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Actualité - 19.10.2022

Les coups de trop pour le trot européen

C’est la polémique qui enfle et enfle encore ces dernières heures dans l’univers du trot. À l’échelle mondiale. Le comportement de Vincenzo Piscuoglio Dell'Annunziata au sulky de Cokstile, vainqueur de l'International Trot, samedi soir à Yonkers Raceway, est la cible de la plupart des acteurs européens. Ce lundi, la présidente de l'UET Marjaana Alaviuhkola a diffusé un communiqué dénonçant la drive brutale du pilote italien (avec son partenaire Cokstile) et dangereuse (à l’égard des autres participants). Vincenzo Dell'Annunziata, devenu la cible des medias scandinaves, n'a pourtant reçu aucune sanction outre-Atlantique.

Nous nous en étions fait l’écho dès notre édition relatant la course samedi (à retrouver par ce LIEN). La drive de Vincenzo Piscuoglio Dell'Annunziata au sulky de Cokstile (Quite Easy), récompensée par la victoire, est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire, du moins sur le vieux Continent. Le driver a, "coup sur coup", eu un comportement dangereux à un tour du but en sortant précipitamment de la corde, pour prendre le dos de Back of The Neck (Ready Cash), entraînant une vague qui touchera Etonnant (Timoko), contraint à la faute pendant quelques foulées. Il y a son engagement sans retenue depuis le milieu de la dernière ligne opposée, avant même le dernier tournant, transformant son pilotage en correction à l’endroit de son partenaire Cokstile. Avec des coups portés, pour certains, avec un large mouvement préparatoire de la cravache en l’air pour être sûr de son efficacité. Il y encore un pied sorti du cale-pied à la sortie du dernier tournant pour encore mieux mitrailler son partenaire. La coupe est pleine et provoque des réactions d’objection et de dégoût en Europe.

L’entourage de Cokstile sauvé deux fois par le système américain
À noter que Cokstile était sous le coup d'une interdiction de courir de 21 jours en raison de sa non participation à la consolante du Grand Prix de la Loterie, le 2 octobre dernier, après avoir conclu quatrième de sa batterie. Son exclusion court du 2 au 23 octobre mais n'est pas reconnue par les autorités américaines (dès lors que la suspension excède dix jours). Voilà comment le représentant italien, mais défendant l'élevage norvégien, a pu se retrouver au départ samedi et gagner l’épreuve avec les polémiques que l’on connaît maintenant. Et cela sans que son entourage ne soit sanctionné de quelque façon que ce soit. Un entourage qui a donc été sauvé deux fois pas le système américain, en amont et aval de la course.

Le premier commentaire déplorant la drive "musclée" de Vincenzo dell'Annunziata apparaît sous la plume du rédacteur en chef de sulkysport.se, Claes Freidenvall, dans son papier de traitement de la course, à chaud donc. On y lit notamment : "(...) une démonstration dégoûtante de la part du driver italien (...). Une honte pour le sport et rien d'autre !" Dans nos colonnes, nous pointons également et immédiatement : "Il y a comme un malaise né du succès américain de Cokstile. Un malaise provoqué par la drive de Vincenzo Dell’annunziata, pilote italien chevronné de 48 ans, sorti sans ménagement aucun d’une troisième ligne à la corde."

Les réactions officielles scandinaves
Les déclarations s’enchaînent ces dernières heures avec la présidente de l'U.E.T. (Union Européenne du Trot), Marjaana Alaviuhkola, qui déclare dans son communiqué officiel : "Le comportement du driver de Cokstile Vincenzo Piscuoglio Dell'Annunziata a malheureusement été totalement inacceptable Il a utilisé la cravache de nombreuses fois en maltraitant sévèrement son cheval. Ce type de conduite est bien sûr interdit dans les pays de l'UET. Si un tel comportement se produisait, cela entraînerait une sanction sévère. L'UET dissocie fortement ce type de comportement dans les courses de trot et travaille activement pour le bien-être général des chevaux à tous les niveaux." Communiqué à retrouver par ce LIEN.
Nous avons comptabilisé quatorze coups de cravache de Vincenzo dell'Annunziata depuis le milieu de la ligne opposée sur la vidéo de la course.
Les officiels des courses norvégiennes ont aussi pris la parole. Le contexte est particulier pour eux sachant que Cokstile est né en Norvège et rattaché à son stud-book mais défend des intérêts italiens. "Le Norske Travselskap (N.D.L.R. : en charge des courses au trot en Norvège) se démarque fortement du traitement infligé à son cheval par Dell'Annunziata pendant la course ! Une telle façon de traiter les chevaux n'est pas autorisée en Norvège et entraînerait l’exclusion de sa participation aux courses de trot."
Même sentiment chez les Danois. La société mère du trot danois explique : "Au lieu d’assister à une fête, on a vu une course de trot gâchée à cause du comportement mal placé du driver italien qui était assis derrière le vainqueur Cokstile. Tout le monde aux Etats-Unis, qui aime le trot, devrait condamner un tel comportement. Ce genre de traitement d'un cheval est bien sûr interdit au Danemark et, si cela se produisait, alors la punition serait extrêmement sévère."

Etats-Unis et Europe : deux systèmes aux antipodes
L’approche des courses américaines et européennes diffère dans ses fondamentaux. Si le système US est avant tout financé par des investisseurs individuels, dans une logique ultra libérale bien connue, avec notamment l’industrie du jeu et des casinos qui dirigent de nombreux hippodromes (lire notre édito sur le sujet américain "Au pays du cheval et des contrastes" par ce LIEN), les courses européennes raisonnent en termes de filières avec un poids très fort du collectif. Les règlements sont plus poussés avec par ailleurs le souci de l’image des courses auprès du grand-public (là encore dans une logique de notoriété collective).
C’est sur ces constats baptismaux que la réglementation du bien-être animal se propage en Europe et est transcrite dans les différentes réglementations nationales, sous l’égide de l’U.E.T. au trot. Il y a aussi une reconnaissance mutuelle des décisions étrangères dans l’environnement européen. Pas aux Etats-Unis, où les règles différent encore souvent d’un Etat à un autre. Quant à appliquer des décisions européennes, les USA en sont loin. Selon la réglementation européenne, Cokstile n’aurait d’ailleurs pas pu courir samedi dernier (lire l’encadré). Les Etats-Unis n’ont pas signé les reconnaissances internationales du trot et ne se sont, sur ce sujet comme sur celui du bien-être équin, pas non plus alignés sur l’Europe.
En fait on peut parler de systèmes antagonistes, tant dans la réglementation des courses que dans le volet de la médication. Sur ce point, plusieurs concurrents ont reçu des traitements interdits en Europe pour la course de samedi dans le cadre de la réglementation new-yorkaise. Cokstile s'est vu administrer pour sa part de la Banamine (anti-inflammatoire non stéroïdien) de manière déclarée mardi 11 et mercredi 12 octobre, quelques jours avant l'épreuve.
Vincenzo dell'Annunziata se défend
Interrogé par l'italien Galoppo e Trotto, le driver transalpin assure n'avoir "donné que deux ou trois coups au sulky lui-même, sans toucher à Cokstile" avant même de mettre en garde : "il est temps pour eux de mettre un terme à ces allégations".

Un cas très différent de Nicolas Bazire dans le Prix d’Amérique
Si la drive de Nicolas Bazire, lors de son succès avec Davidson du Pont (Pacha du Pont) dans le dernier Prix d’Amérique, avait provoqué une vague de colère dans le monde scandinave, où elle avait été jugée trop engagée et dure, on est bien dans un autre cas ici. Pour le cas Bazire, on en était encore sur des questions de limite et d’interprétation d’une règlementation européenne en recherche d’harmonisation. D’ailleurs Nicolas Bazire avait été condamné par les commissaires français (300 € et 3 jours). Cette fois, le cadre change puisque la réglementation américaine est permissive au point de n’avoir pas sanctionné Vincenzo dell'Annunziata. En fait, la réglementation américaine n’existe pas en matière de nombre de coups de cravache. Avec la démonstration du driver italien de samedi soir, on est entré dans un autre domaine, celui de la brutalité pure, libérée de tout cadre répressif. Sur ce point, tout le monde se retrouve en Europe, justement sur la base d’une réglementation partagée sous le vocable du bien-être animal.

INTERVIEW DE GUILLAUME MAUPAS,
Secrétaire général de l'UET
24h : On n'a pas souvenir d'avoir déjà lu une prise de position de la part de la Présidente de l'UET sur une actualité à chaud ainsi. Est-ce une première ?
Le comportement du driver italien a choqué nombre d’observateurs scandinaves et a poussé la Présidente de l’UET à diffuser un communiqué, un fait rarissime voire inédit. Il faut dire que cet événement intervient en plein coeur du débat qui anime à l’heure actuelle l’UET. La réflexion se porte sur l’utilisation de la cravache et sur la dissociation entre deux choses : solliciter contre frapper. Tout sera une question de définition de ces deux termes dans les textes que nous allons être amenés à proposer prochainement.

En quoi cette actualité américaine concerne l'Europe du Trot, que faut-il lire entre les lignes de ce communiqué ?
Tout d'abord, le cheval est norvégien. Ensuite, la volonté de la Présidente de l’UET était de préciser très rapidement que ce n’est pas du tout le genre de course et de comportement qu’on souhaite voir dans le cadre de l’UET et de bien marquer sa différence. Ce sujet sera donc sur la table de la Conférence Mondiale du Trot l’an prochain en Allemagne en présence des États-Unis. Il s’agit bien de rappeler qu’on se positionne dans le cadre d’un système d’échanges de courses, de prises de paris internationales, de diffusion des images dans des pays du monde entier où l’on peut avoir des sensibilités différentes les unes des autres. Or pour les pays scandinaves, la cravache est aujourd’hui l’alpha et l’omega de l’avenir des courses.

Quelles oppositions entre États-Unis et Europe sont ici mises en lumière ?
Cet épisode révèle clairement des différences d’approches globales entre l’Europe et les États-Unis. Il y a la cravache et les changements de ligne comme ici, d’autant, et soulignons-le, que le driver italien n’a semble-t-il eu aucune sanction. Et il y a bien sûr le sujet des médications puisque les chevaux de l’International Trot étaient autorisés à être traités. Dans notre recherche d’harmonisation, laquelle doit être la boussole de l’UET et des instances internationales, on peut se dire qu’il y a un vrai sujet. Mais aucune sanction n’est possible de toutes façons de notre côté : il faut rappeler qu’il n’y a pas de commissaires de l’UET et l’UET n’a pas de pouvoir disciplinaire. L’harmonisation recherchée, a minima, permettrait aussi de ne pas aller à l’encontre de décisions prises par les autorités d’un pays. Mais faudrait-il encore que l’accord international soit signé par tous les pays partageant, je le redis, des courses, des paris et des images.

Les Américains ne sont pas d'accord entre eux
Cette controverse intervient en plein débat entre familles des courses américaines, également sur le sujet du traitement des chevaux. L'industrie du galop s'est en effet dotée d'un nouvel organisme HISA (Horse Integrity and Safety Authority) dont la mission est définie comme telle : "HISA est chargée de rédiger et d'appliquer des règles uniformes de sécurité et d'intégrité dans les courses de pur-sang aux États-Unis (...) HISA a été créé pour mettre en œuvre, pour la première fois, un ensemble de règles nationales et uniformes applicables à tous les participants aux courses de pur-sang et aux hippodromes. HISA comprend deux programmes : le programme de sécurité des hippodromes, qui entrera en vigueur le 1er juillet 2022, et le programme antidopage et de contrôle des médicaments (ADMC), qui entrera en vigueur en janvier 2023". Le mouvement prend de l'ampleur... sauf chez les trotteurs ! L'USTA (association régissant les courses au trot) venant même de diffuser une vidéo sur Twitter assez étonnante disant en substance : "ce n'est pas à une autorité extérieure de nous dire comment nous comporter, nous savons bien nous occuper de nos chevaux." Ambiance garantie d'autant que l'argument principal est celui des coûts engendrés par ces nouvelles règles : chacun devant participer au financement de l'HISA.

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