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Actualité - 27.11.2020

Les « Délo » se recentrent sur l’élevage

« Quand vous vendez des yearlings, il est quasiment pénalisant d’avoir un centre d’entraînement chez soi »
Élodie Mangeard de Barros

On a appris, au cours des premiers jours de ce mois (N.D.L.R. : voir 24H Au Trot daté du 11 novembre), que l’élevage et l’écurie animés par Elodie Mangeard de Barros, au Haras des Authieux, prenaient une nouvelle orientation, cessant l’activité d’entraînement sur place, confiée jusque-là à Alain Rogier, et répartissant les chevaux concernés chez différents entraîneurs publics. Un changement de cap, bien sûr, mais qui ne remet pas en cause les fondamentaux initiaux des « Délo ». Elodie Mangeard a bien voulu répondre à nos questions à ce sujet.

24H Au Trot – Pourquoi cette nouvelle organisation ?

Elodie Mangeard de Barros – Les résultats n’étaient pas à la hauteur de ce que nous en attendions, en particulier tout au long de cette année. Nous sommes obligés de placer la barre haut, ne serait-ce que parce qu’en amont, à l’élevage, nous faisons les choses en grand, visant à l’excellence. Avoir un entraîneur salarié, chez soi, comme c’était notre cas, est bien, mais il y a un décalage obligé entre lui et nous. Ce n’est pas lui qui gère et voit passer les factures, à notre différence. Il n’est donc pas impliqué dans la gestion de l’écurie comme l’est un entraîneur à son compte, qui a la double casquette de professionnel, sur le terrain, et de gestionnaire, en coulisses, connaissant les tenants et les aboutissants. Les compétences d’Alain Rogier ne sont pas en cause, c’est davantage l’organisation qui l’est. Nous nous séparons en bons termes et il rejoint l’équipe de Philippe Delon et de l’Ecurie Quick Star.

La crise sanitaire, la période de confinement et d’arrêt des courses, voire, plus encore, la baisse des allocations ont-elles été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?

Oui et non. Evidemment, les faits que vous évoquez ne contribuent pas à remonter le moral. Cela aurait tendance à vous rendre grincheux ! Mais ce n’est pas la vraie raison. Dès le sortir du précédent meeting d’hiver, l’idée nous trottait dans la tête de changer de cap et de recentrer notre activité sur l’élevage et les ventes de yearlings.

Vous avez donc réparti les chevaux que vous aviez à l’entraînement chez différents entraîneurs.
Exactement. Cela concerne une dizaine d’éléments. Nous en avons mis chez Philippe Billard, chez Stéphane Meunier et chez Charley Mottier. Et je suis très heureuse, parce que nous avons gagné notre première course, dans cette nouvelle configuration, dimanche dernier, à Nantes, avec une pouliche de 2 ans que j’aime bien, fille de Ready Cash, préparée par Charley Mottier.

« Dès le sortir du précédent meeting d’hiver, l’idée nous trottait dans la tête de changer de cap »


Votre politique d’élevage et de ventes s’en trouvera-t-elle changée ?

Non, pas fondamentalement. Notre principe a toujours été, en règle générale, de vendre nos mâles et de conserver nos femelles. Moyennant quoi, il nous est arrivé de garder des mâles pour diverses raisons, soit qu’ils n’aient pu se présenter à la vente dans les meilleures conditions, soit que nous n’en ayons pas trouvé le prix que nous souhaitions, que sais-je encore… La vie, spécialement d’éleveur, n’est pas un long fleuve tranquille ! Notre perspective reste la même, sachant que nous vendrons, sans doute, en sus, quelques femelles. J’ajouterai que, n’entraînant plus, nous serons davantage crédibles sur le marché des yearlings, où il est quasiment pénalisant –ce qui n’est ni juste, ni justifié– d’avoir un centre d’entraînement chez soi, dans la mesure où l’on vous taxe d’avoir débourré vos poulains, de les avoir essayés et, au bout du compte, de ne vendre que ceux dont vous ne voulez pas, ce qui est parfaitement faux. Nous continuerons aussi à vendre des chevaux à l’entraînement, en particulier des jeunes.

De toute façon, l’élevage est votre partie, votre choix initial, bien davantage que l’entraînement. Vous avez acheté Les Authieux avant tout pour faire de l’élevage…

Absolument. Cela a toujours été notre vocation première. Et nous faisons de l’élevage en visant le meilleur, le haut de la gamme, pour gagner des courses de Groupe. Pour ce faire, nous mettons tout en œuvre et investissons en conséquence. Non pas seulement dans les juments ou les saillies d’étalons, mais dans tout ce qui est le quotidien des chevaux, à savoir l’alimentation, les soins, la maréchalerie… Nous avons sans doute davantage des méthodes d’éleveurs de pur-sang que de trotteurs.



D’ailleurs, le responsable du haras, Kévin Tréma, a passé cinq ans chez les irlandais de Coolmore et a travaillé dans des haras de galop aux Etats-Unis et en Australie. Il est très pointu, méticuleux, comme je le suis moi-même, et cela me convient. Car, vous savez, qui peut le plus peut le moins. C’est difficile d’être le meilleur et de gagner. Aussi, si l’on veut y parvenir, faut-il mettre tous les atouts de son côté et, en la matière, il vaut mieux en avoir trop que pas assez !

Plus de cent cinquante victoires

En tant qu’éleveur, depuis une petite dizaine d’années –car elle n’a repris le Haras des Authieux et lancé son élevage qu’à la fin des années 2000–, Elodie Mangeard de Barros en est déjà à plus de cent cinquante victoires. Ses élèves les plus marquants de la décennie ont été le triple vainqueur semi-classique et étalon Dreamer Délo 1’13’’ m. (Ready Cash), lauréat des Prix Edouard Marcillac (Groupe II), Félicien Gauvreau (Groupe II) et Pierre Gamare (Groupe II), la sœur cadette de celui-ci Etincelle Délo 1’13’’ m. (Quaker Jet), pareillement semi-classique, Eternelle Délo 1’11’’ (Saxo de Vandel), autre pouliche semi-classique, mais à l’attelage, Fleur de Lys Délo 1’11’’ (Quaker Jet), d’un niveau comparable aux deux précédentes, Forbes Délo 1’15’’ m. (Saxo de Vandel), gagnant de Groupe III, à 3 ans, le valeureux hongre Fragonard Délo 1’11’’ (Akim du Cap Vert) ou encore Hussard Délo 1’13’’ (Love You), bon vainqueur, cet été, à Vincennes. Dernière victoire en date, le 22 novembre, à Nantes, dans le Prix Bird Parker, avec I Can Fly Délo 1’16’’, prometteuse fille de Ready Cash, désormais aux soins de Charley Mottier, sous les couleurs maison.

Des nouvelles de Channel

L’Elevage Délo demeure, certes, majoritairement trotteur, mais il s’ouvre un peu plus chaque année aux pur-sang, sous l’impulsion de Samuel de Barros, l’époux d’Elodie. On sait la belle aventure que tous deux ont vécue, l’an passé, avec Channel, qui leur a gagné le Prix de Diane, sous la selle de Pierre-Charles Boudot et l’entraînement de Francis-Henri Graffard. Or, Channel est aujourd’hui poulinière aux Authieux. Renseignement pris, elle est pleine du vainqueur d’ « Arc » Sea The Stars et ira à la rencontre, l’an prochain, du champion miler Kingman.

Channel cohabite avec une demi-douzaine d’autres poulinières pur-sang et avec une dizaine de juments trotteuses. Un troupeau d’une trentaine de vaches allaitantes salers complète le cheptel, qui jouit de quelque cent cinquante hectares de prairies, comptant parmi les meilleures de France, au pays du Merlerault, dans l’Orne.

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