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Actualité - 12.09.2022

Gérard Olivier (Écurie Dry) : "Les chevaux, c'est ma vie"

Sa silhouette est bien-connue dans les travées des hippodromes. Vous la croisez aussi régulièrement les jours de ventes. Éleveur et propriétaire depuis plus de quarante ans, Gérard Olivier, boulanger à Flers dans l’Orne, est parti de rien dans les chevaux mais avec une passion née de l’enfance. Dimanche, son élevage, le label "Dry", et sa casaque seront au départ du Critérium des 3 Ans avec Juninho Dry, le vainqueur de la dernière épreuve qualificative, avec l’espoir d’une première mention dans un Groupe 1.

Son émotion a été comme souvent communicative quand Juninho Dry (Carat Williams) a remporté le Prix Jacques de Vaulogé, la Qualif#4 du Critérium des 3 Ans au début du mois, ce qui fait de lui le seul cheval à avoir battu deux fois Just A Gigolo (Boccador de Simm), le leader de la génération, à l’issue d’une accélération finale qui devient sa marque de fabrique. "On travaille pour cela depuis des années mais l’émotion est tellement énorme de gagner un Groupe 2", souffle Gérard Olivier une semaine après.
"Cette émotion est liée bien sûr à mon fils, David, qui avait trouvé le nom de notre label quand on a décidé de se lancer vraiment dans cette activité (N.D.L.R. : il a disparu prématurément à la fin des années 2000), à la présence très rare à Vincennes de mon épouse et au travail de toute l’équipe." La réaction de Gérard Olivier (72 ans) était avant tout suscitée par la fin de course du fils de Carat Williams. "Je dois reconnaître que Juninho m’a épaté même si je savais qu’il était très bien au travail. Je ne voulais pas le courir à Enghien cet été car souvent et cette année plus que jamais il fait très chaud et la piste n’est pas toujours comme je la souhaite. On en a tous discuté ensemble et on a pris la décision. C’était la bonne chose à faire. Je crois que son finish en a ébloui plus d’un", glisse l'éleveur/propriétaire non sans une certaine malice. De quoi aborder le Critérium des 3 Ans de dimanche dans les meilleures dispositions et avec une certaine confiance. "Maintenant, il faut que tout se passe bien. Il n’y a pas de raison que la dernière semaine ne se déroule pas bien, ça va être du bon stress. Il peut être dans les cinq premiers, c’est certain, avance-t-il. Je crois en mon cheval mais je n’ose même pas imaginer s’il venait à gagner."

Le travail d'une équipe
Derrière les résultats des "Dry", toute une équipe travaille sur les quelque soixante hectares du haras qui accueillent aussi des chevaux au repos. "Depuis quatre ans, Patrick Guarnieri nous a rejoint. Sa présence nous a permis de franchir un palier, juge Gérard Olivier. Les "J" sont la première génération avec laquelle il a travaillé." Ancien entraîneur, Patrick Guarnieri est épaulé par un autre salarié et trois apprentis. "Je connaissais ses qualités humaines, ce qui est très important à mes yeux, poursuit l'homme des "Dry". Il est très formateur pour les apprentis. Il ne s'énerve jamais, tout est fait dans le respect des chevaux. Je sentais qu'on passe un cap. On a vraiment la volonté de faire les choses mieux même si on ne les faisait pas mal avant. On a investi dans un marcheur. Les poulains sont très vite pris en main et beaucoup maniés. Notre motivation est de livrer aux entraîneurs du clé en main. Quand les chevaux arrivent au débourrage chez Guillaume Beaufils, ils peuvent être très vite attelés. On a une équipe qui travaille dur mais le travail est vraiment bien fait en amont."

DES DÉBUTS COMPLIQUÉS
Gérard Olivier peut témoigner peut-être mieux encore qu’un autre que l’élevage et les courses ne sont pas un long fleuve tranquille. "Les chevaux, c’est ma vie, raconte celui qui a grandi auprès des percherons qu’il attelait. Si j’avais pu choisir jeune, c’est entraîneur que j’aurais voulu faire comme métier. Mais je n’avais pas les connaissances au fond de ma campagne normande, ni les gens pour me guider. Mon père n’aimait pas les courses de chevaux car il ne voyait cela que par le jeu." Son premier souvenir de course, c’est un Prix d’Amérique, celui de 1963 remporté par Ozo qu’il voit à la télé chez un voisin. "C’est la première course que j’ai vue de ma vie. À défaut de pouvoir aller dans les chevaux, j’ai choisi l’apprentissage en boulangerie que j’ai fait à Caen. J’échangeais ma baguette à laquelle j’avais droit tous les jours avec le Turf au marchand de journaux du coin, ce qui le faisait sourire."


Je n’ose même pas imaginer si Juninho Dry venait à gagner le Critérium.
Gérard Olivier

(© E. Fossard)
Au milieu des années 1970, alors qu’il vient d’ouvrir avec son épouse (pour leur première sortie commune, il l’a invitée à Vincennes !) leur boulangerie à Flers qui est depuis devenue une institution de la commune ornaise, il achète son premier cheval et sa première poulinière. "Je me suis fait avoir dès que j’ai pu acheter un bout de cheval. Je n’ai pas fait les bonnes rencontres. Ma première poulinière était sur un bout de de champ que je louais dans un coin de Flers. J’ai commencé avec rien. Au départ, c’est la misère."

SON REGARD SUR LA JOURNÉE DES CRITÉRIUMS
"Ça va être une fête. C’est une juste récompense pour les éleveurs. Avoir un partant ce jour-là est extraordinaire. Les éleveurs ont longtemps été ignorés, à part les grands élevages qui étaient connus. On ne s’imagine pas le mérite des petits éleveurs dont je fais partie qui sont au travail tous les matins, dans le froid, dans la pluie, pour soigner, curer les boxes. Ils doivent accepter le poulain qui se blesse, celui qui meurt, la jument qui avorte. Même en faisant tout très bien, on a des déconvenues terribles. Quand un entraîneur débute un poulain, il y a déjà minimum trois ans de travail derrière. L’éleveur a choisi le croisement, a fait remplir la jument, a élevé le poulain, etc. Tous les jours, il y était. Il ne faut donc pas l’oublier quand le poulain en question gagne."

Pourtant, Gérard Olivier ne va jamais renoncer. "Aujourd’hui, on est récompensés du travail qui a été fait depuis le début, revient-il. Mon épouse me dit souvent : "Je ne sais pas comment tu as pu continuer". On prend des coups de massue terribles sur la tête, il y a tellement de coups durs, des juments qui avortent, des poulains qui naissent tordus, mais il faut avoir la volonté de continuer le lendemain." Quelle est alors la motivation ? "C’est la volonté d’entreprendre et de réussir, répond-il aussitôt. Il y a d’ailleurs un parallèle avec ma vie professionnelle."

AUJIOSCO, LE DÉCLIC

Le coup de pouce viendra d’Aujiosco que Gérard Olivier fait naître en 1988. "J’avais acheté à Gérard Mottier sa mère, Nidore des Etangs (Fondon), qui est devenue ma première jument souche en gardant ses filles. Gérard Mottier me l’avait conseillée en me disant qu’il me fallait une bonne jument pour mon élevage, se souvient Gérard Olivier. Ça a été un vrai déclic. À l’entraînement chez Antoine Blier, chez qui j’allais sortir régulièrement des chevaux et pour lequel notamment j’ai drivé en amateurs, il a été placé de Groupe 2. Jusque-là, j’avais mangé énormément d’argent. Aujiosco m’a permis d’acheter des terres et de gommer les conneries que j’avais fait. Aujiosco a été un coup de chance." David, son fils, se prend à son tour de passion et, après plusieurs expériences, fait part à son père de faire de l’élevage son métier. "C’est à partir de là que l’élevage des "Dry" a vraiment commencé. Mais c’est très long de construire un élevage. J’ai appris sur le tas. La satisfaction n’en est que plus grande aujourd’hui car j’aurais pu tout bouffer. Ma femme me rappelle souvent que je suis têtu et que je ne voulais pas céder. J’ai toujours voulu réussir, cela a toujours été mon but. Je ne me mets pas d’objectifs précis mais je veux faire naître de bons chevaux, c’est-à-dire capables de gagner à Paris et plus si possible."
De ce côté-là, Gérard Olivier a atteint bien plus d’une fois la cible. Citons pêle-mêle L'Etoile Dry (Sancho Pança), qui remporta plus de 463.000 € en courses chez Jean-Michel Bazire, Urbec Dry (Gros Grain), vainqueur à Enghien et dont la carrière a dépassé les 256.000 € de gains, Jet Dry (Cèdre du Vivier), Céleste Dry (Goetmals Wood), et autres Discovry Dry (Goetmals Wood), ces deux derniers ayant chacun gagné plus de 200.000 € sans parvenir à s'imposer en région parisienne. Sans évidemment parler de Juninho Dry et Happy Star Dry (Prince Gédé), tous deux aux mentions semi-classiques les plus récentes.
Prodigious 1'11''1 Goetmals Wood 1'11''9
Carat Williams 1'10''7 Imagine d'Odyssee
Miss Williams 1'16''9 Sancho Panca 1'15''2
JUNINHO DRY Quara Williams 1'17''1
The Best Madrik 1'10''1 Coktail Jet 1'11''2
Delicatessen 1'18''8 Lady Madrik 1'14''5
Pretence 1'14''9 Kaisy Dream 1'12''3
Slave 1'14''2
(© APRH)
TOUJOURS S’AMÉLIORER ET VENDRE

Tout au long de ces années, Gérard Olivier a donc toujours eu la volonté de s’améliorer et, pour cela, il a toujours réinvesti que ce soit dans l’achat de nouvelles poulinières, dans les saillies, étant porteur de plusieurs parts d’étalons ou bien encore dans les infrastructures de son haras. "Tous ces investissements nous ont permis au fil du temps de franchir marche après marche ", décrit l’éleveur normand. On en veut pour exemple l’achat de la mère de Juninho Dry, Delicatessen (The Best Madrik), qu’il a réalisé avec son discret associé, Yoann, qui tient à rester discret, lors de la Vente Mixte d’Automne d’Arqana Trot en 2016. "On avait repéré ce papier maternel que l’on trouve rarement aux ventes, avec pour troisième mère la matrone Slave. Ce jour-là, nous étions co-enchérisseurs avec Jean-Étienne Dubois qui était juste à côté de moi, se souvient parfaitement Gérard Olivier. Il me connaissait et m’a demandé si je voulais vraiment la jument qui sortait de l’entraînement, ce à quoi j’ai répondu bien sûr oui et c’est comme ça qu’on a pu l’avoir pour un prix raisonnable (17.000 €) qui rentrait dans notre budget. Ça fait partie de la politique d’achat de beaux papiers que l’on n’a pas. Depuis, elle a un "K" par Earl Simon qui s’est qualifié en juin à Caen et une "L" par Singalo qui est au débourrage et que nous allons garder car c’est sa première femelle." Cette année, Delicatessen a donné naissance à un propre frère de Juninho Dry alors qu’elle est désormais pleine de Face Time Bourbon. Un étalon dont Gérard Olivier à acheter deux parts dès sa syndication (prix de vente de la part : 80.000 €). "J’ai même été le premier à demander à Sébastien Guarato, avance-t-il. J’ai commencé à acheter des parts d’étalons sur les conseils de gens plus intelligents que moi. Mais il ne faut pas se tromper car on les a pour un bout de temps. Nous n’achetons pas pour faire des bénéfices et revendre derrière. Je me bats parfois pour les acheter pour pouvoir mettre mes juments. Je n’ai jamais acheté une part d’étalon en me disant que j’allais la revendre le lendemain." Dernièrement, Gérard Olivier a acheté une part d’Italiano Vero (Ready Cash).
Au-delà des rentrées par les poulinières en pension et les chevaux au repos, ces investissements ne peuvent être financés que par des ventes. "Tous les ans, on a une obligation de vendre des chevaux. Ce n’est pas moi qui aie besoin d’argent c’est le banquier qui m’en réclame !, énonce Gérard Olivier avec le sens de la formule. Je suis donc éleveur-vendeur et j’ai des chevaux en association, comme Juninho d’ailleurs avec mon associé. C’est pour cette raison que j’avais vendu la carrière de courses de L’Etoile Dry et que je présente des yearlings aux ventes." La veille du succès de Juninho Dry, il était d’ailleurs à Deauville pour les ventes de yearlings sélectionnés où il présentait dix éléments dont la moitié a trouvé preneur. "Dans l’ensemble, je suis satisfait", dit-il. Le fait que le fils de Face Time Bourbon et Céleste Dry ait été racheté 90 000 € n’est-il pas une déception ? "Non car il y a toujours des clients dans l’avenir pour ces chevaux-là. Si déception il doit y avoir, c’est parce qu’on se dit que le marché n’est pas aussi bon qu’on le croyait et que c’est un beau poulain. Sur le coup, cela ne fait pas de rentrée d’argent mais les résultats de Juninho Dry font que nous sommes moins mal pris que certaines années financièrement."

Sébastien Pouteau

Ce n’est pas moi qui aie besoin d’argent, c’est le banquier qui m’en réclame!
Gérard Olivier

(© Province Courses)
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