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Actualité - 17.11.2020

Projet de marque et sponsoring Le débat continue

Je ne suis pas d’accord sur la démarche et cette lettre ouverte. M. Barjon entreprend. On est dans une situation difficile.
Olivier Raffin

"Après les annonces, l'heure des commentaires et des critiques" titrait-on il y a deux semaines dans 24H au trot. On comprenait alors que la pilule, voire toute la plaquette, avait du mal à passer. En fait pour nombre d'acteurs du trot cela va encore beaucoup plus loin : l'arrivée de ZEturf comme sponsor de toutes les courses médiatiques du meeting d'hiver ne passe vraiment pas. Ils l'ont fait savoir en début de semaine dans un courrier destiné au Président de LeTROT, Jean-Pierre Barjon, mais aussi aux membres du Comité de la maison-mère.

Le sujet des tensions
C'est donc clairement ZEturf, sponsor titre des Prix d'Amériques Races, nouveau nom des anciennes courses qualificatives (ou "4B"), qui cristallise ce qu'il convient d'appeler désormais des tensions. Dans son courrier, le collectif "LeTrot en commun" dénonce l'arrivée de l'opérateur en ligne dans le giron stratégique du meeting d'hiver : "Cet accord est inique. Il ne s’agit pas de refuser la concurrence qui en soi est saine. Là, il s’agit d’autre chose : faire la promotion d’un concurrent !"

Voir l'intégralité de la lettre

Les arguments déclinés ici-même par LeTROT ("ne devrait-on pas se satisfaire d'avoir décroché un sponsor pour nos plus belles épreuves, même deux avec Reverdy ?") ou par le patron de ZEturf Emmanuel Rohan-Chabot ("nous ne sommes pas des pirates et payons notre dû à la filière") ne sont pas considérés recevables par les signataires de ce courrier.
Le leitmotiv : garder en mémoire les années passées et l'ancien positionnement de ZEturf vis-à-vis des courses : "Sans le modèle remarquable de l’organisation française des courses avec son outil intégré, le PMU, qui a permis d’exiger un taux de redevance (taxe affectée) de 6,7 % du montant des enjeux, la part revenant aux courses serait sans doute inférieure à 3 %." Ce à quoi répond Emmanuel de Rohan-Chabot depuis plus d'un an, date à laquelle, le Grand Steeple-Chase de Paris avait aussi été sponsorisé par ZEturf : "C'est faux, on a tout intérêt à ce que les courses françaises se portent bien."

En toile de fond, c'est donc bien la défense du PMU et en particulier de pmu.fr qui fait lever les boucliers à "Le Trot en commun". Selon le collectif, faire entrer ZEturf par la plus grande porte possible, avec pour tapis rouge une exposition inédite sur les écrans d'Equidia mais aussi de pmu.fr lequel sera amené à afficher le nom des courses et de son sponsor durant tout l'hiver et enfin dans le réseau de points de vente, n'est pas imaginable :
"Un sponsor ne peut logiquement être un concurrent. En signant un partenariat avec ZEturf, LeTROT affaiblit son propre opérateur." Erreur retorque-t-on au Trot. Car si la société-mère est, de par ses statuts, opérateur de paris sur le off-line, droit qu'elle a concédé au PMU, la logique est toute autre concernant le on-line. La loi de 2010 ne donne pas au Trot ni à France Galop d'autorisation de prises de paris, seuls des opérateurs pouvant être agréés, parmi lesquels le PMU sous la bannière pmu.fr. Dans ce cas, LeTROT devient donc un fournisseur qui se veut loyal à l'égard des sept détenteurs de licence en veillant à ne privilégier aucun d'entre eux.

Qui sont les 25 signataires de cette lettre ouverte ?
11 entraîneurs : Christian Bigeon (région Anjou-Maine), Christian Boisnard (région Ouest), Yannick Alain Briand (région Sud-Est), Yves Dreux (région Anjou-Maine), Loris Garcia (Région Centre-Est), Joël Hallais (région Basse-Normandie), Thibault Lamare (région Basse-Normandie), Bruno Muel (région Sud-Ouest), Stéphane Meunier (région Basse-Normandie), Jean-Pierre Viel (région Basse-Normandie), Franck Marty (région Sud-Ouest)
6 présidents de fédérations régionales : Gérard Cazeneuve (région Sud-Ouest), Joëlle Conti (région Sud-Est), Jacques Frappat (région Basse-Normandie), Jean Frère (région Nord), Jacques Plancqueel (région Île-de-France Haute-Normandie), Jean-Jacques Saunon (région Centre-Est)
3 Présidents de sociétés de courses : Jacques Chartier (président Montignac-Charentes), François Forcioli Conti (président Cagnes-sur-Mer), Jean-Philippe Sémeillon (président Agen)
5 Cooptés du Comité de LeTROT : Maurice Dahdi, Paul Essartial, Alain Pagès, Philippe Savinel, Olivier de Seyssel ;
4 Propriétaires/éleveurs : Pascal Boey (région Île-de-France Haute-Normandie), Jean Castagnet (région Sud-Ouest), Didier-Charles Delaunay (région Île-de-France Haute-Normandie), Eric Frémiot (région Est).
Parmi eux donc, Philippe Savinel, membre du Comité de LeTROT, est l’un des signataires de la lettre ouverte. Il a été aussi candidat à la présidence de la société-mère en 2019 et battu par Jean-Pierre Barjon. Sur l’accord de sponsoring marque signé entre LeTROT et ZEturf, il nous a ajouté : « Je confirme que cet accord affaiblit le PMU, appauvrit la filière et ternit son image. Et, par ailleurs, il était impératif de consulter le Comité de la SECF préalablement à cet accord », point par ailleurs contesté par Jean-Pierre Barjon.
A noter que quatorze sont membres du Comité de LeTROT. Cinq sont membres de Comités Régionaux. Les neuf régions du Trot sont au moins représentées par un signataire.

La lecture politique
Bientôt un an après des élections qui auront laissé plus de traces qu'il ne peut y paraître parfois, c'est comme si une force d'opposition se constituait face aux dirigeants élus en 2019. Et si les courses et notamment le Trot ne nous ont pas habitués à ce fonctionnement démocratique, fondé sur le débat et l'opposition des idées, la volonté indéfectible de Jean-Pierre Barjon de réforme et de changement aura au moins permis cette émergence là. Après les récriminations des ex-compagnons de campagne Equistratis, c'est au tour d'une sorte de "groupe parlementaire" de se constituer sous l'impulsion de candidats battus il y a un an. Dans pareils cas, à l'Assemblée Nationale, les soutiens du Président et/ou du Premier Ministre prennent alors aussi position pour défendre le bien fondé des décisions étatiques, quand bien même celles-ci soient passées aux forceps. Dans notre cas trotteur, très peu de son et d'image. C'est certainement un enseignement que pourra tirer Jean-Pierre Barjon à l'issue de cette séquence : convaincu de la nécessité d'une modification profonde du logiciel, il s'est beaucoup exposé, beaucoup trop selon certains surtout au regard de la timidité des prises de position au moins publiques de ceux qui l'ont porté au pouvoir.
Certains ont tout de même bien voulu répondre à nos questions et arguer que les élections ont clairement validé la notion de changement. Comme Olivier Raffin membre du Comité de LeTROT et Président du Comité régional du Trot de l’Ouest,

lequel a reçu la lettre ouverte après qu’elle a été envoyée au président de LeTROT, Jean-Pierre Barjon. Il nous a commenté sur ce sujet : "On a besoin d’argent pour la filière. Pour moi, l’avenir des courses, cela passe par les paris online [NDLR : ceux collectés par les opérateurs sur Internet]. On est en train de s’en apercevoir avec la période que l’on traverse. Pendant le confinement, cela a été très compliqué sur le online au début. Et depuis six mois, il y a une montée en puissance du online. On peut s’en rendre compte actuellement car les enjeux ne sont pas en baisse très importante contrairement à ce qu’on aurait pu prévoir [NDLR : compte tenu d’un réseau de points de ventes du PMU dégradé en raison du reconfinement]. Pour moi, la solution est le online. Et je suis d’accord avec l’idée d’aller chercher d’autres opérateurs de paris pour nous aider à financer les courses. Je suis pour l’accord de sponsoring avec ZEturf. Il faut aussi de la concurrence pour évoluer. Que le PMU ait de la concurrence, pourquoi pas ? Au contraire, cela peut aussi le faire évoluer. À partir du moment où on a [NDLR : les courses reçoivent] la taxe affectée de tous les opérateurs, je ne vois pas le problème."

Thibault Lamare, ex président du syndicat des entraîneurs et drivers (SEDJ) et signataire de la Lettre ouverte, donne sa réponse : "Ce partenariat doublé d’une exclusivité avec ZEturf est de mon point de vue une réaction à un échec de la collaboration avec les équipes du PMU. C’est donc par définition négatif. C’est un partenariat sanction [NDLR : par rapport au PMU] et ce n’est pas comme cela qu’on avance. Cela relève plus d’une situation d’échec dans la redynamisation de la politique entre la société-mère et le PMU. Si je recours à une métaphore, je dirais que ce n’est pas en mettant son meilleur cheval chez un entraîneur concurrent qu’un entraîneur motive son équipe. Ce n’est pas en donnant les plus belles courses à l’extérieur, à la concurrence, qu’on va mettre une bonne pression au PMU." Un argument, qui selon les dirigeants du Trot, ne tient pas quand on considère son statut et les règles en vigueur pour le on-line (voir page précédente).

Qu'est-ce qui est demandé à Jean-Pierre Barjon ?
Le débat est donc bien installé alors que la première étape des Prix d'Amérique Races ZEturf, le Prix de Bretagne, pointe à l'horizon dimanche prochain. Mais c'est une autre échéance qui est aussi visée par le collectif signataire de cette lettre : "Nous vous demandons instamment, Monsieur le Président, en votre qualité de dirigeant responsable de notre secteur économique, de revenir sur ce qui constitue une erreur très préjudiciable pour l’avenir de notre spécialité, et de soumettre au prochain Comité du Trot cette question primordiale."

La situation est assez sérieuse pour que quelqu'un comme Jocelyn Robert, très impliqué dans la campagne électorale de l'an dernier sous la bannière Equistratis (dont il a quitté les rangs) et dont on sait les analyses écoutées par Jean-Pierre Barjon, sorte du silence dans lequel il s'était muré depuis les résultats des élections. Il nous a dit : " Le réel sujet qui doit animer la filière est d’imaginer quels seront les flux de revenus nécessaires pour donner un avenir et une perspective à la jeunesse au-delà des tensions actuelles. C’est notamment à cette génération de décider par un pacte de confiance auprès du créateur de concepts qu’est Jean-Pierre Barjon." De quoi donner d'autres perspectives à ce débat.

Concluons avec l'autre sujet d'importance, voire le plus important, le sport : ci-dessous la liste des 24 engagés de la Prix d'Amérique Races qualif#1 - Prix de Bretagne de dimanche. 1ers forfaits, demain mercredi à 10h et les partants jeudi à 12h.

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