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Actualité - 09.02.2021

Face Time Bourbon : face au défi et au piège

La nette domination de Face Time Bourbon dans de Prix d'Amérique, le 31 janvier

Face Time Bourbon est en quête, dimanche prochain, d’un doublé sinon rarissime, du moins d’exception, qui n’a été, dans l’histoire, que l’apanage de cracks. Cela étant, il a l’envergure de réussir dans une entreprise où il avait échoué, avec les honneurs, l’an passé. Il n’empêche que le Prix de France n’est pas une course de tout repos pour le tenant du Prix d’Amérique, qui y remet sa couronne en jeu non sans risque. C’est, tout compte fait, un vrai défi et même un piège.

Le meeting d’hiver de Vincennes s’articule, à l’attelage et dans les rangs des chevaux d’âge, autour d’un triptyque tout entier dédié aux forces vives du trotteur français, soit celles d’un cheval parfaitement complet, capable de s’exprimer au mieux dans le triple exercice de la tenue, de la vitesse et du grand fond. Et, ajouterons-nous, d’enchaîner les performances, aussi exigeantes et éclectiques soient-elles, à intervalles réguliers, voire rapprochés. Ce triptyque est, bien sûr, celui constitué des Prix d’Amérique ZEturf Legend Race, Speed Race (Prix de France) et Marathon Race (Prix de Paris). Il ne faut pas s’y tromper : réaliser le coup de trois, en l’espace de quelques semaines, sur un éventail de distances allant de 2.250 mètres – première distance du Prix de France –, puis 2.100 mètres, autostart, à 3.150 mètres – distance initiale du Prix de Paris –, puis 4.150 mètres, est un authentique exploit. Quatre chevaux, seulement, l’ont mené à bien (lire en page 3), dont trois en rendant, dans le Prix de Paris, les soixante-quinze mètres alors imposés aux lauréats des deux premiers volets du triptyque. Gélinotte, Jamin et Bellino II sont ces trois-là. A l’évocation de leurs seuls noms, on est instruit !

Gélinotte, Jamin et Bellino II. À l’évocation de leurs seuls noms, on est instruit ! En termes d’assiduité, la palme peut être décernée à Bellino II, qui, lors de cet hiver 1976 où il inscrivit les trois championnats à son palmarès, y ajouta, sous la selle, les Prix de l’Ile-de-France et de Cornulier, étant en piste tous les dimanches du mois de janvier et les deux premiers du mois de février – à l’époque, le meeting d’hiver prenait fin à la mi-février – pour autant de victoires, ou presque, tour à tour attelé et monté. Du jamais vu !

Un doublé au profil évolutif, un défi qui se modernise
Mais, en deçà du triplé à l’instant évoqué, le seul doublé du Prix d’Amérique et du Prix de France n’est pas une mince affaire. D’une certaine manière, c’est un peu un doublé piège, du reste. Depuis soixante-cinq ans – la création du Prix de France remontant à 1956 –, ils sont une douzaine à l’avoir réussi (lire en page 3), dans des contextes différents cependant. La difficulté a, dans un premier temps, consisté à s’acquitter d’un rendement de vingt-cinq mètres, sur la courte distance de 2.250 mètres. Car le vainqueur en titre du Prix d’Amérique était alors automatiquement handicapé de vingt-cinq mètres dans le Prix de France qui suivait et il va de soi que ce n’était pas une sinécure, dans une course, où, de surcroît, les concurrents étrangers étaient nettement plus à leur affaire que sur les 2.600 ou 2.700 mètres du Prix d’Amérique. La preuve en est qu’ils ne sont que trois à avoir ainsi réussi dans leur entreprise, les trois mêmes, soit dit au passage, qui ont ajouté un Prix de Paris victorieux à leur héroïque traversée hivernale. Dans un second temps – à partir de la fin des années 1970 et le passage aux 2.100 mètres, autostart, impliquant la suppression du rendement de distance –, le problème a été, pour les lauréats « américains », de changer vraiment d’exercice – davantage que dans la configuration passée –, sans trop de peine et avec les ressources toujours intactes – à une ou deux semaines d’intervalle, selon les évolutions du calendrier – que nécessite un championnat de grande vitesse. L’équation n’est pas forcément simple à résoudre et certains s’y sont, si l’on nous autorise l’expression, abîmés. L’exemple le plus flagrant est celui du phénomène Ténor de Baune, qui, en 1991, perdit sa légendaire invincibilité dans le Prix de France, face à Ultra Ducal, qu’il avait, pourtant, largement dominé, deux semaines plus tôt, dans le Prix d’Amérique. Jean-Baptiste Bossuet, son mentor, en sera à ce point échaudé que, quelques années plus tard, il déclarera forfait au dernier moment avec Dryade des Bois, ne voulant pas exposer celle-ci, qui venait de lui offrir le Prix d’Amérique, à la surprise générale, à un numéro derrière l’autostart jugé incompatible avec ses aptitudes, dans ce Prix de France aux allures, pour lui, de tombeau, Ténor de Baune n’ayant pas digéré, à titre définitif, la défaite qu’il y avait subie. Deux fois gagnant du Prix d’Amérique, au début de ce siècle, le crack italien Varenne ne s’est pas risqué davantage que Dryade des Bois dans le Prix de France. À tort ou à raison. Une chose est sûre : si Ready Cash a réussi, une fois, la passe de deux, en 2011, il en a été privé par Royal Dream l’hiver suivant, avant d’en spolier, à son tour, son rival en 2013. Son fils, Bold Eagle, fera mieux, la concrétisant à deux reprises, en 2016 et en 2017, et la parachevant du Prix de Paris en 2017.

Un peu d’histoire
Le Prix de France est une course de création relativement récente, du moins par rapport au Prix d’Amérique, qui a vu le jour, on le sait, en 1920. La première édition du Prix de France a eu lieu, en effet, en 1956. L’épreuve se substitue alors au Prix de Belgique, qui n’avait pas le même prestige, ni la même dotation, et qui deviendra, à partir de la fin des années 1970, la dernière course préparatoire au Prix d’Amérique, en remplacement du Prix du Béarn. Pendant plus de vingt ans, soit jusqu’en 1978, le Prix de France se court sur 2.250 mètres, avec départ à l’élastique et rendement de vingt-cinq mètres imposé au vainqueur du Prix d’Amérique. A compter de 1979, le rendement de distance est effacé et l’autostart prend le relais, exigeant encore davantage de vitesse que la précédente configuration. Significativement, le très véloce Hadol du Vivier est le premier gagnant dans ce contexte.



La liste se réduit à 11 engagés ce mardi
De 15 noms lundi, la liste s'est réduite à 11, ce mardi à la mi-journée. Les engagés du Prix de France compte néanmoins les têtes d'affiche attendues avec les cinq millionnaires (ou multi-millionnaires) Délia du Pommereux, Bahia Quesnot, Davidson du Pont, Billie de Montfort et Face Time Bourbon. On trouve encore le suédois Aetos Kronos qui sera confié à Franck Nivard et Feliciano.
Le premier forfait aura lieu ce mercredi et la déclaration des partants jeudi.


Les doublés Prix d’Amérique-Prix de France
Historiquement, ils sont, jusqu’alors, douze, dont certains plusieurs fois, à avoir réussi à s’imposer, le même hiver, dans le Prix d’Amérique et le Prix de France. Voici la liste, chronologique, des auteurs du prestigieux coup de deux :
1956, 1957 : Gélinotte
1958, 1959 : Jamin
1976 : Bellino II
1980 : Eléazar
1982 : Hymour
1984 : Lurabo
1986, 1987, 1988 : Ourasi
1996 : Coktail Jet
1999 : Moni Maker
2009 : Meaulnes du Corta
2011 : Ready Cash
2016, 2017 : Bold Eagle

Les triplés Prix d’Amérique-Prix de France-Prix de Paris
Le triplé « Amérique-France-Paris », au cours du même meeting, est encore plus rare, évidemment, que peut l’être le doublé « Amérique-France », et ils ne sont que quatre à avoir accompli l’exploit, Gélinotte l’ayant même réussi à deux reprises. Voici ce glorieux quatuor :
1956, 1957 : Gélinotte
1959 : Jamin
1976 : Bellino II
2017 : Bold Eagle

Un challenge moins difficile aujourd’hui qu’hier
Un autre fait est avéré : il est tout de même un peu plus facile de bisser dans le Prix de France, depuis que le rendement de distance a été supprimé et que les 2.100 mètres, autostart, ont été adoptés. Douze doublés ont été ainsi enregistrés depuis quarante ans, contre cinq dans les vingt-trois ans qui ont précédé. Ourasi, qui, il est vrai, n’était pas le premier venu (sic !), a même réussi, consécutivement, un coup de trois, à 6, 7 et 8 ans, en 1986, 1987 et 1988. De la sorte, et en toute logique, Face Time Bourbon est parfaitement à même de faire la passe de deux au moins une fois. Premier élément de réponse ce dimanche.

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