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Actualité - 23.11.2020

Bonnes impressions ou illusions ?

le jour du Prix d’Amérique, je vais venir !
Bertrand Le Beller

Le Prix d’Amérique Races Qualif #1 (Prix de Bretagne) a véritablement lancé les hostilités qui mènent au grand rendez-vous de fin janvier. Mais que dire de son verdict ? Quels enseignements en tirer ? Quel premier cliché propose t-il des forces en présence (et en préparation) ? Décryptage.

Premier constat sur ce Prix de Bretagne (Gr.2) new look comme première qualification des Prix d’Amérique Races ZEturf : le chrono officiel du vainqueur Diable de Vauvert (Prince d’Espace), de 1’12’’8, le place au cinquième rang du palmarès où le temps de Roxane Griff de 2012 (1’12’’5) trône toujours en tête. C’est une performance plus que favorable qu’il convient néanmoins de disséquer plus en détail.

Une épreuve qui a fait travailler plus que sélectionner
Cinq des six premiers concurrents ont conclu en moins de 1’09’’ leurs 200 derniers mètres d’après les données Tracking. Seule Bahia Quesnot affiche un partiel supérieur mais elle avait fait un gros travail avant.
En fait l’épreuve s’est écrite comme une longue accélération sur les 1 000 derniers mètres. À 1 500 mètres du but, le leader Drôle de Jet affichait 1’14’’2, à 1 100 mètres, c'était 1’13’’7. Sans cette sélection initiale, tous les concurrents ont pu entrer dans leur course et effectuer leur dernier kilomètre à fond, sous la forme un travail (très) poussé. Il faut incontestablement se méfier du temps final. En raison de cette entrée différée dans le dur de l’épreuve, les grands sprinters n’ont pu exprimer leur supériorité habituelle dans le final. C’est aussi en ce sens qu’il faut prendre les déclarations de Gabriele Gelormini à propos du vainqueur Diable de Vauvert : « Cela ne s’est pas couru comme prévu. En connaissant ses talents de finisseur [de Diable de Vauvert], j’aurais préféré que cela aille très vite au début. »

Alors qu’apprendre d’une arrivée qui se rapproche plus de celle d’un handicap, pour recourir à une analogie du galop, qu’à celle d’une épreuve de sélection ? Peut-on tirer des conclusions ou simplement constater les faits ? Entre ceux qui n'ont pas livré leur valeur optimale (par choix, comme Davidson du Pont clairement encore en mode préparation, ou par obligation, comme Délia du Pommereux, fautive à la fin après un contact), il faut séparer le bon grain de l'ivraie.
Le profil du gagnant : le pour et le contre

Le pour : Diable de Vauvert (Prince d’Espace) est exact au rendez-vous. Malgré un parcours qui a joué contre ses aptitudes [lire juste avant], il a trouvé les ressources pour s’imposer de quelques centimètres. Une telle logique est rassurante avec un cheval au summum de sa condition. Voilà, d’un certain point de vue, de quoi conforter l’édition 2020.

Le contre : le lauréat est un très bon cheval qui a monté gentiment les échelons, au gré par ailleurs d’une santé à éclipse. Il est déjà au top de sa forme, contrairement à la plupart des battus. Il n’a pas forcément le profil d’un « pur » et d’un protagoniste au premier rôle du Prix d’Amérique. Ajoutons qu’il a effectué le grand tour pout s’imposer ce dimanche, couvrant plus de distance que la plupart de ses rivaux avec les données suivantes fournies par Tracking :
Diable de Vauvert a parcouru :
■ 8,48m de plus que Feliciano,
■ 8,61m de plus que Fakir du Lorault,
■ 26,50m de plus que Tony Gio,
■ 28,31m de plus que Davidson du Pont.
Est-ce à dire que Diable de Vauvert est plusieurs dizaines de mètres au-dessus du groupe d’élite actuel français ? N’est pas plutôt questionnant sur le niveau d’ensemble des autres ?
Le risque pour Diable de Vauvert est d’avoir déjà effectué la course de son meeting, voire de sa vie dimanche. Comment gérer maintenant pour lui les semaines à venir jusqu’au dernier dimanche de janvier ? Son entraîneur nous livre des éléments de lecture (en page 3) mais il faudra à Diable décompresser, reprendre de la fraîcheur avant de remonter en pression. Pas simple même si le fait de posséder d’emblée une wild card pour le Prix d’Amérique-la Legend race- apporte un confort de préparation à l’entourage du vainqueur. Mais ce constat vaut pour les trois premiers, Diable de Vauvert, Feliciano et Bahia Quesnot, et constitue en quelque sorte le fondement de la règle des tickets réservés dans les épreuves qualificatives.

La hiérarchie à l’arrivée : le pour et le contre

Le pour : la présence de Feliciano, deuxième et battu de peu, solidifie le rating de l’épreuve. C’est le 5 ans qui s’est montré le plus intense et constant lors des derniers mois, évidemment derrière Face Time Bourbon, complètement hors catégorie. Feliciano combine pur classicisme et lignes avantageuses contre ses aînés. Il n’a été battu que par Cleangame cet été à Enghien dans le Prix Jean-Luc Lagardère (Gr.2) et a conclu troisième un peu plus tôt du Prix René Ballière (Gr.1). Il fera partie des prétendants aux plus belles places dans le Prix d’Amérique. La présence à la troisième place de Bahia Quesnot accrédite aussi la bonne tenue du podium. La pensionnaire de Junior Guelpa est devenue depuis plus d’un an un véritable marqueur au top niveau français et européen. Elle n’avait trouvé que Dorgos de Guez la dernière fois pour la précéder alors qu’elle dominait bien des concurrents du Bretagne déjà. Et n’oublions pas qu’il s’agit de la septième du Prix d’Amérique 2020. Voilà de quoi composer une ligne solide.
Toujours dans les « pour », il faut mettre au crédit de l’épreuve la performance platonique de Délia du Pommereux. Elle a connu tous les malheurs dans le final (elle a touché la roue de Diable de Vauvert et pris le galop) et aurait pu s’imposer selon Sylvain Roger. La sixième du dernier Prix d’Amérique est en progrès avérés et aurait été évidemment totalement légitime sur un podium du Prix de Bretagne.

Le contre (et le pour) : Davidson du Pont reste toujours l’inconnu du classement. Le pensionnaire de Jean-Michel Bazire est normalement monté dans les tours mais cela n’est pas encore flagrant sur les pistes de compétition. Le dernier cheval à avoir battu Face Time Bourbon en France a néanmoins conclu avec des ressources pas si loin que cela des premiers. Si on considère qu’il s’est contenté de progresser physiquement, cela n’est pas rassurant pour ceux qui le précèdent. Si on considère qu’il a quelque peu mouillé la chemise ce dimanche, cela consolide les performances des autres. Dans cette rubrique, on peut aussi ajouter la performance de Valzer di Poggio. Le candidat italien a été loin, très loin même. S’il a lâché prise pour finir, il a prouvé que la différence entre lui et l’élite n’était pas si importante que cela. Pas forcément une raison de créditer plus encore le niveau de cette élite.

Face Time Bourbon doit-il s’inquiéter ?
Non. Qui peut prétendre avoir vu le futur tombeur de Face Time Bourbon ce dimanche ? Pas nous en tout cas. Davidson du Pont est en phase ascendante mais pas au sommet quand Face Time a trotté moins de 1'10 pour son entrée dans le meeting d'hiver. Mais le chemin est encore long jusqu’à l’Amérique avec l’introduction de paramètres qui vont changer beaucoup de choses comme le déferrage évidemment concernant Davidson.
Feliciano semble aussi posséder une marge importante de ce point de vue avec un Philippe Allaire enthousiaste à l’idée d’aller toujours plus loin dans l’allègement de son pensionnaire : « Je suis vraiment content car, pour la première fois, il été allégé dans sa ferrure. Il a été parfait. Il sera déferré des quatre dans le Prix d’Amérique. » Mais comment imaginer faire trembler Face Time ? Bref, ce Prix de Bretagne ne devrait pas empêcher le tenant du titre du Prix d’Amérique de bien dormir lors des prochains jours. C’est sans doute du côté du renouvellement permanent des générations qu’il faut maintenant se pencher. Du côté des 4 ans avec, en France, Gu d’Héripré et, en Suède, Ecurie D ? A voir. Le vrai cauchemar de Face Time, pour l’instant, se fait oublier. Zacon Gio regarde cela de loin. Il a peut-être raison car avaler la montée de Vincennes ne serait sans doute pas une sinécure pour celui qui a battu deux fois le crack.

DIABLE DE VAUVERT : LE DEBRIEF DE L'INTÉRIEUR


La position horizontale de Gabriele Gelormini dans les derniers mètres du Prix de Bretagne a-t-elle joué un rôle dans sa victoire ? C'est oui, selon le driver qui nous donne sa version : « Le numéro d’équilibriste que j’ai fait aux abords du poteau a permis à Diable de Vauvert de remonter la tête sur le poteau. En fait, il faut le faire au bon moment. Si je fais mal ce geste, ça freine les chevaux. Je le fais à l’instinct tout simplement. Au trot monté, un jockey comme Paul Ploquin appuie sur la tête des chevaux juste avant le poteau d’arrivée. Moi, c’est ma technique à l’attelage. »

Bertrand le Beller : « Je me laisse encore quelques jours de réflexion pour la suite jusqu’au Prix d’Amérique »
Rencontré à Vincennes, ce lundi, l'entraîneur de Diable de Vauvert, Bertrand Le Beller, nous apprend : « J’ai vécu un grand moment devant ma télé lorsque Diable a franchi le poteau d’arrivée du Prix de Bretagne. Obtenir un ticket pour le Prix d’Amérique, c’est tout simplement un rêve qui se concrétise. On avait annoncé la couleur depuis un long moment. Comme quoi, on espérait se qualifier pour le Prix d’Amérique dès cette première « B ». On se n’est pas trompé. Le cheval n’a pas eu le meilleur des parcours. Comme depuis quelque temps, il est beaucoup plus lutteur. Hier soir [lire dimanche], le cheval s’est jeté sur sa gamelle. Ce matin, il était en pleine forme. Pour la suite de son programme, je ne sais pas encore. Je me laisse encore quelques jours de réflexion. Il a encore des courses fermées à sa disposition ainsi que les autres préparatoires au Prix d’Amérique. Ce qui est certain, c’est qu’il ne va pas beaucoup courir d’ici le dernier dimanche de janvier. Mon cheval court toujours très bien sur sa fraîcheur. Il va courir une course voire deux d’ici la belle mais pas plus. Il ne participera pas au Prix Jean Boillereau le 10 décembre, sur les 2100 mètres autostart qui ne sont pas sa tasse de thé.
Je savoure d’avoir dans mes boxes un cheval déjà qualifié pour le prochain Prix d’Amérique. Avec Diable, on a eu des grands creux que ce soit physiquement ou mentalement. Le cheval se consolide de plus en plus. Il est arrivé à maturité. Je vais tout faire pour l’avoir au mieux pour le Prix d’Amérique. Je ne vais jamais aux courses quand Diable court. J’ai entière confiance en sa lad Charline. Par contre, le jour du Prix d’Amérique, je vais venir ! Avoir un cheval comme Diable dans les boxes, ça va être de la bonne pression jusqu’à la fin du mois de janvier. »

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