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Actualité - 27.07.2022

Le Grand Prix de Wallonie : une stature internationale

Le Grand Prix de Wallonie, ex-Grand Prix de la Région Wallonne, est une épreuve de création récente, ayant vu le jour en 2000, qui a eu tôt fait de s’imposer dans le calendrier international, ce dont témoigne la richesse de son palmarès. Face Time Bourbon n’en est-il pas, d’ailleurs, le double tenant du titre et les grands adversaires du moment, Etonnant et Vivid Wise As, ne s’apprêtent-ils pas à s’y retrouver, dimanche prochain, dans une édition 2022 qui s’annonce palpitante…

Au temps jadis, la course la plus prestigieuse du calendrier d’outre-Quiévrain était le Grand Prix d’Hiver, symboliquement doté d’un million de francs belges et disputé sur l’hippodrome de Sterrebeek, le jour de Mardi Gras. Au sortir du meeting de Vincennes, les trotteurs français faisaient régulièrement le déplacement et s’y illustraient plus souvent qu’à leur tour. Parallèlement, lors de la même réunion, dans la discipline du trot monté, il y avait le Prix des Flandres, qui tombait pareillement le plus souvent dans l’escarcelle des nôtres. Il s’agissait de courses spectaculaires à souhait, avec des rendements de distance, qui enthousiasmaient un public venu en nombre et enclin à s’enflammer, par exemple aux exploits d’un Axius, cheval de Prix d’Amérique, dont il fut deux fois deuxième, rendant victorieusement quarante mètres dans le Grand Prix d’Hiver, ou d’une Uniflore D, lauréate du Prix de Cornulier, donnant jusqu’à cent mètres à ses rivaux dans le Prix des Flandres et ne les y confondant pas moins. Entre autres souvenirs et faits marquants.
Ces deux courses existent encore, mais leur aura n’est plus, à la différence de celle, estivale, du Grand Prix de Wallonie, lequel s’est, en quelque sorte, substitué au Grand Prix d’Hiver et est devenu la compétition belge la plus prisée. Modernité oblige, rendre la distance n’y est plus de mise et l’on s’y élance avec le concours de l’autostart, sur le tracé, usuel en Belgique, de 2.300 mètres. L’étiquette est celle d’un Groupe 1 et elle se justifie parfaitement, au vu du palmarès affiché, du moins depuis le milieu des années 2000. C’est, du reste, à cette époque-là que le Grand Prix de Wallonie a obtenu le statut de course internationale, en même temps que celui de Groupe 1, présentement doté de 180.000 euros. L’hippodrome de Wallonie, à Mons, dans la province du Hainaut, en est le cadre.

Un règne français presque sans partage
La France survole le palmarès du Grand Prix de Wallonie, avec la bagatelle de dix-sept succès en l’espace de vingt-deux ans. Deux seuls autres pays figurent sur la liste des vainqueurs, à commencer par celui qui a l’avantage de jouer à domicile, la Belgique, donc, lauréate de trois des quatre premières éditions, avec le même Orlando II (2001, 2003) et avec Japarov (2000). Mais, sans chauvinisme, la course n’avait pas, alors, le niveau qu’elle a atteint par la suite, se situant davantage à l’échelon d’un Groupe 3. L’Italie est l’autre nation représentée, forte des victoires d’Ilaria Jet, en 2009, et de Princess Grif, en 2015.
Dès 2002, la France a signé son premier succès, par l’entremise du hongre âgé de 10 ans, Etonne Moi. Deux ans plus tard, tandis que la course vient d’être labellisée Groupe 1 et qu’elle se dispute, exceptionnellement, cette année-là, sur 2.850 mètres, Jess Luxor est un nouvel actif à mettre à notre crédit. Dès lors, pour les nôtres, les années vont se suivre et se ressembler, égrenant les distinctions de Kazire de Guez (2005), L’Amiral Mauzun (2006), Lady d’Auvrecy (2007), Olga du Biwetz (2008), Quilien d’Isques (2010), Rapide Lebel (2011), Ready Cash (2012), Timoko (2013), Roi du Lupin (2014) ou encore Amiral Sacha (2016), jusqu’au doublé de Bold Eagle (2017, 2019) –entrecoupé du sacre d’Aubrion du Gers (2018)– et à celui de Face Time Bourbon (2020, 2021). Au fil de cette énumération, on revisite l’élite du trotting français des chevaux d’âge de ces vingt dernières années, preuve de la compétitivité et de la sélectivité de ce Grand Prix.

Le propre des grandes courses
Parmi les entraîneurs, Sébastien Guarato maîtrise parfaitement son sujet et détient le leadership, se réclamant de six victoires, avec Olga du Biwetz (2008), Rapide Lebel (2011), Bold Eagle (2017, 2019) et Face Time Bourbon (2020, 2021). Dans les rangs des drivers, Jos Verbeeck est prophète en son pays, étant le plus titré en tant que partenaire d’Olga du Biwetz (2008), de Timoko (2013) et d’Aubrion du Gers (2018). Deux pilotes français le talonnent, en Jean-Michel Bazire et Franck Nivard, vainqueurs, respectivement, avec Kazire de Guez (2005), puis Quilien d’Isques (2010), et avec Ready Cash (2012), puis Bold Eagle (2017).
Un Bold Eagle qui prit part trois fois à cette épreuve, pour deux victoires et une place de quatrième, en 2020, le jour de ses adieux à la compétition, sous la drive de son fidèle compagnon, au sein de l’écurie de Sébastien Guarato, Hugues Monthulé. Or, ce jour-là, c’est Face Time Bourbon, son successeur vedette, qui s’imposait, également pour Sébastien Guarato. Une page se tournait, à la faveur de ce Grand Prix de Wallonie, en même temps qu’un relais se faisait. C’est aussi cela le propre des grandes courses.

LES 8 PARTANTS DE L'ÉDITION 2022
1. Alcoy - Ch. Martens
2. Étonnant - A. Barrier
3. Cicero Noa - F. Neirink
4. Beau Gamin - J. Van den Putte
5. Baron du Bourg - J.G. Van Eeckhaute
6. Cyriel d'Atom - H. Huygens
7. Vivid Wise As - M. Abrivard
8. Désir Castelets - G. Loix

Bold Eagle une vedette du palmarès du Grand Prix de Wallonie
TROIS QUESTIONS À ACHILLE CASSART

Président de fédération belge des courses, Achille Cassart est le commentateur tout désigné pour parler des courses belges. Tour d’horizon de l’élevage et du financement de la filière trot.

24H au Trot.- Que peut-on dire sur l’actualité de l’élevage belge ? On note une régression des naissances de plus de 25 % entre 2017 et 2021. Comment l’analysez-vous ?

Achille Cassart.- 2021 a été l’année la plus importante en nombre de naissances de poulains nés Trotteurs Français en Belgique depuis l’accord entre la France et la Belgique pour l’élevage. Il y a eu entre 170 et 180 TF nés en Belgique l’an dernier. En fait plus d’une naissance sur deux de trotteur est désormais un TF (pour un total de 317 naissances en 2021). C’est la première fois que les naissances de TF sont majoritaires en Belgique. Ce nombre ne fait qu’augmenter et traduit une hausse du niveau de qualité de la production. Les éleveurs belges vont plus que jamais à des étalons français de bon niveau pour produire des Trotteurs Français en Belgique. Qualitativement, notre élevage est très bon mais c’est vrai aussi que les chiffres montrent par ailleurs une baisse du volume global des naissances. Il reste que je trouve que notre pays se maintient quand même bien, si l’on compare à l’élevage de pays voisins comme l’Allemagne (322 naissances en 2021) et les Pays-Bas (186).

Le parc d’étalons belge est finalement important avec 48 éléments déclarés actifs en 2021. Comment est-il composé ?
Je dirais qu’il y a une quinzaine d’étalons Trotteurs Français et les autres sont des standardbreds provenant d’autres stud-books, comme la Suède, l’Italie, l’Allemagne notamment. Mais les éleveurs belges de TF français vont beaucoup en France avec leurs juments. En fait, sur les 175 naissances TF de 2021 en Belgique, je pense que la moitié provient d’étalons qui saillissent en France.

Comment est financé le système des courses ? Qui sont les contributeurs des allocations ?

Il faut d’abord dire que les chiffes d’enjeux sur les courses belges générés par le PMU sont très bons cette année. La Belgique est le premier marché étranger du PMU avec un volume supérieur à 100 M€ et qui approche désormais les 150 M€. Il y a aussi nos opérateurs de paris nationaux qui génèrent quelques dizaines de millions d’euros par an. Nous avons été impactés par le Covid qui a entraîné une baisse des enjeux et donc une baisse des reversements des opérateurs et consécutivement une diminution des allocations. Mais cela repart à la hausse cette année. Les allocations proviennent de trois sources de financement : le PMU via son retour sur les courses belges, à hauteur de 60 %, les opérateurs nationaux, sur les courses belges, et les subventions des pouvoirs publics qui assurent à eux deux le solde de 40 %. Il faut par ailleurs préciser qu’une part importante des allocations, notamment distribuées dans les grandes épreuves, comme dans le Grand Prix de Wallonie, retournent en France car elles sont touchées par des propriétaires français.

Le projet de vente de l’hippodrome de Mons en sommeil

En décembre 2020, deux ministres du gouvernement de la Wallonie proposaient de vendre la participation de région wallonne (75,5 %) dans l’hippodrome de Mons à un investisseur privé. Ce projet n’a finalement jamais vu le jour et Achille Cassart nous apprend : « Ce projet n’est plus une priorité et serait dans tous les cas très encadré. Si un investisseur privé voulait acheter l’hippodrome, il devrait répondre à deux obligations. La première de pérenniser les écoles installées sur le site. Il y a en trois liées à la filière cheval dont la plus importante école nationale de maréchalerie. La deuxième obligation serait de pérenniser les courses. »

La Belgique est le premier marché étranger du PMU

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La Belgique des courses en 2021 (données UET)
Sur les courses
■ Nombre de chevaux à l’entraînement ayant couru (trotteurs et galopeurs) : 1.406 (-19,75 % entre 2017 et 2021)
■ Nombre de chevaux à l’entraînement estimé entre 2.000 et 3.000
■ Répartition des chevaux : 75 % trotteurs et 25 % galopeurs

Sur les courses au trot
■ Nombre de courses : 745 (-23,1 % entre 2017 et 2021)
■ Total des allocations versées au trot : 2.412.620 €
■ Allocation moyenne par course : 3.238 € (-12,1 % entre 2017 et 2021)
■ Allocation moyenne par partant : 1.716 € (-15,84 % entre 2017 et 2021)
■ Total des enjeux hippiques : 115.000.000 € (donnée de 2020)
■ Nombre d’entraîneurs : 57
■ Nombre drivers/jockeys : 194

Sur l’élevage au trot
■ Nombre de naissances : 317 (-27,5 % entre 2017 et 2021)
■ Nombre de juments saillies : 402
■ Nombre d’étalons : 48 (dont une quinzaine Trotteurs Français)
■ Nombre d’éleveurs : 711

5 hippodromes actifs au trot (par ordre alphabétique)
Kuurne, Mons, Ostende, Tongres et Waregem




Ready Cash en solitaire
Ready Cash se distingue à nouveau. Il est, en effet, le seul étalon lui-même vainqueur du Grand Prix de Wallonie à avoir engendré des produits à leur tour lauréats de l’épreuve. Ceux-ci ne sont pas n’importe lesquels et sont au nombre de deux : ils se nomment Bold Eagle et Face Time Bourbon. L’un et l’autre ont gagné deux fois la course, le premier en 2017 et en 2019, le second en 2020 et en 2021.


Les mâles devant les hongres
Les mâles dominent le palmarès de ce Grand Prix, qui, en vingt-deux éditions, les a vus s’imposer à douze reprises, notamment ces trois dernières années, grâce à Face Time Bourbon (2021, 2020) et à Bold Eagle (2019). Les femelles n’ont vaincu, quant à elles, que quatre fois, la dernière lauréate en date étant l’italienne Princesse Grif, en 2015. Entre les deux, les hongres comptent six victoires, la plus récente ayant été signée par Aubrion du Gers, en 2018.


1’10’’4 : record à battre
L’actuel record du Grand Prix de Wallonie est de 1’10’’4. Il est détenu, à la fois, par Amiral Sacha, vainqueur de l’édition 2016, et par Ready Cash, lauréat quatre ans plus tôt. Ce temps n’a pas été véritablement approché dernièrement, le meilleur « chrono » enregistré depuis lors étant celui de 1’10’’9 réalisé par Face Time Bourbon, lors de son succès de 2020
.
Face Time Bourbon lors de sa victoire 2020

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