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Actualité - 25.01.2021

Tahar Ait-Hamouda : "Je crois que je suis très chanceux"

Matthieu Abrivard est le cavalier qui lui convient.
Tahar Ait-Hamouda

« Je vis un truc de fou. » Voilà comment Tahar Ait-Hamouda, propriétaire majoritaire de Bahia Quesnot, qui court sous ses couleurs, entame notre échange, une bonne heure après le triomphe de sa Bahia dans le Cornulier. Qui est ce passionné, parti de rien et aujourd'hui à la tête d’un effectif d’une vingtaine de trotteurs, poulinières et poulains inclus ?

C’est la victoire d’une jument de classe mais qui portait avec elle beaucoup d’inconnues dans le Prix de Cornulier (Gr.1). Bahia Quesnot (Scipion du Goutier) était la candidate la plus riche au départ mais avait un palmarès quasiment vierge au monté (une deuxième place en 2015 pour un total de quatre tentatives). Bien mince face aux meilleurs spécialistes du monté du moment. Elle n’avait encore jamais gagné à Vincennes. Une incongruité dans le curriculum vitae d’une performer de top niveau international de 10 ans, lauréate de Groupe 1 en Italie en décembre dernier. Elle courait ferrée, là encore presque une anomalie dans le contexte de la plus haute compétition. Bref, Bahia Quesnot est une lauréate atypique. Elle est même comme la synthèse d’une concordance des improbabilités. Mais cette concordance a bien été la plus forte dimanche. Et elle nous permet de découvrir l’homme qui se cache derrière toute la carrière de Bahia, son copropriétaire le plus investi, Tahar Ait-Hamouda.
24H au Trot.- C’était un drôle de pari. Vous étiez dans l’attente de voir ce qu’elle pouvait faire ou plutôt dans l’attente d’une bonne performance ?
Sincèrement, en fait, j’y croyais. Même si les journalistes et globalement les professionnels avaient du mal à lui accorder une première chance, j’étais dans l’attente d’une bonne performance. Je connais ma jument. Et je trouve que l’histoire est belle avec Matthieu Abrivard. Je vous explique. Je n’interviens jamais dans les engagements de mes chevaux. C’est Junior [Guelpa] qui a carte blanche. Mais il faut savoir qu’il y a quelques années, j’avais demandé à Matthieu de monter Bahia Quesnot quand elle était chez Cédric Herserant. À l’époque, Matthieu avait Bellissima France qui n’était pas encore arrivée au niveau du Cornulier et il nous avait dit : « Non je ne peux pas, j’ai Bellissima. » Quelques années après, Junior, sans rien nous dire, a demandé à Matthieu également. C’est incroyable.

Pourquoi Matthieu Abrivard ?
C’est le cavalier qui lui convient. C’est quelqu’un qui est très calme et posé. Il fallait venir de derrière. Il l’a démarrée, il l’a cachée derrière Etonnant. En haut de la montée, elle a toujours un coup de blues. Et il l’a lancée dans le dernier tournant. Dans la ligne d’arrivée, elle repart tout le temps, à chaque fois. Matthieu l’a montée comme dans un rêve. Elle a été préparée comme dans un rêve également.

Elle passait pour être meilleure sur piste plate. Votre avis ?
C’est vrai mais elle avait quand même fait des trucs à Vincennes comme deux fois deuxième d’Aubrion du Gers [dans le Prix de Nevers et la Finale du GNT 2016]. En parlant d’Aubrion du Gers, elle avait été aussi sa dauphine à Vichy. Elle comptait quand même déjà de grandes performances à Vincennes.

Vous pouvez nous raconter son histoire ?
J’ai toujours acheté des chevaux chez la famille Lefebvre, les éleveurs des « Quesnot ». La preuve en est qu’hier je les ai encore appelés pour savoir ce qu’il avait à vendre dans l’année des « K ». Pour revenir à Bahia, je trouvais son prix trop élevé quand elle était yearling et on n’avait pas fait affaire. Elle est passée sur le ring des ventes où ils l’ont rachetée 5 000 €. À cette époque, j’avais gagné de l’argent dans les courses avec Union Life. Tout ce que je gagne dans les courses, je le réinvestis dans les courses. Le jour de la vente, j’étais sur la route et j’appelle les « Quesnot » pour savoir combien il l’avait vendue. Ils m’apprennent qu’ils l’ont toujours et je leur ai dit que j’étais acheteur. On s’est mis d’accord sur le prix et quelques jours plus tard, elle était chez Cédric Herserant. Elle s’est révélée très compliquée. Elle ne démarrait pas mais faisait des trucs en piste. Cédric l’a toujours estimée.



Et son passage chez Junior Guelpa à la fin d’année 2018 ?
On avait couru Cuise La Motte en Oslo, en juin 2017. On faisait la fête et je me souviens que, à l’entrée de l’hippodrome, il y a une grande statue de cheval. Je suis monté dessus mais je ne pouvais plus en descendre, j’ai le vertige en fait ! Il y a alors Nicolas Raimbeaux et Junior Guelpa qui étaient aussi là-bas et qui m’ont aidé à en descendre ! C’est comme cela qu’on a fait connaissance. On a passé du temps ensemble à ce moment-là. Je les ai ramenés à leur hôtel avec ma voiture de location…
Plus tard, en 2018, Bahia court mal plusieurs fois à Vincennes. J’ai appelé Cédric et lui ai dit : « Il faut qu’on fasse quelque chose, elle ne veut plus aller à Vincennes ». Il était d’accord avec moi et me dit : « Je vous suis ». Je lui ai dit que je voulais la mettre chez Junior Guelpa et il m’a dit « pourquoi pas ? » A l’époque, il était encore propriétaire de la jument. On s’entend super bien avec Cédric.

Emoji rouge pour Bahia
Junior Guelpa déclare ses pensionnaires avec des émojis rouges dont Bahia Quesnot. Le professionnel a expliqué ne pas adhérer pas au système proposé dont les libellés font toujours référence à la victoire. Par ailleurs, il évoque une dimension superstitieuse et se refuse à mettre, de lui-même, du vert à ses pensionnaires.



Sur un air d’Olga et de Dryade
Quel sont les points communs entre Olga du Biwetz et Bahia Quesnot ? Les deux ont remporté le Prix de Cornulier sans avoir couru au monté lors des deux saisons précédentes. La première était évidemment plus titrée que la seconde en amont de son titre avec un succès dans le Prix de Normandie (Gr.1) et une deuxième place dans le Prix de… Cornulier à l’âge de 6 ans. Toutes les deux ont aussi en commun d’avoir acquis une partie importante de leurs titres dans lors de déplacements à l’étranger.
Quant au parallèle entre Dryade des Bois, gagnante du Prix d’Amérique (Gr.1) 1998 et Bahia Quesnot, il se rattache à Vincennes. La représentante de Jean-Baptiste Bossuet signait lors de son grand titre sa première victoire sur la grande piste de Vincennes ! Hier, Bahia Quesnot a poussé encore plus loin la novation en s’imposant pour la première fois à Vincennes.



Quelle était l’idée ?
On voulait la changer d’air et lui offrir un offrir un programme sur pistes plates. Elle est arrivée un mardi chez Junior Guelpa et le dimanche suivant elle gagnait le Grand Prix de Noël à Cagnes-sur-Mer. Junior m’a appelé le lendemain en me disant « Je veux courir le Belgique ». Je lui ai dit : « non, je ne préfère pas. Courez plutôt le Prix de la Côte d’Azur ». J’ai réfléchi et lui ai dit ensuite : « Courez le Belgique, faîtes à votre idée. » Je n’en ai pas parlé à Cédric Herserant. Il était alors parti en voyage en Colombie et je me suis dit : « Si je lui dis, il ne va pas être content ! » Et elle a fini deuxième dans le Belgique. Puis, ça a été le Prix d’Amérique, les courses à l’étranger et tout le reste.

Et le Prix d’Amérique ? Vous y pensez déjà aujourd’hui [dimanche] ?
Non pas encore. C’est la cerise sur le gâteau. Déjà, courir le Prix d’Amérique, c’est beau. Au début de l’hiver, on ne savait si elle allait être qualifiée pour le Prix d’Amérique par ses gains. On a donc cherché à la qualifier. Et une fois que cela a été fait, cela a tout changé. On a couru tranquille après. Le programme, on le prend comme on veut. C’est aussi pour cela qu’elle a pu courir le Prix de Cornulier. Evidemment, aujourd’hui et après coup, elle aurait été qualifiée sans problème avec ses gains.

Votre histoire avec les courses ?
J’ai fait connaissance avec les courses par un ami, Bruno Raucourt, journaliste à Paris-Turf. Il m’y a emmené quand j’étais tout jeune. J’étais tous les samedis et dimanches aux courses. Ce qu’il m’a plu, c’est l’ambiance ! J’étais joueur et je suis devenu propriétaire. Maintenant, je ne joue plus du tout mais je parle encore jeu avec les amis. Aujourd’hui, je leur avais dit : « Jouez la placée et même gagnant car elle peut gagner aujourd’hui. » C’est vrai que, quand vous êtes propriétaire, vous regardez les courses avec un autre regard. Cela doit faire une quinzaine d’années maintenant. J’ai commencé en étant copropriétaire avec Bruno Raucourt. On a eu Madelon par exemple chez Dominik Cordeau. Puis quand j’ai eu les moyens d’avoir des chevaux à mon nom, j’ai eu mes chevaux chez Cédric Herserant, Dominik Cordeau, Vincent Collard, Willy Michel, Junior Guelpa, Nicolas Raimbeaux.

Vos meilleurs trotteurs ?
Union Life a été la première gagnante sous mes couleurs et c’est elle qui m’a apporté ma première victoire à Vincennes. Cuise La Motte a été placée semi-classique. Il y a eu aussi Danae Quesnot et Victoire Quesnot qui s’annonce une bonne reproductrice.

Comment avez-vous fait pour acheter ? Comment faîtes-vous ?
Je crois que je suis très chanceux. Quand on me dit : « Non, il ne faut pas acheter », j’achète. Mais je n’achète pas grand-chose finalement. Bahia Quesnot, on m’a toujours dit : « Il ne faut pas acheter, elle est trop grande, etc. » Je fais comme j’ai envie et la chance suit. Je ne veux pas avoir des regrets. J’ai deux "I" qui trottent : une chez Cédric Herserant et une chez Franck Ouvrie. Cela semble moins bien chez les "J".

Vous êtes aussi éleveur maintenant. C’est autre chose encore. Que pouvez-vous nous en dire ?
Oui, je suis aussi passé à l’élevage avec mes bonnes juments et c’est pour cela que je dis que l’argent que je gagne dans les courses, je le remets dans les courses. Je suis maintenant éleveur sans sol. J’ai cinq poulinières dont Union Life, Cuise La Motte et Victoire Quesnot, plus une autre en association. Elles sont dans différents lieux. La dernière par exemple est restée chez ses éleveurs, la famille Lefebvre. Au total, je dois avoir une vingtaine de chevaux. Cela reste une passion. Une passion énorme et beaucoup de temps. Et tout cela est récompensé aujourd’hui avec ce Cornulier.

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