... Talicia Bella (© ScoopDyga)
Actualité - 15.11.2020

« Je suis devenu plus sélectif mais cela a mis du temps »

Talicia a fait une très bonne jument parce qu’elle a progressé de ses 3 ans jusqu’à ses 9 ans. Je pense que sa fille est vraiment intéressante.
Rémi Boucret

La semaine a mis une nouvelle fois en avant la réussite de l'élevage de Rémi Boucret. Les « Bello » et « Bella » se sont en effet distingués à plusieurs reprises. L'occasion d'une interview avec leur éleveur qui pointe à la 3ème place du classement national à un mois et demi du terme de la saison.

24 Heures au trot. En ce mi-novembre, vous occupez la troisième place du classement des éleveurs. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Rémi Boucret. Il n’y a pas d’objectif lié au classement. Après, cela fait toujours plaisir, je ne vais pas dire le contraire. Mais il n’y a pas de but d’être dans le haut du classement. Je m’y retrouve inévitablement vu le nombre de juments que j’ai. Ça pourrait être mieux aussi peut-être. Si je me trouve dans le top 3 ou le top 5, c’est aussi parce que je suis dans le top 3 ou le top 5 au niveau de l’effectif des juments. Mais pour y arriver, il a fallu pendant des années et des années avoir la réussite qui permet d’accéder à des effectifs comme ça.

Qu’est-ce qu’une bonne année pour votre élevage à vos yeux ?
Une bonne année, ce sont des espoirs que l’on peut avoir dans des jeunes chevaux. C’est plus comme cela que je le vois. C’est d’avoir l’espoir que l’on ait dans les jeunes de vrais bons, des chevaux de Paris. C’est le plaisir d’avoir un effectif qui permette d’aller à Paris où je ne vais pas tant que cela.

Jean-Paul Marmion dit toujours que deux victoires en province rapportent autant qu’une à Paris et il préfère donc aller deux fois en province avec moins de difficultés. 2020 s’annonce comme une bonne année par rapport aux « H » qui ont bien démarré, ceux chez Jean-Paul Marmion ont tous gagné voire pour certains deux fois de suite.

C’est le cas de Halicia Bella et Hamouro Bello qui se sont imposés pour la deuxième fois le 11 novembre, journée au cours de laquelle votre élevage a enregistré une autre victoire avec Cesario Bello.
C’est sûr que cela a été une bonne journée. Je n’ai pas eu de commentaires des entraîneurs, notamment de Jean-Paul Marmion qui ne m’appelle pas après chaque victoire. Je ne l’ai pas si souvent que cela au téléphone. On a une confiance réciproque énorme. Quand je l’ai, je tends le dos d’ailleurs parce que je sais que c’est souvent pour une mauvaise nouvelle.

La victoire d’Halicia Bella, premier produit de votre excellente jument Talicia Bella, doit représenter quelque chose de particulier, non ?
C’est fantastique d’avoir la continuité de l’histoire avec la fille qui sort de l’ordinaire même si on ne peut pas déjà savoir jusqu’où elle ira. Talicia a fait une très bonne jument parce qu’elle a progressé de ses 3 ans jusqu’à ses 9 ans. Peut-être que Halicia ne sera que précoce mais elle montre de la qualité comme sa mère montrait au début. Si je me souviens bien, Talicia avait aussi gagné deux ou trois de ses premières courses (N.D.L.R. : 3 courses exactement) et la première fois qu’elle avait été battue c’était par Triode de Felllière à laquelle elle rendait 25 mètres. Je pense que sa fille est vraiment intéressante, du niveau Paris c’est quasiment sûr. Ça permet de rêver en tout cas. C’est d’autant plus plaisant que Talicia c’était mon croisement.

Pouvez-vous expliquer cela ?
Avec Talicia Bella, j’avais envie de faire un croisement franco-français. J’étais vraiment satisfait parce que j’avais réussi avec des étalons qui n’étaient pas très cotés à l’époque mais c’était deux champions, Général du Pommeau et Vivier de Montfort, le père de mère. Je trouvais intéressant de mettre Général du Pommeau car, malgré qu’il soit 100 % français dans son sang récent, il avait les qualités d’un cheval américain par le jeu de jambes qui était le sien. La mère de Talicia avait de la dureté mais pas une grande vitesse. J’étais content de faire ce croisement qui a été au-delà de mes espérances. Général du Pommeau a été difficile à juger comme reproducteur car il a été très peu fertile. Moi, j’ai eu la chance d’avoir son meilleur produit mais il ne faisait que douze produits par an et ne pouvait donc pas percer.

De combien de poulinières votre élevage est-il composé ?
J’en ai beaucoup en association avec les éleveurs où sont stationnées mes juments. Volontairement, je ne sais pas y répondre car c’est la question fréquente de mon épouse (rires). Jamais, je n’aurais pensé avoir un jour autant de poulinières, mais peut-être que je suis trop conservateur. Je suis devenu plus sélectif mais cela a mis du temps à ce que je réagisse. En même temps, ça m’a permis aussi d’avoir des produits que l’on n’aurait pas pensé aussi bons.

Avez-vous un exemple ?
La mère de Talicia Bella. Ce n’était pas une championne. Avec les critères que je me fixe aujourd’hui, je ne l’aurais pas gardée. Aujourd’hui, je suis presque obligé dans les femelles de ne garder que des produits qualifiés avec des gains. Je ne garde plus les juments non qualifiées mais c’est davantage une obligation qu’un souhait. En faisant ça, je vais rater de bons produits.

Des juments pas douées pour la compétition mais bien nées avec du modèle peuvent faire de très bonnes reproductrices. Je l’ai vécu. Je garde encore beaucoup de mes femelles, ça a toujours été ma politique. J’étais très peu sélectif au début mais j’ai été content de ne pas l’être. J’ai eu plusieurs fois des produits dont on ne s’attendait pas à ce qu’ils soient les meilleurs de leur génération au niveau de mon élevage. Je pense ainsi à une jument comme Rosaria Bella qui n’a pas fait de champions mais a eu une production très uniforme. Je l’ai gardée alors que je n’étais pas du tout convaincu qu’elle ferait une bonne mère. Mais c’est la souche de Talicia Bella, la descendance d’Arnaga de Taloney. Avec les critères d’aujourd’hui, je ne l’aurais pas gardée.

Les statistiques de Rémi Boucret éleveur depuis 2015
2020 (*) : 94 chevaux / 662 courses / 68 victoires / 141 502 € primes
2019 : 92 / 856 / 112 / 184 092 €
2018 : 90 / 771 / 89 / 181 233 €
2017 : 81 / 662 / 82 / 182 177 €
2016 : 85 / 729 / 82 / 183 316 €
2015 : 64 / 628 / 62 / 184 812 €

(*) arrêtées au 13/11


Etes-vous toujours en recherche de juments de bonnes lignées maternelles ?
Les croisements sont ma passion, c’est qui me guide depuis le début. Pour le reste, je n’ai pas un rôle très important. A l’élevage ce sont des professionnels qui s’en occupent, à l’entraînement c’est pareil. Mon rôle de création entre guillemets se limite à faire les croisements. Je me suis calmé de ce côté-là mais, effectivement à un moment, je faisais beaucoup de recherches pour trouver les bonnes familles maternelles. C’est d’ailleurs peut-être un petit peu ma réussite parce que j’ai commencé avec un critère très, très sévère sur les lignées maternelles. Au début, j’achetais des juments qui n’avaient pas de performances. Grâce à la réussite que l’élevage a eu, j’ai à la fois le papier et les performances, ce qui explique peut-être en partie ma réussite. La recherche des familles maternelles m’a guidé. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’avoir de nouvelles familles. Je ne dis pas que je n’aimerais en avoir dans les plus récentes, la famille des « Bourbon » ou de Bold Eagle, mais ce n’est pas une obsession.

Enfilade a été votre meilleure acquisition, n’est-ce pas ?
Oui. Quand je l’ai achetée, elle avait eu Offshore Dream mais que l’on ne connaissait pas encore car il n’avait que 2 ans. Sa production a été exceptionnelle chez moi, elle a enchaîné les très bons chevaux de manière impressionnante (N.D.L.R. : sous le label de Rémi Boucret, elle a eu huit produits dont le millionnaire et étalon Tornado Bello, avec une moyenne de gains de 271 500 €). Après, j’ai aussi acheté It’s My Hope qui a aussi très bien produit. Avec elle, je n’avais pas autant de mérite que pour Enfilade, parce qu’il y avait un côté financier important, il fallait avoir le goût du risque au prix que l’on m’a demandé. Mais elle s’est tout de suite remboursée puisque son premier produit pour moi a été Prestencia Bella. Enfilade n’était pas toute jeune, ses premiers produits étaient assez ordinaires jusqu’à Offshore Dream.

Vous êtes le seul éleveur sans sol du top 20, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je n’ai pas eu le choix, ce n’était pas mon métier. Quand je me suis lancé dans l’élevage, je ne me voyais pas être éleveur à temps complet et pharmacien à temps complet. Plus généralement, je suis surpris moi-même de ces résultats. C’est assez risqué financièrement. Le succès fait que je me freine un peu moins que si cela avait moins bien fonctionné. Mais il n’y avait pas de volonté de développer un élevage aussi important à la base.

Avec qui travaillez-vous ?
Je travaille toujours avec Arnaud Charrié qui était un ami de Georges Nicolle chez qui j’ai mis mes premières poulinières. Je me suis tout de suite bien entendu avec M. Charrié et son épouse. Je suis vraiment content de leur travail. A peu près trois quarts des mes juments sont chez eux dont six ou sept en association avec eux. A ce moment, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas non plus continuer à envahir la famille Charrié. C’est pour ça que je travaille aussi beaucoup maintenant avec Fanny Launey qui est dans la Manche, à Saint-Patrice-de-Claids, tout près du Haras du Cotentin. J’ai aussi des juments chez Christian Martin qui est installé dans le Sud-Ouest ; c’est quelqu’un qui m’aide beaucoup. Il a une connaissance supérieure à moi, il est lui-même éleveur, notamment de Flèche du Yucca. Il m’aide dans l’organisation, car tous les jours il y a quelque chose de nouveau à gérer, souvent des choses désagréables.

Lors des élections de l’an dernier, vous avez été élu au Comité Régional du Trot de l’Anjou-Maine dans le collège éleveurs. Quel regard portez-vous un an après ?
On m’a un peu forcé à en faire partie mais je dois reconnaître que je ne suis pas du tout dynamique dans l’équipe régionale, d’autant que j’ai des problèmes de santé. En ce qui concerne l’équipe qui est à la tête du Cheval Français, ce sont des gens qui font du très bon travail. Je ne sais pas si c’est bien ou pas d’anglicaniser les préparatoires au Prix d’Amérique, mais pourquoi ne pas tenter. En tout cas, j’ai confiance en eux. La période sans course en raison du confinement a été dure, peut-être moins que pour d’autres, mais cela a été dur. Quand vous n’avez pas de rentrée d’argent alors que les dépenses sont identiques… Il a fallu piocher dans les réserves car il n’était pas question de ne pas payer mes fournisseurs. C’est très important pour moi de ne pas faire subir des difficultés financières à mes fournisseurs et aux gens qui travaillent pour moi. La période a été aussi une période d’inquiétude. Depuis le début du reconfinement, on a la chance que les courses puissent se dérouler même si on ne sait pas combien de temps cela va durer avec les ressources du PMU impactées par la fermeture de points de vente. Mais c’est déjà une chance par rapport à de nombreuses activités.

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