...
Actualité - 18.01.2023

Pierre Levesque : "Le Cornulier est une course hors norme"

Granvillaise Bleue. Celle qui fut dauphine de Flamme du Goutier l'an dernier dans le Prix de Cornulier s'annonce, une fois encore, comme sa première rivale. Et avec elle, c'est l'un des plus grands noms de l'histoire du trot qui est à la manoeuvre. Pierre Levesque, comme entraîneur, et sa fille Camille dans l'habit du jockey. Le premier a remporté l'épreuve en 1985, en selle sur Mirande du Cadran. La seconde en est désormais à deux premiers accessits dans l'Everest du trot monté. Avec Pierre Levesque, après Eric Raffin [lire notre précédente édition], nous continuons notre série spéciale sur les grands témoins du Prix de Cornulier.

Ce sera pour Pierre Levesque la course la plus importante de l'hiver. L'entraîneur a en tête le Prix de Cornulier (Gr.1) 2023 depuis un an déjà pour Granvillaise Bleue (Jag de Bellouet). Précisément depuis la deuxième place de sa pensionnaire dans la dernière édition... L'heure de la revanche a sonné face à Flamme du Goutier (Ready Cash). Le professionnel a déjà remporté le Cornulier comme jockey, en 1985, avec Mirande du Cadran (Sabi Pas). Cette fois, il s'y attaque comme entraîneur mais aussi comme père, déléguant à sa fille Camille la monte de Granvillaise Bleue. Avec Pierre Levesque, c'est une histoire de famille que nous feuilletons.

LE PALMARÈS DE PIERRE LEVESQUE ET SES ENFANTS CAMILLE ET THOMAS DANS LE PRIX DE CORNULIER
1982 – Janda du Cadran (3e) – Pierre Levesque (jockey)
1984 – Mirande du Cadran (5e) – Pierre Levesque (jockey)
1985 – Mirande du Cadran (1er) – Pierre Levesque (jockey)
1986 – Mirande du Cadran (np) – Pierre Levesque (jockey)
1988 – Oreste Brillouard (np) – Pierre Levesque (jockey)
1990 – Querfeu (np) – Pierre Levesque (jockey)
1993 – Uraba (np) – Pierre Levesque (jockey)
1995 – Balzac (np) – Pierre Levesque (jockey)
1996 – Balzac (disq.) – Pierre Levesque (jockey)
2005 – Karikal (Dai) – Pierre Levesque (entraîneur)
2013 – Quarry Bay (2e) – Camille Levesque (jockey) / Tigresse du Vivier (dai) – Thomas Levesque (jockey)
2014 – Quarry Bay (dai) – Camille Levesque (jockey) / Ulysse (8e) – Thomas Levesque (jockey)
2015 – Tolima (np) – Camille Levesque (jockey)
2018 – Bohemian Rhapsody (6e) – Camille Levesque (jockey) / Thomas Levesque (entraîneur)
2019 – Dexter Fromentro (3e) – Camille Levesque (jockey) / Thomas Levesque (entraîneur)
2021 – Flicka de Blary (dai) – Camille Levesque (jockey) / Thomas Levesque (entraîneur)
2022 – Granvillaise Bleue (2e) – Camille Levesque (jockey) / Pierre Levesque (entraîneur)
2023 – Granvillaise Bleue (?) – Camille Levesque (jockey) / Pierre Levesque (entraîneur)

24h au Trot.- On sait vos souvenirs nombreux dans le Prix de Cornulier. Commençons par le plus important à vos yeux d’entre tous.
Pierre Levesque.- Mon plus beau souvenir du Cornulier reste ma victoire avec Mirande du Cadran en 1985. J’avais 25 ans. Je m’en souviens très bien, il faisait un temps épouvantable, la piste était défoncée et nous en prenions plein la tête. Mirande du Cadran m’avait fait une faute sur gêne en plaine et je pensais alors que nous étions hors course. Elle avait réalisé une course incroyable en revenant gagné. C’était naturellement une très bonne jument. L’opposition était sérieuse mais la jument restait sur trois victoires avant le Cornulier [N.D.L.R. : dans l’ordre : les Prix de la Camargue, Jules Lemonnier et de l’Île-de-France] dont le Prix de l’Île-de-France qui, à l’époque, se disputait à la place du Prix du Calvados, en préparation de la course.

Parlez-nous un peu de Mirande du Cadran.
Mirande du Cadran n’a pas fait une longue carrière car elle était fragile. Elle a connu beaucoup de problèmes d’ovaires et n’était jamais bien l’été. Elle ne courait que l’hiver. Elle avait un tempérament de mâle et était d’une décontraction à toute épreuve. Elle était d’un grand et beau modèle avec un mental exceptionnel, ce qui faisait sa force.

À cette époque, au milieu des années 1980, comment abordiez-vous cette course ?
Il y avait de la tension mais, heureusement, j’avais encore l’insouciance de la jeunesse (rire). C’est sûrement pour cela que les jeunes jockeys ont de la réussite dans cette course. Ils ont peut-être moins de pression et se permettent de prendre des décisions souvent payantes pour finir. Je suis beaucoup plus tendu maintenant en préparant cette course. Il faut que l’avant-course se déroule bien.

Quels sont vos premiers souvenirs du Cornulier ?
J’étais très jeune lorsque François Brohier s’est imposé avec Masina, la jument de mon grand-père Henri Levesque. C’était en 1961 et je n’avais qu’un an. Dans les années 60, nous avons quelques partants mais, ensuite, nous n’avions plus de jockey à l’écurie. C’est par les photos que j’ai des souvenirs. Ce n’est pas une course dans laquelle avons eu beaucoup de partants par la suite au sein de la famille. J’ai eu la chance de monter cette épreuve plusieurs fois en prenant des places, comme en 1982 avec Janda du Cadran avec lequel je me suis classé troisième. Avec Mirande du Cadran, j’ai obtenu une cinquième place en 1984, un an avant son sacre.


Camille Levesque et Granvillaise Bleue
■ 29 courses communes (toutes au monté) : 10 victoires et 14 places sur le podium (871.260 €)
■ Meilleurs résultats au monté avec Camille Levesque : Prix des Centaures (Gr.1) 2022, Prix Xavier de Saint-Palais (Gr.2) 2021, Edmond Henry (Gr.2) 2021, Joseph Lafosse (Gr.2) 2021, Jules Lemonnier (Gr.2) 2022, 2e Prix de Cornulier (Gr.1) 2022
Granvillaise Bleue 1'09''9 m. 1'14''0 a. (Jag de Bellouet et Lady de Brevol par Capriccio)
49 courses : 10 victoires et 14 places sur le podium
Principaux titres : Prix des Centaures (Gr.1), Prix Xavier de Saint-Palais (Gr.2), Edmond Henry (Gr.2), Joseph Lafosse (Gr.2), Jules Lemonnier (Gr.2), 2e Prix de Cornulier (Gr.1)
Gains : 872.760 €

Vous avez changé de colonne depuis les années de Mirande du Cadran et êtes désormais entraîneur. Comment vivez-vous cela avec Camille, votre fille ?
Camille a été placé à plusieurs reprises de cette course. Avec Quarry Bay, elle a été battue d’un rien pour la victoire en 2013 par David Thomain en selle sur Singalo. Elle s’est ensuite classée troisième avec Dexter Fromentro en 2019. L’année dernière, avec Granvillaise Bleue, elle a seulement été devancée par Flamme du Goutier. Lorsque l’on a des champions dans les boxes, on s’efforce à les préparer au mieux pour cet objectif. Granvillaise Bleue a été préservée pour cette course. Les courses sont difficiles l’hiver. Il faut essayer de les amener au top pour l’objectif sans en faire trop pour garder de la fraîcheur.

Qu’est ce qui caractérise le Prix de Cornulier ?
Le Cornulier est une course sans concession. C’est LA course la plus difficile car elle va souvent très vite. C’est une épreuve hors norme. Il faut un cheval complet, avec de la maniabilité car il y a souvent beaucoup de partants, de la tenue et de la dureté. Ce ne sont que les vrais bons chevaux qui s’imposent.

Est-ce que Granvillaise Bleue réunit toutes ces qualités ?
Oui ! Je vous parlais de Mirande du Cadran et je trouve des similitudes avec Granvillaise Bleue qui est un peu comme elle, assez froide. Une grande jument, très calme, très, très calme, même un peu inquiétante certaines fois tellement elle est détendue et tranquille au travail. Mais c’est peut-être aussi ce qui fait sa force.

Comment peut-on expliquer la supériorité des femelles depuis quelques temps ?
Je pense que cela s’explique dans le fait de vouloir lancer de jeunes étalons. Les mâles sont exploités très tôt et, lorsqu’ils sont très bons, ils sont souvent syndiqués et finissent leur carrière très rapidement. Il y a également beaucoup de chevaux qui sont castrés jeunes car la méthode de travail a évolué et les gens sont moins patients. Je me souviens que mon grand-père, à son époque, avait beaucoup de mâles. Dorénavant, il faut que le poulain sorte du lot pour lui laisser ses attributs. Quand on additionne toutes ces raisons, c’est tout un ensemble qui explique la suprématie actuelle des juments.


Granvillaise Bleue est une jument très, très calme, même parfois un peu inquiétante tant elle est détendue.
Pierre Levesque

Une saga Levesque très riche dans le Prix de Cornulier
La casaque jaune avec la croix de lorraine noire a connu une belle réussite dans le Prix de Cornulier dans les années 1960, sous la coupe d'Henri Levesque, "Monsieur Henri" selon la formule empreinte de déférence de l'époque. Le grand-père de Pierre Levesque a remporté trois fois l'épreuve avec Masina (Quinio), auteure d'un doublé en 1961 et 1962, et Quovaria (Carioca II) en 1965. C'est François Brohier qui était le jockey de ces lauréates. En 1961, Henri Levesque ajoute en renfort de la victoire de Masina, une place de troisième au crédit de son autre représentante L.B. Anna (Chambon). En 1967, Sans Atout II (Vermont) apportera une nouvelle troisième place dans une édition remportée par Quérido II (Fandango). On peut encore ajouter à ce palmarès, par rattachement familial, le succès de Prince des Veys (Fandango) en 1964 sous la coupe de Maurice de Folleville, le gendre d'Henri Levesque. Par la suite, le titre de Mirande du Cadran en 1985, sous l'entraînement du fils Henry-Louis Levesque, et la monte de Pierre [lire en page 2], viendra encore gonfler les références familiales dans l'épreuve reine de l'Etrier. Henri Levesque est décédé en décembre 1978 à l'âge de 70 ans. Sa saga passe par les réussites d'Icare IV, L.B. Anna, La Charmeuse, Masina, Oscar RL, Quovaria, Roquépine, Sans Atout II, Upsalin, Vaccarès II, Cotentin et Hadol du Vivier.

VERS UN PRIX DE CORNULIER 2023 À 18 PARTANTS
La liste des engagés est passée à 18 noms ce mercredi après la phase des forfaits. Toutes les montes sont déclarées à quelques heures de la déclaration des partants, à l'exception de celle d'Alexandre Abrivard sur Hanna des Molles (Village Mystic), sachant Laurent Abrivard coutumier des déclarations de monte plus tardives que ses confrères. Les deux candidats les moins riches qui ont réussi à intégrer le casting dans les dernières heures sont Europa de Chenu (Kaiser Sozé) et Galipette Pierji (Tucson). Quatorze des dix-huit restants sont d'ores et déjà déclarés déferrés des quatre pieds. Les exceptions notables concernent pour le moment Fado du Chêne (Singalo), déclaré plaqué des antérieurs par Julien Le Mer, et Fantaisie (Un Mec d'Héripré) qui figure plaquée des antérieurs et déferrée des postérieurs (elle évoluait pieds nus lors de ses dernières prestations). Rappelons que Mathieu Mottier se voit confier pour la première fois Flamme du Goutier (Ready Cash), la tenante du titre. Deux jockeys participeront à leur premier Prix de Cornulier : Gaëlle Godard, en selle sur Edition Géma (Prince Gédé), et Romain Marty, partenaire d'Europa de Chenu. Six restants se sont vu attribuer un émoji vert dont Granvillaise Bleue (Jag de Bellouet) par Pierre Levesque.

A voir aussi :
...
Chaude ambiance vendredi soir à Vincennes !

La première soirée tropicale de la saison à Vincennes a été un grand succès vendredi avec quelques 7.000 personnes venues s'ambiancer au cours d'une nocturne mêlant food-court, concert et courses hippiques. Charmés par le spectacle, Harry Roselmack, ...

Lire la suite
...
Ganay de Banville, le premier succès de sa deuxième vie

La victoire était absente jusqu'alors de la deuxième vie de GANAY DE BANVILLE (Jasmin de Flore), celle que le performer classique a lancée depuis son retour à la compétition l'an dernier. Victime d'une longue interruption de carrière ...

Lire la suite
...
Le grand numéro de Jet Express

Toutes les meilleures choses ont une fin. À commencer par les séries de victoires. "Il y a de bon deuxième comme on l'a vu cette semaine avec Ino du Lupin", disait Sylvain Gérard DUPONT au micro d'Equidia avant ...

Lire la suite
...
Horsy Dream au mieux pour l'Elitloppet

Rencontré ce jeudi à Grosbois, quelques heures avant le voyage en avion de son représentant HORSY DREAM (Scipion du Goutier) pour Stockholm, Pierre Belloche nous a partagé son état d'esprit : "Le cheval a travaillé ce mercredi. Il est bien. Il ...

Lire la suite