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Actualité - 01.12.2020

Saison de monte 2020 : la baisse la plus sévère de la décennie

Le chef de race Coktail Jet est représenté par 14 de ses fils, petits ou arrière-petits-fils dans cet aréopage haut de gamme.

En 2020, l’activité de l’étalonnage Trotteur a baissé pour la dixième année consécutive. Cette tendance baissière de fond s’est surtout fortement accélérée puisque la baisse de juments saillies s’est élevée à 1 000 unités, soit une diminution de près de 7 % sur 2019. Par effet de bord, cette chute de la demande a eu une répercussion sur le nombre d’étalons sollicités, qui s’est établi à 412 unités (près d’une trentaine de sires en moins par rapport à 2019).

Évidemment, la crise sanitaire intervenue en plein début de saison de monte explique en grande partie ce coup de frein brutal. Et pourtant, le pire a été évité puisque les éleveurs ont toujours eu la possibilité de faire saillir leur cheptel, alors qu’on avait pu craindre le pire, début mars. En résumé, l’essentiel a donc été sauvegardé et de nombreux poulains/pouliches naîtront en 2021 puis pourront alimenter le circuit courses à partir de 2023. Une année «blanche » qui aurait été catastrophique pour la filière a pu être évitée.

12% des étalons couvrent un tiers de la jumenterie !
C’était déjà le cas dans les années 50/70 mais le phénomène s’est accéléré avec l’avènement de l’insémination à partir des années 80, permettant aux étalons les plus en vue, d’aller à la rencontre de 100 juments. Cette avancée technique a eu pour incidence de renforcer la situation de monopole des étalons de tête. On en compte aujourd’hui une cinquantaine (53 précisément en 2020), ayant sailli au moins 90 juments TF dans la saison ; soit un total de 5 197 poulinières représentant 38% du cheptel femelle déclarée sailli à la fin octobre 2020 dans les livres du SIRE.
Ces chefs de file sont, soit des sujets confirmés occupant les premières places du hit-parade des étalons, soit des fils de ces mêmes leaders, soit des « entrants » ayant brillé en piste dans les mois précédant leur entrée au haras et si possible, bien positionnés en terme de rapport qualité/prix.
Ready Cash et ses 17 fils illustrent le premier et le second des propos, ayant tous affiché liste pleine (sans compter leurs prétendantes étrangères), soit un panel de 1 700 juments TF auquel il faut ajouter les 100 juments du « roi » en personne. Si l’on ajoute à cette même lignée mâle les cinq fils de Viking’s Way et un autre fils d’Indy de Vive avec Uriel Speed, on compte 600 juments de plus. Soit 2 400 femelles qui portent dans leurs flancs le sceau du pur trotteur standarbred américain, Mickey Viking.

Face à une telle domination, le chef de race Coktail Jet commence même à avoir un peu de mal à soutenir la comparaison bien qu’il soit représenté par 14 de ses fils, petits ou arrière-petits-fils dans cet aréopage haut de gamme. Et le troisième chef de race à occuper le podium se nomme And Arifant, grâce en particulier à Goetmals Wood et ses meilleurs fils. Cette lignée développée par Jean-Pierre Dubois compte encore dix étalons dans notre Top 50 des sires les plus convoités.
Quels courants de sang alternatifs ont-ils encore droit de cité parmi ces trois forteresses ? On trouve seulement Quadrophenio à deux reprises (Orlando Vici, Un Mec d’Héripré), Bassano (Ni Ho Ped d’Ombrée), Buvetier d’Aunou (Up and Quick) et Gazouillis (Vigove).
Une seconde tranche d’étalons existe, en nombre quasi équivalent (52), ayant sailli entre 50 et 89 juments en 2020, soit 26,2% du panel total de juments présentées à la monte.
Ces deux tranches composées de 105 étalons représentent 8 765 juments, soit près des 2/3 des poulinières saillies cette année.
Le tiers restant des juments présentées se répartit ensuite de la manière suivante :
- 3 143 ont rencontré 104 étalons ayant sailli en moyenne 20 à 49 poulinières
- 1 558 ont rencontré 143 étalons ayant sailli entre 5 et 19 juments
- 158 ont rencontré 60 étalons ayant sailli moins de 5 juments
Enfin, on notera que 52 étalons qui avaient pourtant été l’objet d’une demande d’agrément auprès du SIRE n’ont pas sailli la moindre jument en 2020.

Au total ces 13 624 juments saillies cette saison (ces chiffres ont été arrêtés début novembre) sont en diminution d’un millier sur 2019 (14 626 unités). Les comptages du SIRE faisaient état de 15 304 poulinières saillies en 2018, de 15 521 en 2017, de 15 981 en 2016 et de 16 184 en 2015. Si l’on remonte un peu plus loin dans le temps, ce même recensement relevait 17 278 juments saillies en 2010.
Et il faut remonter à 1985 pour compter moins de 15 000 poulinières saillies alors par 660 étalons. C’est dire si l’économie et le fonctionnement de l’étalonnage ont changé.

La concentration normande
Depuis plusieurs années, de nombreuses voix s’élèvent pour demander l’autorisation du transport du sperme sous forme réfrigérée au-delà de la seule station de monte, afin de limiter les coûts de transport et d’offrir une plus large palette de choix aux éleveurs « décentralisés ».
Loin de la Normandie et du nord des Pays de Loire, les choix s’avèrent en effet extrêmement limités.
A tout seigneur, tout honneur, et à plus forte raison depuis son regroupement entre la « Haute » et la « Basse », la nouvelle région Normandie abrite 216 étalons, soit la moitié de l’offre nationale. L’Orne occupe la première place du podium avec 103 étalons qui y sont stationnés dans 24 établissements différents, devant le Calvados (67 étalons pour 16 haras), la Manche (33 étalons pour 11 sites), la Seine Maritime (10 étalons) et l’Eure et Loir (3 étalons).


Les cinq départements des Pays de Loire offrent la seconde option en matière d’étalonnage avec 100 sires qui y étaient stationnés en 2020, dont 68 dans le seul département de la Mayenne, 19 en Sarthe, 8 en Maine-et-Loire, 3 en Vendée et 2 en Loire-Atlantique.
Le reste de l’étalonnage a pour territoires le grand Centre-Est (49 étalons recensés en 2020), le Sud-Ouest (22), le Nord et le Sud-Est (14), la Bretagne (6) et le Sud-Est.
Au total, 140 professionnels différents ont exercé leur fonction d’étalonnier en 2020. Mais là, encore, la tendance est à la concentration des établissements, accélérée par la montée en puissance des entraîneurs/étalonniers désireux de garder leurs « champions » sous la main en période de saison de monte puisqu’ils peuvent continuer de courir.

Les principaux acteurs de l’étalonnage
En 2020, c’est ainsi le haras mayennais d’Avireau de Franck Leblanc et de son épouse Pauline Corty qui a abrité le plus grand nombre d’étalons (16), devant les haras ornais de Sassy de Céline et Jean-Yves Lhérété (15), de Fligny de Thierry Besnard (11), du jeune haras de Rouffigny animé par Roselyne et Jean-Luc Léveillée (10), puis du calvadosien haras de Bouttemont de Philippe Allaire (9). Le haras de la Meslerie des époux Guarato pointait ensuite avec 8 sires dont le très prisé, Face Time Bourbon (208 juments en intégrant les poulinières venues de l’étranger), à égalité avec le haras de l’Audoirie de Jean-Marie Raimbault.
Parmi les structures proposant sept étalons en 2020, on recense ensuite le haras de la Cour des Fresneaux de Jean-Philippe Dubois, le haras du Chêne de Michel Dumouch situé à Beaumont-de-Lomagne, le haras de la Sauvagère animé par Sandrine et Thierry Duvaldestin, et le haras d’Haufor de Régine et Christian Bigeon.
Chez les structures ayant proposé six étalons en 2020, on citera le Lieu Hallais de Philippe Barassin, les Haras de Retz, Mont-Goubert, Beunelière, Plaines, Villeréal.
Enfin, on ne peut passer sous silence l’activité de la filiale équine du Groupe international Gènes Diffusion, ayant proposé pas moins de 25 étalons en 2020, stationnés entre leurs stations de monte de Vaiges, du Pays d’Auge et du Cotentin.

TROIS QUESTIONS À Thierry Besnard
Animateur du Haras de Fligny et président du SEPT (Syndicat des Etalonniers Particuliers de Trotteurs), Thierry Besnard a accepté de livrer son analyse d’acteur de l’étalonnage français sur l'exercice 2020.

Quelle interprétation donner aux données de 2020 avec une nouvelle baisse de l’ordre de 7 % du nombre de juments saillies ?
Thierry Besnard.- Cela correspond à environ mille juments saillies en moins par rapport à 2019. Le premier constat est que cela se manifeste par une baisse du nombre de juments saillies dans les catégories les moins confirmées. Par contre les meilleures juments ont bien été saillies.

Est-ce que toutes les régions ont été impactées de la même façon ?
Non. Ce sont les haras les plus excentrés des grandes régions d’élevage qui ont le plus souffert. Ce sont peut-être aussi parce que les éleveurs de ces régions avaient moins sélectionné jusque là et qu’ils ont pu être un peu pénalisés lors des ventes. Ce sont les premiers à prendre de plein fouet la crise mais je pense que tout le monde va ressentir le contrecoup en 2021. Le fait de travailler avec des règlements à « poulain vivant » va sans doute faire remonter des problèmes de paiement au printemps prochain.

Quelles perspectives justement pour le printemps prochain ?
Je pense que les choses vont se dégrader. Si les ventes ont été relativement satisfaisantes cette année, c’est plutôt l’arbre qui cache la forêt. Avec 30 % d’allocations sur les deux dernières années, les éleveurs et propriétaires ont une baisse de leurs revenus liés aux courses. Il y aura des conséquences pour tout le monde dans notre milieu. Quelques étalons de tête vont passer au travers les mailles du filet avec une clientèle différente et élite mais l’ensemble de la profession sera touchée. On a déjà eu plus de demandes que d’habitude au printemps dernier d’échelonnement des règlements et je pense que cela va s’accentuer encore en 2021.

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