vente veut monter d'un cran afin de donner satisfaction à toutes les parties comme le précise Joseph Faraldo, patron de l'USTA : "Après avoir discuté avec de nombreux entraîneurs, un plan a évolué avec LeTROT pour établir une structure en France pour les tests, le vetting et l'enregistrement vidéo dans le cadre du processus de sélection et de présentation d'un groupe de trotteurs sur le marché américain. La United States Trotting Association s'est activement efforcée de trouver une solution au problème de pénurie de chevaux que connaît notre industrie au niveau national. Une proposition qui pourrait bientôt devenir une réalité consiste à créer un moyen permettant aux entraîneurs américains d'acheter des trotteurs français.."
Si plusieurs initiatives personnelles ont construit une histoire partagée entre le trot des États-Unis et celui de France, c'est une dimension plus collective et globale qui se met ainsi en place autour de ce projet. Il est aussi la conséquence de nombreux échanges entre nos deux pays comme l'explique Pierre Vercruysse : "Il y a des professionnels américains qui découvrent la France : ils ont su nous placer sur la mappemonde ! Ils sont venus notamment autour du Prix d’Amérique et ont découvert ce qu’on savait faire. Imaginez qu’un homme comme John Campbell a déclaré un jour : « je regrette d’avoir arrêté ma carrière sans avoir couru ici en France ! » Ça dit tout !"
On se rappellera aussi de la prise de position de John Campbell à propos de l'ouverture aux étalons européens dans le cadre de l'éligibilité à la Breeders Crown (lire notre article sur le sujet).

Par ailleurs, une délégation américaine sera présente pour une visite prévue en fin de mois, autour de la journée des Champions du 26 juin : visite de grands haras français, journées aux courses, visite de Grosbois, les professionnels américains seront en mode VIP durant quatre jours. Au programme aussi (et surtout) la présentation et l'essai des chevaux pré-sélectionnés pour cette vente.

À propos des trois experts : "Les trois experts français (C.Guegan , C. Le Barbey et P.Vercruysse) ont été choisis par les américains pour leur expertise des marchés américain et français."

C'est simple, il n'y a plus de chevaux aux États-Unis. L'élevage s'est réduit à peau de chagrin
Pierre Vercruysse

©Scoopdyga

Un cahier des charges à respecter
Afin de donner entière satisfaction aux potentiels acheteurs, un cahier des charges a été mis en place par LeTROT et l'USTA. Le document complet est à retrouver en cliquant ICI mais relevons les différentes étapes du projet.
ÉTAPE 1 : Inscriptions des chevaux jusqu'au 20 juin
ÉTAPE 2 : Présélection des chevaux par les professionnels américains (USTA et Preferred Equine Online) assistés de 3 experts français (Claude Guégan, Christian Le Barbey et Pierre Vercruysse).
ÉTAPE 3 : Essai en piste des chevaux présélectionnés à partir du mardi 28 juin 2022
ÉTAPE 4 : Ventes aux enchères en ligne via Preferred Equine Online du 7 au 11 juillet
ÉTAPE 5 : Regroupement des chevaux vendus à Lamorlaye (60 Oise) en vue de leur exportation.

La théorie du "good deal"
Commercer avec les Américains implique nécessairement la mise en place de deux types de contrat : celui de la confiance et le factuel. Pour le bien de tout le monde comme nous l'explique Christian Le Barbey, habitué à travailler avec les États-Unis : "S’ils voient qu’ils sont bien servis, ils seront capables de mettre des moyens et de viser cette source potentielle d’approvisionnement. Le but est donc de faire en sorte que les chevaux exportés donnent le plus possible satisfaction. Il n’y a aucun intérêt à leur proposer des chevaux dont on veut se séparer. J’encourage les professionnels français à vendre pour des prix intéressants, à la hauteur d’un potentiel de gains sur un an à un an et demi, ce qui me semble un bon deal. C’est l’occasion de lancer un engrenage positif, une dynamique positive. Il faut avoir conscience qu’on n’a pas trop le droit à l’erreur : les Américains ne vont pas nous donner deux chances. Il faut que ce soit gagnant-gagnant."

En direct des États-Unis
Quand l'actualité nourrit la chronique. Samedi soir, la performance marquante de la journée aux États-Unis a été signée par Rattle My Cage, un fils de... Love You, vainqueur de sa course à Meadowlands en 1'09''3 ! Sa mère est elle très américaine, par Andover Hall.





Question de timing
Alors que les relations avec les professionnels américains sont au beau fixe comme en témoignera la visite d'une délégation à la fin du mois autour de la journée des Champions du 26 juin, les résultats sportifs jouent également un rôle important dans l'accentuation des échanges. "L’intérêt des américains pour le sang français n’a jamais été si fort tant à l’élevage que sur les pistes" précise Claude Guégan, lui aussi en première ligne sur le marché américain, particulièrement en qualité d'acheteur aux ventes pour plusieurs clients et notamment Jean-Pierre Barjon. Sur les pistes, les réussites d'un pouliche comme Joviality (relire notre article de 24h au trot daté du 1er novembre dernier), petite-fille de Jovelinotte, ou encore des produits de Love You et des deux Ready Cash présents au départ de l'Hambletonian 2020 (alors que seulement cinq de ses produits avaient été référencés en 2017) ne peuvent bien sûr laisser insensibles les professionnels américains. Au pays où les statistiques sont reines et la culture du résultat une religion, rien de tel que des succès pour attirer les convoitises et diriger les regards dans la bonne direction. Ajoutons également à ce chapitre un article qui a fait date : celui qui prouvait combien notre crack Face Time Bourbon (Ready Cash) portait en lui les gènes gagnants venus de chez l'Oncle Sam via ses aïeuls que sont Stars' Pride et Speedy Crown. Un article qui avait fait date, des deux côtés de l'Atlantique.

Témoignage de Déborah Daguet
Déborah Daguet est originaire de Versainville en Normandie et est partie explorer les États-Unis alors qu'elle venait d'être tout juste majeure et elle n’en est jamais revenue. Installée depuis juillet 2020 à Wind Gap en Pennsylvanie, la jeune femme désormais âgée de 25 ans est à la tête d’une écurie de 18 chevaux. Elle témoigne de l'appétence américaine pour nos trotteurs : "Il y a un peu un effet de mode avec les chevaux français actuellement. Ils sont réputés pour avoir beaucoup de dureté et également plus difficile à gérer. C’est un peu un challenge pour les entraîneurs américains de travailler avec des chevaux français. Nous avons quelques poulains et pouliches de Ready Cash dans le circuit qui ne manquent pas de qualité mais qui sont aussi délicats dans les premiers mètres de courses."




Quels profils ?
Si nos deux systèmes américains et français sont fondamentalement différents, avec une standardisation aux États-Unis qui s'opposent à notre très grande variété, nos chevaux français ont, sous l'impulsion d'une "américanisation" de notre cheptel, la capacité de bien faire de l'autre côté de l'Atlantique. Pour Pierre Vercruysse, "on a même des 2 et 3 ans qui sauraient aller très vite là-bas aussi". Ce sera peut-être lors d'une prochaine phase. Car pour le moment, ce sont donc des chevaux de 4 à 8 ans qui sont recherchés. Christian Le Barbey est convaincu que les profils potentiels sont nombreux : "Ils ont vu par l’expérience de chevaux importés ces dernières années qu'ils ont des aptitudes pour performer aux États-Unis. Le but est aussi de leur montrer qu’il y a dans notre cheptel des trotteurs susceptibles de répondre à leurs attentes : des chevaux faciles dans leurs allures, avec un bon mental, à même d’être entraîné sur le même site que celui des courses." Aux États-Unis, ils évolueront à 100% corde à gauche, avec des départs exclusivement à l'autostart et sur des pistes soit de 800m, soit de 1000m, soit de 1600m. Côté américain, une forme d'impatience semble en tout cas poindre autour de cette vente à écouter Scott DiDomenico (Gaitway Farm, Manalapan), entraîneur dans le New Jersey : "Comme tout le monde a besoin de chevaux, en particulier de trotteurs, une vente française est une excellente occasion d'apporter du sang neuf et de construire des relations pour l'avenir tout en augmentant le nombre de trotteurs disponibles. Une telle entreprise est vraiment passionnante".

Les trotteurs français que j'ai vus il y a quelques années étaient pour la plupart des chevaux bien élevés qui dépassaient de loin nos attentes.
Ron Burke


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