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Actualité - 21.12.2020

Jean-Louis Béraud : « Une victoire de Critérium se partage »

Hanna des Molles [ici aux ventes de yearlings] avait un modèle magnifique et était parfaitement droite dans ses aplombs.
Jean-Louis Béraud

La victoire dans le Critérium des 3 Ans (Gr.1) d’Hanna des Molles est la treizième victoire en nom propre de Jean-Louis Béraud. Seulement serait-on tenté d’écrire. Le propriétaire dorénavant classique a déclaré ses couleurs en 2009, concrétisant son engagement commencé dans le trot par l’élevage. Il a accepté de nous faire partager sa passion des courses, ses choix et d’autres choses encore.

Jean-Louis Béraud a 68 ans et l’enthousiasme débordant des passionnés. Après une carrière riche dans les milieux de l’industrie à haute valeur ajoutée, celles du nucléaire et de l’aéronautique, il est encore sur tous les fronts : il est dans l’immobilier d’entreprise, collectionneur de voitures anciennes et éleveur et propriétaire de trotteurs. Il a grandi, habite toujours et élève dans le Massif Central, dans le département du Puy-de-Dôme. Voilà déjà un élément de portrait singulier dans l’univers du trot.

24H au Trot.- On vous connaît assez peu. Comment êtes-vous entré dans les courses ?
Jean-Louis Béraud.- Je n’ai pas fréquenté les hippodromes dans ma jeunesse mais, quand j’ai commencé à rénover une maison de campagne avec des terrains autour, la question du cheval est vite apparue. Comme tout citadin qui se dit quel animal je mets pour occuper mes espaces. J’ai commencé à y mettre des Percherons que j’ai fait reproduire, que j’attelais pour le plaisir. Ensuite, j’ai un ami, Georges Descreaux dit "Jojo" qui avait fait une carrière d’amateurs et qui avait une poulinière. Il m’a mis le pied à l’étrier en me proposant de s’associer avec lui. Je lui permettais de mon côté d’accéder à de meilleures saillies. Notre premier produit a été Salsa des Volcans (une fille de Buvetier d’Aunou née en 2006 qui a gagné une course et cumulé 44 170 € de gains). Le ver était dans le fruit. Je me suis dit c’est facile et j’ai cru que cela allait continuer comme cela. J’avais de plus en plus de terrains et j’ai investi dans plusieurs poulinières.

Mais, pour arriver là, il faut avoir les reins solides et l’idée d’entreprendre, non ?
J’ai créé ma première entreprise à l’âge de 23 ans et depuis j’ai toujours été dans les affaires. De 23 ans à 60 ans, j’ai été fondateur - exploitant de ma société dans le domaine de l’usinage avec un gros marché sur les sous-marins nucléaires, comme le Redoutable ou le Triomphant. J’ai aussi travaillé pour Airbus et Areva.
On était sur les technologies dites avancées comme les découpe laser et découpe jet d’eau avant tout le monde, ce qui nous a permis d’arriver sur les marchés dont je viens de vous parler. Je me suis retiré à 60 ans de mes activités industrielles que j’ai cédées à un pool bancaire. J’avais aussi une activité dans l’aéronautique avec un ami : on exploitait deux hélicoptères (un Écureuil et une Alouette) dans le cadre d’une société de transport de personnes par exemple. Je l’ai aussi cédée. Il me reste mon activité d’immobilier d’entreprise et mon activité agricole qui me prend maintenant pas mal de temps. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne sort pas de l’esprit d’entreprendre comme cela. J’ai toujours envie d’avoir des activités. C’est l’envie qui me fait fonctionner.

Parlez-nous de vos infrastructures agricoles.
J’ai 33 hectares dans le Puy-de-Dôme, dans la région des Combrailles, à 800 mètres d’altitude. C’est une zone de pâturages naturels avec pas mal de bovins de races Limousine, Aubrac ou Charollaise. C’est un territoire d’élevage et je précise que c’est là que j’élève. Il n’y a pas que la Normandie…

Pour développer ces passions rurales, on peut parler d’un retour aux sources ou d’une envie plus tardive ?
Bizarrement, je suis un peu normand. Ou peut-être plus normand qu’un vrai Normand ? Ma mère est normande, de Carentan. Mon père lui est natif du Puy-de-Dôme et est parti, après la guerre, travailler à la reconstruction des villes bombardées. C’est comme cela qu’il a rencontré ma mère. Ils se sont mariés en Normandie et y ont eu des enfants dont je fais partie. Je suis donc né en Normandie avant de revenir avec toute ma famille dans le Massif Central. J’ai vécu en ville mais avec de la famille en milieu rural et j’ai passé toutes mes vacances à la campagne.

Revenons au début de votre entrée dans le trot, juste avant 2010. Comment fait-on pour se lancer quand on part de « rien », comme vous ?
C’est une aventure qui ne se vit pas tout seul. J’ai vite eu des équipiers. Ce sont des gens comme Emmanuel Leclerc (Madrik), Gérard Bourgeois (Horse 2000). Je suis allé à des gens qu’on connaît bien dans le milieu dans tous les domaines comme le débourrage et l’entraînement. Il y a derrière tout cela le travail de toute une équipe. Pour ma part, j’ai aussi beaucoup appris en rencontrant les experts, en parlant à droite et à gauche.
Vous semblez quand même beaucoup faire directement ?
Oui mais c’était le but. Les courses me passionnaient et il n’était pas question pour moi de juste faire un chèque. Je voulais m’impliquer. Je suis collectionneur de voitures anciennes et l’intérêt n’est pas seulement de rouler avec. C’est aussi de chercher des pièces, de les trouver, de les remonter, de trouver la bonne personne pour refaire le moteur ou une belle carrosserie. C’est un peu la même démarche que j’ai au trot. Acheter un cheval très cher pour seulement le voir courir, ce n’est pas quelque chose qui m’a même effleuré l’esprit.

C’est aussi pour cela que vous avez tout de suite commencé par l’élevage, on va dire un peu la face nord des courses ?
C’est vrai que l’élevage est plus compliqué et aléatoire pour aborder les courses. Je dois reconnaître que je mesure ma chance au bout de dix ans d’avoir fait naître une gagnante de Critérium. Je sais que j’ai de la réussite dans le choix de mes poulinières d’autant plus que j’avais déjà fait naître Belle des Molles qui était très prometteuse avant de disparaître sur rupture d’anévrisme.

Quel est votre effectif actuel ? Comment fonctionnez-vous à l’élevage ?
J’ai cinq poulinières actuellement. Les poulinages sont faits chez nous et les juments sont transportées pour être saillies en Normandie où je les dépose chez Emmanuel Leclerc. Elles reviennent à la maison avec leur produit quand elles sont pleines. Quant aux poulains et pouliches, ils vont en préparation aux ventes de yearlings chez Emmanuel Leclerc. On a donc surtout les ennuis du transport. C’est un poste [de charges] important. J’en assure une partie personnellement. Cela me fait plaisir et cela me permet aussi de rencontrer les différents intervenants avec qui je travaille, de voir par exemple Emmanuel Leclerc plusieurs fois par an.

La question des croisements et des origines n’a pas été un problème ?
Quand on a une passion, ce n’est pas compliqué. Tout s’apprend très vite. Ça, ce n’est pas compliqué. C’est assez simple aujourd’hui avec tous les outils dont on dispose, informatiques ou autres. Quant à être tous les jours avec mes chevaux, c’est pour moi du bonheur. Donner les seaux de nourriture chaque matin à mes chevaux dans la boue, c’est du bonheur. La campagne m’intéresse. Je suis pêcheur de carnassiers, je vais aux champignons à l’automne.

Combien d’heures dormez-vous par nuit avec toutes ces passions et occupations ?
Si vous me parlez de la nuit d’hier [lire dimanche à lundi], à deux heures du matin, j’étais encore au téléphone ! La nuit a été très courte… Autrement, je dois vous dire que je suis un bon dormeur. Plutôt huit ou neuf heures par nuit.

Vous avez racheté Hanna des Molles 35 000 € sur le ring d’Arqana Trot. Pourquoi ?
Parce que j’en voulais plus, disons 45 000 €. Et parce qu’elle était parfaite. Hanna des Molles avait un modèle magnifique et était parfaitement droite dans ses aplombs. C’est une Village Mystic et c’est quand même pas mal même si ce n’est évidemment pas Ready Cash. J’ai trouvé Laurent Abrivard aux ventes ce jour-là [qui était déjà l’entraîneur de Jean-Louis Béraud] et lui ai demandé de jeter un coup d’œil à la pouliche. Il m’a juste répondu : « Je ne lui vois pas de défaut. » Ce sont ses propres mots. C’est ce qui m’a conduit à dire que 35 000 € étaient trop peu.

Vous avez racheté également Joie des Molles, la sœur d’Hanna des Molles par Ready Cash, lors des dernières ventes de yearlings sélectionnés pour 110 000 €. Sur quel principe ?
Elle a été préparée pour la vente par Emmanuel Leclerc et ce dernier m’a dit que « Joie, c’est encore mieux qu’Hanna [qu’il avait aussi eue]. La différence par rapport à Hanna, c’est qu’elle a déjà tout compris. » Alors évidemment, je n’ai pas voulu la lâcher au prix où on est arrivé. Je l’ai cédée depuis, avec des accords spéciaux, à une association composée de Christian Maréchal et Michel Rivaillon (Haras d’Urzy). Tout se passe très bien pour elle. J’ai des nouvelles tous les mois. Ils sont épatés et me disent : « Tous les voyants sont au vert. Le seul problème qu’on a avec elle, c’est de ne pas brûler les étapes. » Ils sont ravis. On sait évidemment que la route est longue.

Vous passez tous vos produits sur les rings de vente ?
Pour l’instant, cela s’est passé comme cela. On verra pour l’avenir, notamment avec les produits d’Hanna. Ultimate Jet est pleine de Face Time Bourbon et le produit passera sur le ring. Avec les ventes, ce n’est pas toujours vous qui décidez des prix. C’est la loi du marché et on est quelquefois acteur passif. L’an dernier, j’avais un produit d’Eridan et Carla des Molles dont j’attendais 25 000 €. Il est parti à 75 000 € !

Et par rapport à votre famille ? Votre passion hippique est-elle partagée ?
Tout le monde vibre. Ils sont au courant de plein de choses. Quelquefois plus que moi. Sur les engagements par exemple. Mon frère Gilles vient de m’appeler. Tout le monde est à 150 % sur les courses. C’est communicatif. Votre entourage s’approprie les succès. Quand vous voyez votre cheval s’imposer à la télé, tout le monde adhère. Hanna, c’est la pouliche de toute la famille. Je suis même un peu dépossédé ! Mais cela me fait plaisir car c’est fait pour être partagé. Être heureux d’une victoire de Critérium tout seul dans son coin, je n’y vois pas un grand intérêt.

Ultimate Jet, la mère d’Hanna des Molles achetée 65 000 €
Fille de Delmonica Jet, une sœur de Coktail Jet, Ultima Jet (64 440 € de gains) a été achetée au début de son année de 4 ans 100 000 € aux ventes du Prix d’Amérique 2012. Jean-Louis Béraud nous apprend sur cet épisode : « Tout le monde la voulait. Il y avait toutes les stars du trot pour cette petite jument qui sortait de course à 4 ans. Je m'étais dit que je monterais jusqu’à 60 000 €. Je l’ai achetée par téléphone et j’ai finalement poussé jusqu’à 100 000 € où tout le monde s’est arrêté. C’était aussi mon seuil. J’ai eu un peu de réussite. »

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