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Actualité - 15.12.2020

L’œil d’un grand témoin : Jacques Pauc

On ne se sèvre pas de sa passion pour le trotteur, du jour au lendemain !
Jacques Pauc

Journaliste mais aussi éleveur et propriétaire, Jacques Pauc est une figure du trot de ces dernières décennies qu’il a traversées tel un observateur impliqué, engagé et expert. Dans « 50 ans de courses et de rencontres », il relate la grande histoire du trot par ses petites histoires. Entretien avec un monstre sacré.

À la manière d’un entraîneur ou d’un éleveur, vivant sa passion au quotidien, Jacques Pauc aura exercé son métier de journaliste avec la même ferveur, comme un « sacerdoce ». C’est-à-dire en pensant « cheval » du matin au soir (ou presque), sept jours sur sept, présent à la fois sur le terrain mais aussi au bureau, à potasser les performances des chevaux et le stud-book du Trotteur Français. Autant d’investissements personnels se sont traduits également – et on pourrait dire naturellement – par la réussite sur les pistes, et parfois sous ses couleurs, de nombreux chevaux sur lesquels il s’est retrouvé associé. On pense évidemment à Speed Clayettois, Seilhac, Arnaqueur, Embassy Lobell, et plus près de nous aux Queen Flore, Arlington Dream, Direct Way, Gallant Way, et on en passe.
A la fois rigoureux (il faut l’être pour faire le papier des courses au trot et être des années durant le meilleur pronostiqueur de France dans sa spécialité), doté d’une mémoire considérable (les ordinateurs n’étaient pas en vogue dans les années 80), et ayant des « yeux » à travers ses jumelles, Jacques Pauc aurait très bien pu se contenter de ce statut de technicien et de vivre en vase clos. Mais c’eut été faire offense à sa curiosité permanente, à son envie de comprendre les subtilités de l’entraînement et de l’élevage, à son goût du dialogue et des échanges à bâtons rompus.
Ainsi, après avoir accumulé une somme impressionnante de connaissances techniques (performances et pedigrees), Jacques Pauc s’est forgé parallèlement un carnet d’adresses impressionnant, rencontrant toutes celles et ceux qui ont fait la vie du trot de ces cinq dernières décennies.
La somme de tous ces savoirs est réunie dans « 50 ans de courses et de rencontres », son premier livre, riche de 320 pages et de 150 photos, mis en scène et édité par l’Agence Dollar (les frères Houdart), dont la sortie vient d’avoir lieu, en cette fin d’année 2020 si particulière.

24H au Trot.- Jacques, pourquoi ce livre et avoir attendu aussi longtemps pour en écrire un ? L’idée germait depuis longtemps ?
Jacques Pauc.- Pas vraiment. Après avoir pris ma retraite de Paris-Turf, j’ai continué d’aller aux courses très régulièrement, en particulier à Vincennes, comme je le fais depuis ma jeunesse. On ne se sèvre pas de sa passion pour le trotteur, du jour au lendemain ! Incité par quelques copains ou professionnels, je me suis mis à écrire des petits billets sur Facebook, que je ne connaissais absolument pas il y a encore quelques mois. Et je précise tout de suite : je n’ai pas pris de nom d’emprunt, comme cela existe malheureusement trop souvent sur les réseaux sociaux ! De fil en aiguille, j’ai reçu mon lot d’insultes, mais aussi d’encouragements à poursuivre ces publications. Vu l’importante documentation que j’ai à la maison, et compte tenu du confinement de début d’année où, je dois dire, je tournais un peu en rond, je me suis donc lancé. Mais seul, je n’aurais pas pu faire ce livre. Les frères Houdart ont été d’indispensables soutiens.

Pourquoi ce titre « 50 ans de courses et de rencontres » ?
Il correspond à la réalité de mes allers et venues à Vincennes, allant de l’adolescence à maintenant, puisque j’ai toujours habité tout près du Plateau de Gravelle. Cet hippodrome est mon stade préféré depuis l’adolescence, grâce à mon père qui m’y a emmené. A la manière d’un supporter qui suit son équipe, mes sportifs préférés, ce sont les trotteurs. Je n’ai pas la prétention de remonter au-delà de cette période car je ne suis pas un historien, même si dans le livre, des références sont faites à quelques grands « anciens » sans lesquels la discipline ne serait pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui.

Extraits choisis
RENCONTRE : GERARD “LE MERLAN”
Il était coiffeur et s’appelait Gérard Tchakalian mais sur les hippodromes tout le monde le connaissait sous le nom du “Merlan” (coiffeur en argot).
S’étant fait interdire de casino on pouvait le rencontrer souvent le week-end aux courses en province ou la semaine à Vincennes. D’ailleurs lors des grandes réunions il lui arrivait de fermer son salon de coiffure à Pigalle pour foncer à Vincennes, accrochant sur sa devanture la pancarte « Fermé pour cause de courses ». Il aurait pu faire partie du casting du film “Le gentleman d’Epsom” dans lequel Michel Audiard sut si bien représenter le monde des courses avec des dialogues “sur mesure”.
Car il faut avoir vu le “Merlan” demander aux vestiaires des jockeys de Vincennes à un Jean René Gougeon, éberlué, ce qu’il pensait de son cheval… « du point de vue… équin ! »…


Cent un chevaux ont droit de cité sur cinq décennies, c’est peu et beaucoup à la fois : 2 en moyenne par an… Comment s’est faite la sélection ?
J’en ai choisi un en particulier, au titre du chef de race. Les cent autres ont été sélectionnés sur la foi de leurs exploits réussis sur la piste, mais aussi en fonction des photographies existantes, le choix iconographique étant important lorsque l’on réalise un livre. Evidemment, j’ai dû faire l’impasse sur certains champions, mais j’ai tenté de les évoquer à travers d’autres chapitres qui permettent d’élargir les horizons, à travers 190 témoignages venus d’horizons très divers, aussi bien des professionnels que des personnalités du monde politique, culturel, artistique…

Vous brossez le portrait de vingt personnes aux profils très différents, mélangeant professionnels et turfistes. Pourquoi ce choix éditorial ?
Les quatorze socio-pros retenus ont marqué à la fois la discipline du trot et ont été fondatrices aussi pour ma compréhension des courses, à travers leurs rencontres. Il s’agit, par ordre alphabétique, de Pierre-Désiré Allaire, Philippe Allaire, Roger Baudron, Jean-Michel Bazire, Georges Dreux, Jean-Pierre Dubois, Jean-René Gougeon, Ali Hawas, Joël Hallais, Henri Levesque, Ulf Nordin, Jean Riaud, Albert Viel, et Jos Verbeeck.


Parmi les turfistes évoqués, j’ai retenu des « figures » de Vincennes comme Sydney (Mitterrand l’avait invité à l’Elysée), « le marquis », « le merlan », « le grand Paul », « le Grec », mais encore mon confrère Dominique Savary, surnommé « Bellino », Jean-François Revel et Tristan Bernard. Soit un large panel, montrant bien la diversité qu’a représenté le monde des courses à une époque, où toutes les classes de la société se côtoyaient.

N’avez-vous pas un regard un peu passéiste ?
On apprend beaucoup de choses de nos anciens et la vie est un perpétuel recommencement. Regardez la position d’un crack-jockey comme Yves Saint-Martin et celle d’un Yoann Lebourgeois sous la selle, leur centre de gravité et leur position individuelle sont rigoureusement les mêmes. Et pourtant, il y a 50 années d’écart entre eux deux, ou presque. Sur cette époque 1970/2020, j’ai tenté de faire en sorte que chacun y retrouve son compte, tout en essayant d’aller à l’essentiel. Mais les courses étant une perpétuelle école d’apprentissage et de remise en question, je suis moi-même en position d’humilité. Je n’ai pas la prétention d’être un grand écrivain et de revendiquer un jour l’accession à un Prix Goncourt. Je demande en conséquence à mes lecteurs de faire preuve d’indulgence à mon égard et de prendre surtout beaucoup de plaisir à revisiter le passé constitué de nombreuses et belles images du sport que l’on aime tant.

Extraits choisis
ILS ONT DIT... LAURENT CLAUDE ABRIVARD
« Avec Bilibili, on avait été battus par Traders (D4) et Draft Life (D4) dans le "Cornulier" (2018) la première fois mais mon cheval n'était pas déferré. Alors, l'année suivante, je l'avais présenté à armes égales, déferré des quatre pieds comme son rival et Bilibili avait battu Traders. Même scénario l'hiver passé où Bilibili avait regagné toujours monté par mon fils Alexandre. Il a des jambes fragiles et je suis obligé de viser seulement une ou deux courses avec lui l'hiver, dont le "Cornulier". »
PS : installé entraîneur public assez jeune, Laurent Abrivard (qui fut un grand jockey) n'a pas mis longtemps pour s'affirmer avec Bilibili bien sûr mais aussi Destin de Busset, Meaulnes du Corta, Niky, etc…





4 euros, soit 16% du prix du livre (24 euros, port compris) seront rétrocédés à la caisse des lads, soit l’équivalent de vos droits d’auteur. Pourquoi ce geste ?
Dans les courses, la majorité des acteurs vivent dans l’ombre, à savoir celles et ceux qui veillent quotidiennement au bien-être des chevaux, sans en tirer les bénéfices en terme financier et de reconnaissance. J’ai été marqué à jamais par ma rencontre avec Ali Hawas qui avait été lad avant de devenir l’entraîneur à succès que l’on sait. Comme il me l’avait confié un jour, « un arabe dans les chevaux, tu n’est pas prêt d’en revoir un »… Tout était dit. J’ai toujours eu une grande admiration pour les lads.

Extraits choisis
FAKIR DU VIVIER (1971)
Fakir du Vivier (Sabi Pas et Ua Uka par Kerjacques) fut acheté par Pierre Désiré Allaire à Jean-Yves Lécuyer après une victoire à Vincennes vers la fin de son année de 2 ans. Il racontera : « Il battait Fimbria, un cheval moyen de mon écurie mais il m’avait impressionné par son jeu de jambes. »
Petit cheval plat, anguleux, la tête busquée, l’encolure à l’envers Fakir du Vivier avait un physique à part... Il était “spécial” aussi, Pierre Allaire ayant eu du mal avec lui au début, l’attelant puis marchant longtemps à ses cotés pour le décontracter. Mais un jour ayant dit à son fils Philippe : « Viens voir j’ai acheté un crack ! » celui-ci, en regardant ce petit poulain (1m54) à la crinière rasée le fixant du fond de son box, s’exclamera : « Mais on dirait un chevreuil ! », obtenant pour toute réponse : « T’occupes...viens le voir travailler samedi matin à Vincennes ! »
Philippe Allaire (14 ans) alla donc assister à l’exercice de “Fakir” avec deux bons chevaux d’âge, Chablis (6 ans), lauréat du Prix de l’Atlantique, et Beauséjour II (Michel Fournier), un très bon “Kerjacques”. Or pour finir ce travail “Fakir”… « laissa sur place Chablis et Beauséjour II sur une simple accélération ! » se souvenait Philippe Allaire, épaté !
Avec Michel Gougeon “Fakir” remportera les Critérium des 3 et 4 Ans, le Critérium Continental, les Prix de l’Etoile, d’Europe (à Milan), de Sélection. Puis il battit Belino II (J.R.Gougeon) à poteau égal dans le Prix René Ballière drivé par Pierre Désiré Allaire… Il devait aussi terminer deuxième, troisième et quatrième dans le Prix d’Amérique.

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