... © J.-M. Tempier
Actualité - 06.11.2020

Gaston Alainé Arrête de driver mais… continue

Il y aussi la grande et incroyable histoire avec Replay Oaks.
Gaston Alainé

Il était le doyen des pelotons. À 87 ans, Gaston Alainé, l’homme de la région lyonnaise, a décidé d’arrêter de driver en courses. Mais pas à l’entraînement car le professionnel continue son activité de ce côté-là. Rencontre avec un personnage aux milles vies et anecdotes.

La dernière sortie de Gaston Alainé a eu lieu à Marseille-Vivaux mercredi dernier. Le "jeune homme" était aux commandes de l’un de ses pensionnaires, Gladiateur d’Arbaz (Orlando Vici). Installé à Chaponnay, en région lyonnaise, il compte 140 victoires comme driver depuis ses débuts dans les années 1960. Son ultime succès restera donc celui signé avec Epaminondas (Replay Oaks), le 21 mars 2018 à Marseille, mais Borély cette fois.
Parler avec Gaston Alainé, c’est comme enlever les peaux d’un oignon : sous chaque couche, en apparaît une autre. L’homme a eu mille vies, commençant mécanicien, devenant déménageur, puis dirigeant de la plus grande entreprise de déménagement lyonnaise et aussi, évidemment et parallèlement, entraîneur driver et éleveur.


24H au Trot.- On commence par le présent. Vous venez d’annoncer que vous arrêtiez. Pourquoi précisément maintenant ?
Gaston Alainé.- J’ai 87 ans. Je me sens en forme mais, il y a des fois, j’ai de la peine à avancer quand même. Je me dis que, si un jour je tombe, je vais être mal. Alors je préfère arrêter avant un problème. Et puis, de toute façon, il faut savoir s’arrêter. Je reste entraîneur et je sors tous les jours plusieurs lots. J’ai encore une douzaine de chevaux au travail. Et j’ai aussi deux poulinières à l’élevage. En fait, je n’aime pas rester sans rien faire alors tout cela m’occupe, tout simplement.

Des secrets de longévité ?
Peut-être l’alimentation et le travail ? J’ai toujours fait attention à l’alcool par exemple. En fait, je prends un verre de vin tous à les jours à sept heures du soir, en mangeant. Mais avant en journée, jamais une goutte d’alcool. Peut-être que c’est ça. Et puis avant, je faisais beaucoup de sport : du footing et du vélo par exemple. Je faisais des courses à vélo avec mes apprentis sur les routes autour de chez moi à une époque où il y avait moins de circulation. (rires)

Parlons chevaux. Quels sont ceux qui ont marqué votre carrière ?
Je commencerai par Iris de Biziat. Avec lui, j’ai remporté deux quartés à Vincennes et un à Enghien. C’était pas mal. À son sujet, j’ai plusieurs anecdotes. Je l’avais acheté à dix-mois mois dans un pré. C’était un véritable petit pur-sang. Ça me plaisait bien. Il était alezan avec une crinière blonde et était très aérien dans ses allures. J’ai eu aussi Berlinoise qui n’a jamais gagné à Vincennes mais s’y est placée. Elle est devenue la mère de Le Big Boss qui m’a apporté beaucoup en courses et comme étalon. Mais j’ai aussi un souvenir particulier avec Quel Hadol. J’avais gagné une course avec lui à Enghien [NDLR : le 16 août 1986] et le lendemain, je partais aux Etats-Unis voir le Championnat du Monde. Je me souviens que nous étions à une grande table d’au moins cinquante personnes et quelqu’un a pris la parole pour dire : « Ici, vous avez M. Alainé qui a gagné hier à Paris ». Pour les Américains, c’était toujours très impressionnant d'entendre ainsi "Paris". Cette année-là, Mon Tourbillon participait à l’épreuve mais avait dû faire le tour des autres et n’avait pas gagné. Je suis allé trois fois aux Etats-Unis comme invité par les courses. Par contre, je n’ai jamais eu le bonheur de driver là-bas. Et puis, il y aussi la grande histoire avec Replay Oaks [lire encadré].

Un souvenir particulier des Etats-Unis ? Quelque chose vous y a marqué ?
J’ai découvert là-bas des photos de leur champion de légende Greyhound et de celles qui témoignaient de son record du monde monté sur 1 600 mètres [NDLR : en 1’15’’5 en 1940]. J’ai remarqué que la femme qui le montait avait une position de jockey de galop. Cela m’a donné des idées. Et à Cagnes-sur-Mer en 1986, le premier à monter en France avec la position en avant, c’était moi ! Avant [Philippe] Masschaele donc. Je me souviens que tout le monde m’appelait Saint-Martin et disait : « Il est fou ce garçon ».

Si on citait une personne qui vous a permis d’arriver où vous en êtes dans les courses, quelle serait-elle ?
Je dirais mon premier patron, M. Boinon, qui avait de bons chevaux à l’époque. Nous étions au début des années 1960 et on allait alors assez souvent à Vincennes. On était installés à Charbonnières-les-Bains, sur le champ de courses qui n’existe plus aujourd’hui. En fait, il a disparu quand Parilly a récupéré toutes les réunions des petits hippodromes de la région lyonnaise. Le profil de la piste était parfait avec une longue ligne droite en montée pour finir, un peu comme ont tous les grands entraîneurs aujourd’hui. C’est vraiment chez que M. Boinon que j’ai appris beaucoup de choses.


L’incroyable histoire de Replay Oaks
J’avais Le Big Boss qui faisait la monte chez M. Fresnaye. On fait nos comptes et M. Fresnaye me devait encore 20 000 €. Il me propose de me donner deux poulains de Le Big Boss dont il était éleveur et propriétaire. Et dans le lot, il y avait Replay Oaks. En plus, il s’était trompé car le deuxième n’était pas un « Big Boss ».


Ses meilleurs chevaux
Iris de Biziat (Ataturk L) – 100 000 € de gains. Etalon
Berlinoise (Iris de Biziat) – 140 851 € de gains
Le Big Boss (Ustang de Mai) : gagnant à Vincennes à l’attelé et au monté. 6e du Prix de Cornulier (Gr.1) – 309 145 € de gains. Etalon
Replay Oaks (Le Big Boss) : Prix des Elites et des Centaures (Gr.1), 2e Prix de Vincennes (Gr.1) – 642 100 € de gains. Etalon


Quelque chose dont vous êtes fier aux courses ?
J’avais mis une barre de côté dans les années 1970 à un cheval qui n'était pas droit. À l’époque, cela n’existait pas. C’est moi qui ai mis la première barre. Avec Raoul Busset, on a été les premiers à le faire. C’était un reste de mon premier métier. Jusqu’à 18 ans, j’étais mécanicien et c’est avec mes notions de mécanique que j’ai pensé et créé une barre pour ne pas que le cheval mette son "cul" de côté. Cela a bien marché tout de suite. Je l’ai fait pour un cheval qui n’avait pas de gains et qui a pris une "fortune" par la suite.

Un nom du déménagement lyonnais
« J’ai été déménageur dans ma jeunesse. J’ai dû porter 5 000 pianos dans ma vie et suis toujours vivant. » D’abord, salarié, Gaston Alainé reprend l’entreprise de déménagement où il travaille à l’âge de 30 ans quand son patron la lui cède. « J’ai prospéré beaucoup dans le secteur du déménagement dans les années 1960 et 1970. C’est devenu un gros truc. On était le plus gros déménageur de Lyon à cette époque là. » Gaston Alainé compte alors 15 salariés dans son entreprise de déménagement et plusieurs apprentis dans son activité courses. La société est toujours dirigée par la fille de Gaston Alainé et existe encore mais souffre actuellement, crise sanitaire oblige. Elle devrait s’arrêter selon les mots de Gaston Alainé : « On va l’arrêter à cause du Covid qui nous a foutus en l’air. »


On passe aux années 1980. Les années du bonheur ?
Aux courses, c’est dans les années 1980 que j’ai gagné le plus d’argent. J’avais beaucoup de chevaux. Je me souviens avoir gagné cinq courses en deux jours à Marseille quand les courses n'étaient que les samedi et dimanche.

Comment avez-vous accompagné l’évolution des courses ? Etait-ce une obsession d’être à la page ?
Les courses ont bien évolué. Il y a vingt-cinq ans, j’avais dix ans d’avance sur la plupart des gens, aujourd’hui, j’ai pris dix ans de retard (rires). Déjà à l’époque, je mettais tous mes chevaux au paddock, rien dans les boxes. Tout le monde fait comme cela maintenant. J’ai une piste qui fait six-cents mètres mais qui est un véritable vélodrome avec des virages bien relevés. Je fais des travaux en fractionnés. Je vais aussi sur les hippodromes de la région : Parilly, Villeurbanne (La Soie), Saint-Galmier, Feurs… L’idéal serait d’avoir une ligne droite comme j’avais à Charbonnières qui faisait 1 200 mètres et se finissait en montée.

Un souvenir avec Jean-Pierre Dubois
Jean-Pierre Dubois est un grand Monsieur. Il connaît tout. Je me souviens d’un jour où on avait mangé ensemble au restaurant de Vincennes. Quelqu’un me demande si je pense gagner avec Iris de Biziat [NDLR : le 5 février 1981]. Je lui réponds « oui ». Après l’arrivée, Jean-Pierre Dubois qui courait dans la course, a été le premier à venir me féliciter.


Comment parleriez-vous de l’évolution des courses ? Qu’est ce que vous avez vu changer ?
Avant, on avait des gros chevaux avec des grosses têtes. Maintenant, ce sont des petits chevaux fins. C’est des pur-sang. Je gagnais à mon époque en 1’21 ou 1’22 à Marseille. Aujourd’hui, je serais dernier avec le même chrono.

Pensez-vous qu’on arrive à une limite ou que les trotteurs peuvent encore aller plus vite ?
J’ai toujours dit que les chronos actuelles de moins de 1’10’’ étaient possibles et se réaliseraient. On y est. Et ce n’est pas fini. Cela va s’améliorer encore, c’est sûr. Les galopeurs sont à bout de souffle, ils ne peuvent pas aller plus vite mais les trotteurs le peuvent encore. Les origines ont tellement changé. Maintenant, il ne faut garder que les bonnes poulinières d’autant plus que les saillies coûtent cher. Je trouve d’ailleurs que beaucoup d’étalons sont devenus trop chers. Pour les petits éleveurs, c’est impossible. Heureusement que certains restent encore abordables. Regardez Earl Simon. Chez certains, il aurait été beaucoup plus cher. L’an dernier, je lui ai mis deux poulinières car c’est un sacré cheval qui propose un bon rapport qualité/prix.

Une phrase ou une formule pour résumer votre vie dans les courses ?
Une vie de rêve tour simplement. Aujourd’hui, je peux dire que tout s’est toujours bien passé. J’ai eu tant et tant de trucs extraordinaires. [photo ci-dessous : la dernière sortie de Gaston Alainé, mardi]

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