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Actualité - 29.11.2020

Liens entre courses et recherche Zoom sur l'immunothérapie

Nous avons eu, environ, 60 % de réussite.
Nicolas Gruet

À un moment où la filière hippique a été frappée par plusieurs cas complexes ces dernières semaines (affaire du Zilpatérol notamment), prouvant que les contrôles anti dopages évoluent sur une ligne de crête étroite pour les acteurs au service de la filière, on recense parallèlement un certain nombre de démarches de recherche fondamentale dans l’univers du cheval de courses. Un des cas les plus récents concerne le concept d’immunothérapie. Dossier.

Quand on parle de recherche sur les courses hippiques, il est logique de se tourner vers la Fédération Nationale des Courses Hippiques (FNCH) qui, selon sa mission première, représente l’Institution des Courses Hippiques avec pour objectif de soutenir les hippodromes dans l’organisation des courses et pour but exclusif l’amélioration de la race chevaline. Oisin Hopper, chargé de communication et de promotion de la FNCH, nous a présenté la feuille de route et les sous-acteurs qui composent le secteur recherche autour de la FNCH : « Il y a bien sûr d’abord le laboratoire des courses (GIE Laboratoire des Courses Hippiques) qui est rattaché à la Fédération Nationale des Courses Hippiques et dont le rôle est de faire l’ensemble des analyses sur les contrôles anti dopage à partir de prélèvements effectués aussi bien sur les hippodromes qu’à l’entraînement. Nous avons aussi l’unité de recherche de Goustranville, qui est rattachée à notre Fédération. »
Peu connue des acteurs de la filière, cette unité est de création récente, nous explique Oisin Hopper : « Elle travaille en collaboration avec le LCH mais effectue aussi des recherches et essais dans le domaine de la compétition hippique. Cette unité de recherche a été créée en 2016. Parmi ses rôles, il y a la définition d’échantillons de référence, d’aide à la mise au point de nouvelles techniques de dépistage pour le LCH. L’unité effectue aussi des prestations extérieures pour des fabricants d’aliments ou de soins. Cela permet à ces prestataires de développer leurs produits dans une logique d’amélioration des performances des chevaux de courses. Notre laboratoire est aussi en mesure de délivrer aux produits testés un certificat de reconnaissance avant une éventuelle commercialisation. Nos propres recherches bénéficient de différentes accréditations ou labellisations, qui leur donnent une reconnaissance. » Il y a donc bien une activité recherche qui déborde du seul champ d’activité du dopage comme le reprend encore notre interlocuteur : « Disons qu’en interne, pour le compte de la filière, de la FNCH et du LCH, les actions de notre unité de recherche sont très orientées sur l’aide à la mise au point de nouvelles techniques de dépistage, les différents temps de détection de substances thérapeutiques. Et puis, il y a une plus petite activité externe où l’on fait des études pour des fabricants d’aliments et de soin. Sous cet angle, nos actions de recherche participent à l’amélioration de l’ensemble de l’écosystème. Il y a des passerelles entre notre unité de recherche et les différents acteurs privés qui agissent de leur côté dans le domaine des courses. »

Un site dédié à la recherche : Normandie Equine Vallée
L’unité de recherche de la FNCH a été créée en 2016 et s’est installée sur le site de Normandie Equine Vallée, au cœur du Pays d’Auge, à Goustranville. Véritable poumon de la recherche équine française, Normandie Equine Vallée a été lancé pour sa part en 1986. Devenu syndicat mixte en 2010, il est installé sur deux sites dans le Calvados, à Goustranville et Saint-Contest, qui hébergent des chercheurs spécialisés dans la prévention, le diagnostic et le traitement des pathologies équines Parmi les entités importantes et renommées, citons :
■ le laboratoire de santé animale « site de Normandie » de l’ANSES, Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail,
■ le CIRALE, Centre d’Imagerie et de Recherche sur les Affectations Locomotrices Equines et Kinésia centre de recherche clinique en kinésithérapie consacré à la rééducation du cheval, pôle équin normand de l’Ecole vétérinaire d’Alfort « ENVA »,
■ l'institut de pathologie du cheval et son centre d’autopsie,
■ et l’unité de recherche de la FNCH.


Le réseau Hippolia
Le Pôle Hippolia est une association agréée « pôle de compétitivité » par l’État Français, l’unique dédié à la filière équine. Ses missions sont multiples, son ambition unique : positionner la filière équine française comme leader mondial en innovation. Le Pôle Hippolia est composé d’un Conseil d’Administration et d’un Bureau représentatif de la filière, d’un Comité d’Experts Labellisation indépendant et d’une équipe opérationnelle, tous soumis à confidentialité.

Chiffres clés du réseau Hippolia
+ de 150 membres
+ de 200 projets accompagnés/an
+ de 180 projets labellisés
+ de 80 M€ de budget dédié aux projets



Exemple de recherche actuelle
L’IMMUNOTHÉRAPIE AU SERVICE DES CHEVAUX DE COURSES

Implantée au sein de la « Normandie Équine Vallée », à proximité de Caen, depuis début octobre, la start-up Animal Immune Company (AIC) - dédiée au bien-être animal - a développé une technique innovante à destination des chevaux de compétition : l’immunothérapie, qui aide les équidés à être soignés de maladies respiratoires mais aussi articulaires.
C’est une technique médicale, mise au point dans la médecine humaine, qui révolutionne le soin apporté aux chevaux de courses. Une nouvelle société, appelée Animal Immune Company (AIC), lancée le 9 octobre dernier à Saint-Contest (14), a implanté son laboratoire et son savoir-faire au sein de la « Normandie Équine Vallée », campus international dédié à la recherche en santé équine. Son credo : aider à soigner les maux dont peuvent être atteints les chevaux de courses.

Une technique unique
Pour arriver à ces résultats, le laboratoire élabore à partir des leucocytes d’un cheval candidat, un cocktail de cytokines qui va moduler au plus juste la réponse immunitaire de ce même cheval, afin de rétablir les équilibres inflammatoires à un niveau normal et régénérer certains tissus. Pour faire plus simple, le laboratoire dégage des cellules blanches du sang de l’animal, avant de les rendre « bavardes » pour qu’elles créent plus de cytokines, puis réinjectent la solution, appelée « cocktail », sur plusieurs semaines, dans le corps de l’animal. Nicolas Gruet, l’un des dirigeants d’AIC, nous explique : « Les vétérinaires prennent contact avec nous lorsqu’ils n’ont plus de traitement à administrer au cheval avec la médecine conventionnelle. Ils doivent se connecter sur notre site internet avec leur numéro pour avoir accès aux informations professionnelles. Puis s’ils décident de faire un prélèvement, on leur envoie un kit avec les notices. Ils font un prélèvement de 200 à 250 ml de sang au cheval en question et mettent la poche dans une boite spécialement conçue pour la conservation sanguine. On envoie un transporteur pour prélever le paquet, qui est emmené, rapidement, à notre laboratoire. Puis nous travaillons le sang et préparons la thérapie. On renvoie, toutes les semaines environ, une seringue : il faut en compter trois pour améliorer tout ce qui est boiteries, cinq pour les problèmes d’asthme. »

Un concept qui a fait ses preuves en Allemagne
Les tests, qui ont commencé en 2013, sont encore « en pleine exploration ». Cependant, pour ces spécialistes issus du milieu des courses hippiques, les premiers résultats sont concluants. « Nous avons travaillé avec les chevaux de courses, en Allemagne, avec qui plus aucune technique conventionnelle ne fonctionnait, et nous avons eu, environ, 60 % de réussite, ajoute Nicolas Gruet. Certains chevaux étaient « foutus » et ils ont gagné par la suite. Souvent, avec le cas de l’asthme, les chevaux ne sont pas guéris mais réagissent mieux au défi du « foin moisi », c’est-à-dire qu’on les remet dans les conditions de déclenchement d’un asthme sévère pour voir comment ils réagissent. Et on voit qu’ils se renforcent. »

Antidopage et innocuité
Contrairement aux animaux de compagnie, les chevaux de sport et de courses doivent, souvent et pour des raisons économiques, reprendre rapidement le chemin de la compétition. C’est donc un traitement qui répond parfaitement aux demandes du secteur. « Nous avons choisi de spécialiser notre traitement sur les chevaux de sport : si on leur injecte par exemple de la cortisone, le cheval pourra être rapidement affaibli. Il ne pourra pas passer, avec ce traitement, les contrôles vétérinaires ou antidopage dans les semaines suivantes. Avec notre technique, rien n’apparaît : les cytokines ont une durée de vie limitée. Elles disparaissent dès qu’elles atteignent la cible. » Ce traitement, qui coûte entre 1000 et 1500 euros, est « peu risqué » : « Comme il s’agit d’un circuit autologue, le cheval reçoit quelque chose qu’il a produit lui-même », souligne Nicolas Gruet.
Voilà des techniques encore très nouvelles dont les perspectives apparaissent évidemment prometteuses.

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