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Actualité - 02.11.2020

Paroles de pros face à la crise et à l'actualité

Si on veut avoir de jeunes joueurs, je pense qu’il faut les amener à un jeu très simple : on gagne ou on perd comme le "1-N-2" des paris sportifs.
Sylvain Dupont

L’année 2020 restera comme une succession d’épreuves. Confinement, arrêt des courses pendant deux mois, un mois de reprise de courses en mode huis-clos, des règles d’accueil du public drastiques durant l’été et l’automne avant une nouvelle période de courses en huis-clos renforcé, dans le cadre du confinement en phase II de l’ensemble du pays. Nous avons voulu « sonder » quelques professionnels, aux profils différents, rencontrés lors de la réunion lavalloise du 1er novembre.

Au travers nos différentes rencontres, dimanche 1er novembre à Laval, trois grands thèmes se dégagent sur la période que nous traversons : 1/ l’inquiétude générale sur le présent reconfinement avec les craintes par tous de son impact sur les enjeux PMU ; 2/ l’actualité propre à la filière du trot avec notamment les opérations à destination des parieurs comme les émojis ; 3/ l'obligation pour certains de faire encore plus et différent dans cette période.

1/ l’inquiétude générale sur le présent reconfinement avec les craintes par tous de son impact sur les enjeux PMU
La gravité du moment est partagée par tous. Avec en filigrane, le sentiment que la filière s'en sort plutôt bien en pouvant encore exercer. L'entraîneur Sylvain Dupont explique ainsi : « Il faut qu’on s’estime à peu près heureux de pouvoir courir déjà. C’est vrai que la formule du huis-clos casse tout le charme des courses. Après le problème vont être les enjeux PMU. C’est le nerf de la guerre : il faut qu’on arrive à sauver les enjeux PMU du mieux qu’on peut. »
Sur le même sujet, Joël Van Eeckhaute analyse : « Le huis-clos, je pense qu’il est nécessaire par rapport à toutes les directives nationales. Le Covid est là et les restrictions sont légitimes. On peut courir et continuer à travailler, c’est le point positif pour notre profession car décider tout de suite de ne pas courir pendant un ou deux mois aurait été catastrophique pour l’ensemble de la filière. Le sentiment est qu’il faut que le jeu continue. S’il n’y a pas de jeu, il n’y a pas de courses. La crainte est de savoir si les enjeux vont continuer et suivre par rapport au fait que des points PMU sont fermés. Je pense que les prochaines semaines seront décisives de ce point de vue. Les premières tendances annoncent des chiffres à -40 %. Il ne faudrait pas que cela soit plus catastrophique que cela. »
Alice Dubert, de son côté, oscille entre espoir et inquiétude : « Le reconfinement actuel ne nous impacte pas vraiment car on peut continuer à travailler. Le souci c’est le pari et on est tous d’accord qu’il y aura moins d’enjeux. Je veux rester optimiste sur le présent car je pense qu’il y a de plus en plus de gens qui jouent sur internet et on a vu que les chiffres, après le premier confinement, quand on a recouru à huis-clos, n’étaient pas si catastrophiques que cela. Cela nous donne un peu d’espoir. Mais en même temps, ce confinement me fait un peu sourire car je trouve qu’on n’est pas si confinés que cela. En fait, je pense que dans quinze jours, cela ne va pas être la même musique. En France, on n’a pas de discipline collective et je vois bien dans mon village [dans la Manche], tout le monde bouge, se promène… J’ai peur pour les courses dans quinze jours. »
Pour Jean-Pierre Dubois, les courses s'en sortent plutôt bien : « Il faut s’estimer heureux de pouvoir courir et de faire encore rentrer de l’argent. Demander plus pour les courses en période de confinement, quand beaucoup d’activités sont arrêtées, semble difficile. » Aymeric Thomas se projette dans les prochaines semaines avec un certaine inquiétude : « Par rapport à d’autres corps de métiers, on a la chance de pouvoir travailler. On est pour l’instant carrément privilégiés. Mais les chiffres du PMU risquent de nous rattraper dans très peu de temps. À moyen et court terme, cela me semble compliqué. Le "online" [l'internet] a décollé pas mal mais, si on arrive à faire 50 % du chiffre d’affaires, ce sera déjà beau. Et c’est insuffisant pour continuer sur plus d’un mois. Si j’ai une inquiétude aujourd’hui, ce sont les chiffres du PMU dans les semaines et mois qui viennent. » On retrouve ce même discours dans la bouche d'Arnaud Desmottes : « Professionnellement, le jour des courses, il n’y a rien qui change, sauf évidemment qu’il n’y a pas de public. J’appelle juste les joueurs à jouer, le plus grand nombre à jouer. Le nerf de la guerre est financier. On est satisfaits de courir et d’avoir des allocations. Tant que c’est possible, tant mieux. Un deuxième arrêt des courses serait très dur pour notre profession. »

2/ L’actualité propre à la filière du trot
Les discours autour des parieurs et des propriétaires, présentés par les actuels dirigeants de LeTROT, trouvent un écho favorable dans les expressions des différents professionnels rencontrés. Mais Sylvain Dupont tient à replacer ces priorités dans un contexte général : « Il ne faut pas oublier qu’on est globalement en peine depuis déjà longtemps. On traversait une période difficile avant le Covid. On voyait que les champs de courses se vidaient, que les enjeux diminuaient. C’est vrai que tout le monde se pose la question de vouloir ramener du public et des nouveaux et jeunes joueurs. » Tous les acteurs des courses perçoivent les nouvelles actions entreprises actuellement par LeTROT. Il y a l'expression d'une reconnaissance à l'action. Pour Sylvain Dupont : « Il est fait des choses. Il y a des efforts de fait. » Pour Arnaud Desmottes : « On ne peut pas reprocher aux dirigeants d’essayer. Ils tentent de faire bouger les choses avec les émojis par exemple. Il faut avoir un peu de recul pour juger. » Aymeric Thomas : « Il ne faut pas jeter la pierre. Je trouve que les dirigeants ont le mérite de bouger depuis un petit moment et dans une période qui n’est pas simple. »

Des réserves sur les émojis
Le sujet des émojis suscite des réserves sur leur conception, comme Sylvain Dupont qui nous déclare : « Sur les émojis, je ne suis pas convaincu, je suis réticent. Je vais jouer le jeu mais je pense que les turfistes ont d’autres informations aujourd’hui : ils voient si les chevaux sont déferrés, s’il y a des pilotes. Les émojis vert et jaune ne parlent que de victoire. On pourrait aussi parler d’être à l’arrivée dans les cinq premiers. »
Même analyse chez Arnaud Desmottes qui nous explique : « Je joue le jeu des émojis mais, pour moi, cela ne sert à rien. Il y a les journalistes qui font leur travail. Les parieurs font leur papier et, s’ils "savent lire", ils n’ont pas besoin des émojis. Est-ce que les émojis peuvent faire jouer des gens qui n’ont jamais été aux courses ? Je ne pense pas. »
Aymeric Thomas va également dans le même sens : « Je trouve que les émojis sont mal faits. Le vert devrait être « On compte gagner ou disputer la victoire » ; le jaune : « on compte prendre une place » et le rouge « On ne compte pas faire l’arrivée ». Ce serait plus simple pour le parieur. Et avec le système actuel, je mets quasiment jaune à chaque fois. J’ai dû mettre vert une fois. »


Sujet encore tout neuf dans l'actualité, la création de la marque Prix d'Amérique Races ZEturf reçoit des avis partagés chez les professionnels consultés. Pour Alice Dubert : « Je trouve que le monde des courses existe depuis tellement longtemps que le projet de vouloir faire disparaître le nom des certaines courses, comme le Prix de Bretagne ou de Belgique, au profit d’une nouvelle dénomination de marque, c’est enlever la partie mythique des courses. C'est ce qui a construit la mémoire collective des courses. » La réserve est aussi de mise chez Aymeric Thomas : « L’histoire de la refonte des noms autour du Prix d’Amérique ne devrait pas révolutionner la face du monde. Ça fait plus anglais et fashion mais après ? »

3/ Des propositions ou idées sur des priorités à venir
Pour Sylvain Dupont, c'est du côté de l'offre des paris que des efforts doivent être menés : « Je trouve que les jeux du PMU sont trop complexes. Quelqu’un qui arrive dans un PMU une première fois, s’il n’est pas aiguillé et accompagné sur le jeu, c’est beaucoup trop compliqué. On propose beaucoup, beaucoup de jeux différents. Comprendre les cotes, qui montent qui descendent, qui clignotent : c’est incompréhensible sans explication. Je trouve que la gamme du PMU est compliquée. Si on veut avoir de jeunes joueurs, je pense qu’il faut les amener à un jeu très simple : on gagne ou on perd, comme le 1-N-2 des paris sportifs. On parle depuis longtemps de vouloir jouer sur un driver ou sur un cheval qui est là ou qui ne fait rien. Evidemment, je vois cela de ma position d’entraîneur sans être un expert du jeu. »

Des expériences d'ouverture et de partage à multiplier
Alice Dubert insiste pour sa part sur l'ouverture de la profession au grand-public, vrai levier pour elle de développement du jeu. Elle parle aussi du sens de partage : « Il faut faire découvrir le jeu au public mais en l'associant [le jeu] aux courses. Demander à jouer par solidarité en cette période de confinement me semble par exemple dangereux. Jouer pour jouer est insuffisant. Il faut qu’il y ait un vrai échange. Les gens souffrent actuellement et doivent faire attention à leur budget. Pour les faire jouer et que cela ait un sens sur le long terme, il faut mieux leur faire découvrir notre passion. Il faut les faire entrer au cœur des écuries, les faire venir aux courses, leur faire découvrir la préparation d’un cheval. Je pense que la notion essentielle y compris pour le jeu est celle de partage. Évidemment en ce moment, c’est impossible mais j’ai trouvé que plusieurs initiatives intéressantes avaient été proposées à la sortie du huis-clos au printemps. Des collègues ont ouvert leurs écuries, ont invité des gens à venir découvrir l’entraînement durant une matinée. C’est cela qu’il faut : faire voir notre métier sous un autre angle. On retrouve bien la notion de partage. » Cette idée est également reprise par Arnaud Desmottes : « Ouvrir nos établissements aux néophytes pour leur faire découvrir notre métier me semble une très bonne idée. Là, on peut vraiment toucher de nouveaux profils de personnes et participer à la conquête de nouveaux propriétaires et parieurs. »

La gestion de crise
Qui dit crise, dit gestion de crise. Sur ce sujet, Arnaud Maillard nous a fait remarquer : « Je voulais qu’on reprenne de l’argent sur les réunions Premium et sur Vincennes pour les redistribuer en province. C’est une chose qui a été faite à la reprise des courses au printemps pour sauver toute une profession et pas seulement l’élite et Vincennes. »
Sur la communication de crise, Aymeric Thomas ajoute pour sa part : « M. Barjon aurait dû communiquer davantage dans la période compliquée, au printemps même si, à sa décharge, comme nous, il devait naviguer à vue. »

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