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Actualité - 21.07.2022

La cravache dans tous ses états

Ce fut l’une des annonces fortes de la semaine dernière. Le règlement de l’utilisation de la cravache, au galop, en Grande-Bretagne, va évoluer d’ici l’automne, après le rapport rendu par un groupe de pilotage, comprenant entraîneurs et jockeys. Les demandes ont été validées par le Comité de la British Horseracing Authority (équivalent de France Galop). Sur ce sujet crucial, c’est une avancée vers une "préoccupation européenne partagée". Au trot, les règles européennes a minima existent avec une tendance de certains pays, scandinaves en l’occurrence, d’aller vers un nouveau durcissement des règles. Parlons donc de la cravache dans tous ses états (règlement et pays).

C’est un grand changement. Pays du Derby d’Epsom, berceau du classicisme, la Grande-Bretagne se prépare à une grande évolution sur le sujet majeur à l’heure actuelle, celui de l’usage de la cravache. La semaine dernière, d’importantes annonces ont été rendues publiques. Conclusion : si l'utilisation de la cravache restera autorisée, elle sera beaucoup plus restreinte à partir de l'automne.

Le contexte français de l’utilisation de la cravache
■ AU TROT : les règles actuelles en France (sur la base de l’accord de l’U.E.T.) : limite de 7 coups de cravache dans les 500 derniers mètres ; limite de 3 coups de cravache dans les 200 derniers mètres (depuis deux ans)
■ AU GALOP, le code des courses prévoit : limite de 5 coups en course (depuis 2019 – antérieurement, la limite était de 12 coups)


Un processus de l’ensemble du secteur courses britannique
Professionnels et jockeys ont notamment participé à une longue étude sur l’utilisation en course de la cravache, qui fait l’objet d’énormément de discussions dans tous les pays de courses. Avec donc, à la clé, de grandes annonces, validées par le Comité de la BHA (British Horseracing Authority). Si son utilisation reste autorisée, la cravache sera beaucoup plus contrainte. À partir de cet automne normalement (les discussions ne sont pas terminées), la tenue de la cravache fera qu’elle ne partira plus du dessus de la ligne du bras et de la main. Moins d’élan, donc diminution du ressenti du mouvement de la cravache. Si l’emploi est autorisé, il ne doit jamais affecter le bien-être de l’animal. Alors que sept coups seront autorisés en plat, et huit en obstacle, un dépassement de quatre coups pourrait purement et simplement aboutir à une disqualification du cheval. Une règle novatrice et sans doute implacablement dissuasive.

Une cravache interdite en Suède au galop
On est encore loin d’une suppression totale de la cravache, chose pourtant déjà en vigueur dans le nord de l’Europe, en Suède, qui, en 2022, a pris la décision de bannir la cravache au galop. Une grande première et le début d’une série ? Si Helena Gartner, directrice de Svensk Galopp, affirmait avoir "reçu plusieurs réactions de personnalités de haut niveau qui louent cette initiative", le fossé est encore assez grand avec la France ou l’Angleterre, quand bien même cette dernière a franchi un palier. Dans l’Hexagone, le Code des Courses prend en compte avec sérieux le bien-être animal. Le geste du pilote est encadré de manière à minimiser l’impact de la cravache. En mars 2019, le nombre de coups autorisés est passé à 5, sans dépasser la ligne des épaules, alors qu’il était de douze au début des années 2000. Du côté des Commissaires de courses, on signale que "les jockeys prennent conscience des effets d’une baisse des coups de cravache et sont de moins en moins sanctionnés. La cravache est un outil réellement de sécurité, mais qui doit être utilisée à bon escient dans l’esprit du public et du bien-être équin."


La question du bon usage
Une vision qui vaut tant au galop qu’au trot. À l’attelé, les drivers doivent tenir les guides de leurs deux mains et n’utiliser la cravache que dans l’axe du cheval, sans mouvement en arrière ou latéral, avec un nombre maximum de trois coups dans les 200 derniers mètres. Aide artificielle, dans le prolongement du bras, elle est décrite comme indispensable. Pour stimuler, pas forcément par un coup mais par le bruit qu’elle peut produire, mais aussi pour diriger et garder en droite ligne, et ainsi indiquer la bonne direction au cheval. Ce qui peut même le rassurer. "Je trouve que les règles actuelles en France concernant la cravache sont bonnes tout simplement", affirme Stéphane Meunier, Président du Syndicat des Entraîneurs Drivers et Jockeys de trot (SEDJ). "Par négligence, on a peut-être pendant des années mis sur le même pied d’égalité le coup de cravache non justifié et celui de "trop", qui a débouché cette année sur la polémique du Prix d’Amérique avec Davidson du Pont et Nicolas Bazire, où les Suédois nous ont pointés du doigt. On est dans cet exemple au moment d’une lutte pour l’argent des propriétaires et des parieurs. Ces amalgames ont été banalisés."

Les règles actuelles en France concernant la cravache sont bonnes, tout simplement.
Stéphane Meunier

© Aprh
La cravache, un élément de l'équipement de course
Quant à l’emploi de la cravache dans son ensemble, Stéphane Meunier est inflexible. "Je suis pour le maintien, avec une adaptation des coups. Les matières utilisées ont aussi évolué pour ne pas faire mal. Il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup d’avancées. Modifier encore une fois la réglementation, je n’en suis pas convaincu." De par son caractère de guide. "J’en ai beaucoup parlé avec Thierry Gillet et Bertrand Lestrade. Nous essayons d’avoir une communication commune et ils (les représentants du galop) sont contre également. Nous devons nous adapter dans l’image que l’on veut donner et expliquer que ce n’est pas pour faire mal. Je vois mal un jockey d’obstacle arriver devant une difficulté sans cravache !" Sur les sanctions, là encore, un pas a été franchi. "On a travaillé sur la réglementation et comme je le disais à Guillaume Maupas (N.D.L.R. : directeur technique de LeTROT), cela faisait longtemps qu’on le réclamait. Il y a désormais un véritable distinguo entre les amendes et suspensions pour usage abusif et l’acte de maltraitance sur un cheval, qui entraîne désormais une forte amende et un mois de suspension."
Pour Guillaume Maupas, directeur technique de LeTROT, il n'est pas pas l'heure de remettre en question la cravache en tant que telle en course : "Je considère que la cravache fait partie de l’équipement d’un jockey ou d’un driver et que l’enlever serait une erreur. En revanche, son usage doit être encadré. Doit-il être encore plus encadré, pourquoi pas ? Ce sont les discussions à venir qui nous le diront. Ce qui est sûr, c’est quelque chose sur lequel il faut toujours être en éveil."


Au trot, la tendance scandinave au durcissement de la réglementation
Au trot, la Scandinavie tend également vers une suppression de la cravache. Déjà interdite en Norvège, elle pourrait l’être dans les prochaines années (les prochains mois ?) en Suède. Alors qu’une partie de ces observateurs se sont dits choqués, voire scandalisés, de l’arrivée du Prix d’Amérique Legend Race (les deux drivers ont été sanctionnés selon le Code des Courses en France), Ulf Hörnberg a déclaré lors de la dernière assemblée générale de l’U.E.T. : "Il est vrai qu’il y a beaucoup de différences entre nos cultures scandinaves et latines. Chez nous, le sujet de la cravache est crucial. On a intégré des changements importants dernièrement mais ce n’est pas suffisant. Comment accepter que l’on autorise jusqu’à sept coups de cravache ? On nous répond que c’est la question des parieurs : mais on peut aussi faire comprendre aux parieurs qu’un cheval peut et doit apprendre à gagner sans être cravaché. Zéro, c’est tout. On peut le motiver avec d’autres actions. Je suis fier de ce qu’il se passe chez nous." Avant d’enfoncer le clou : "Nous n’allons pas assez vite sur ce sujet, c’est une question de survie de l’avenir de notre activité."

La dimension européenne et internationale
"C’est une question de survie de l’avenir de notre activité." Des mots puissants et choisis en connaissance de cause. "Sur la question de l’harmonisation, on a l’impression que c’est la course à celui qui fera meilleure figure et l’annonce la plus forte", tempère Stéphane Meunier. "Ce serait aussi donner des gages à d’autres personnes, animalistes, qui ne sont pas là pour la protection de l’animal mais pour que l’humain n’utilise plus l’animal. Il faut faire attention. Le cheval est un animal de travail."
La France a évolué, on ne peut pas le nier. La question du bien-être animal est au cœur des préoccupations des sociétés-mères. En Suède notamment, sous la pression sociétale, les restrictions ont été beaucoup plus marquées. Ce qui fait que les écarts se sont encore plus importants. À cette question, l’U.E.T. devra rapidement trancher. Pour le public, pour les parieurs, pour les professionnels, ces derniers étant amenés à se produire de plus en plus hors de nos frontières.
C’est d’ailleurs sur le plan européen que Guillaume Maupas place le sujet : "La question de l’usage de la cravache s’inscrit à la fois dans des discussions nationales et internationales. En France, on est complètement en phase avec l’accord européen actuel (N.D.L.R. : élaboré dans le cadre de l’U.E.T., transposé et appliqué par la France dans le code des courses du trot depuis deux ans). La réflexion se poursuit avec une présidente de l’U.E.T. qui est suédoise et pour laquelle la question du bien-être animal est chère. Ces sujets sont donc prioritaires dans le cadre de la nouvelle mandature qui commence."

Entre écoute et convictions culturelles étayées
La ligne de crête sur laquelle vont devoir évoluer les responsables en tout genre des courses, aux niveaux national et international, aura à se situer entre deux expressions. Celle des attentes sociétales que l'on exprime beaucoup aujourd'hui par la notion de bien-être animal et celle de la culture équine, arguments à l'appui, de la filière cheval qui s'est construite depuis toujours avec la cravache. La relation millénaire entre l'homme et le cheval, à l'origine de cette culture cheval propre aux courses, à l'équitation, aux chevaux lourds notamment, s'est concrétisée dans des outils spécifiques auxquels appartient la cravache. Entre devoir de modernité et de réalité, on a bien affaire ici à un dialogue entre voix intérieures des courses et voix extérieures. La force de conviction des premières doit répondre aux volontés de changement des secondes. Cela quelquefois positivement, d'autres fois négativement pour peu que, dans tous les cas, les arguments soient au rendez-vous.

Aucune étude sous les conséquences de l'utilisation de la cravache chez le cheval
À notre connaissance, il n'existe actuellement aucune étude sur les conséquences de l'utilisation de la cravache (sous les angles de la douleur ou souffrance, des conséquences comportementales, de la motivation ou démotivation, etc.) sur les équidés et, en particulier, les chevaux de courses. Voilà peut-être une piste à approfondir pour mettre sur la table des échanges avec des intervenants extérieurs à l'univers hippique.

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