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Actualité - 14.02.2021

Délia du Pommereux, la consécration d'une grande dame

J’ai commencé à y croire pour la victoire à mi-ligne droite quand j’ai vu que Face Time mollissait beaucoup.
Sylvain Roger

Incroyable. Le Prix de France ZEturf Speed Race a livré un dénouement haletant dans lequel tout a basculé en quelques mètres, après un scénario de course déjà renversant. À la fin de la fin, c'est Délia du Pommereux qui décroche les honneurs, en prenant le meilleur sur un Face Time Bourbon asphyxié.

Rien ne s'est passé comme prévu dans le Prix de France ZEturf Speed Race (Gr.1). Il y a d'abord la faute de Davidson du Pont (Pacha du Pont) juste avant la plaine. Il y a ensuite eu Face Time Bourbon (Ready Cash) qui a livré une course en solitaire, envers et contre tous, en patron tout en imposant des partiels de record - la lauréate et lui-même égaleront d'ailleurs le record de 1'09''8 de Kool du Caux. Et il y a eu la fin de course exceptionnelle de Délia du Pommereux (Niky) qui a pris l'ascendant sur un cheval fatigué, ou plutôt « asphyxié », comme dira son entraîneur Sébastien Guarato. Trente-et-un ans après le succès de Jean Raffin et Pussy Cat, c'est le fils Eric qui appose son nom au palmarès du Prix de France (Gr.1). Le driver dira : « C’est un rêve qui se réalise avec une grande dame. » Quant à Sylvain Roger, l'entraîneur de la représentante de Noël Lolic, il savourait : « Elle tient enfin sa grande victoire. »
La première grande consécration d’une championne
Avec plus d’un million d’euros de gains, avant même le début de meeting, Délia du Pommereux fait partie des compétiteurs les plus titrés du trot français actuel. Et pourtant, la pensionnaire de Sylvain Roger n’avait encore aucun titre de Groupe 1 à son palmarès. On comprend donc le bonheur de l’entraîneur : « Elle tient enfin sa grande victoire. On tournait autour du pot avec elle depuis un moment. Il lui manquait une victoire de Groupe 1. Maintenant, c’est fait. Je suis très heureux. À l’entrée de la ligne d’arrivée, je me suis dit : « On va être deuxième ». J’ai commencé à y croire pour la victoire à mi-ligne droite quand j’ai vu que Face Time mollissait beaucoup. On l’a encouragée et poussée. La jument a été magnifique et Eric l’a très bien menée. Elle avait été très grande dans le Prix de Bourgogne déjà où elle finissait très vite et avait failli battre Face Time. En vieillissant, j’ai l’impression qu’elle est devenue meilleure sur 2100 mètres que sur 2700 mètres. » Pour la jument, ce Groupe 1 vient coiffer un palmarès déjà riche de trois accessits au même niveau dont une troisième place dans le Prix de France édition 2020.
C’est la première victoire d’Eric Raffin dans le Prix de France, par ailleurs auteur d'un nouveau coup de trois. Selon l’angle sportif, le driver nous a confié : « Je ne me suis pas intéressé à la course au début et plus on avançait dans le parcours, mieux cela allait. J’avais dit à Sylvain [Roger] avant la course : « Ils vont vite démarrer et je ne m’intéresserai pas à la course au début ». Ensuite, tout s’est bien mis. On n’a fait aucun effort. Aux 700 derniers mètres, je me suis dit : « On va être deuxième ». Et à 150 mètres du poteau, j’ai réalisé que l’on pouvait se faire Face Time. Le rêve est là. Battre Face Time dans le Prix de France, c’est incroyable. C’est un cadeau du ciel. C’est un rêve qui se réalise. »



L’émotion particulière du France
La première pensée d’Eric Raffin, au micro d’Equidia, est allée à son père : « J’ai vu mon père gagner le Prix de France quand j’étais enfant et j’ai tout de suite pensé à lui aujourd’hui. Je me suis dit, c’est un rêve. » En 1990, Jean Raffin remportait en effet le Prix de France au sulky de Pussy Cat qu’il entraînait également. Eric Raffin avait alors 8 ans et cette victoire est restée vive dans sa mémoire.

Trente-et-un ans plus tard, c’est Eric Raffin qui appose son nom au palmarès de l’épreuve. Il a ajouté sur Equidia : « C’est ma plus grande victoire à l’attelage en France. Je ne remercierai jamais assez Délia. C’est une grande dame ! »

Une référence à Roxane Griff pour Eric Raffin
En conférence de presse, Eric Raffin annonce : « Je l’aurai en photo jusqu’à la fin de mes jours chez moi. » Peu avant, dans les vestiaires, il nous avait déclaré : « C’est une super jument. Je l’avais moins enrênée que d’habitude, j’avais essayé de lui rallonger un peu la tête. Elle me fait penser à Roxane Griff. »

Jean Raffin : « Je suis un privilégié de la vie pour vivre un tel grand moment »
Une heure après la course, Jean Raffin nous livre son bonheur de voir son fils remporter le Prix de France : « J’étais reçu chez des amis et on a tous vécu cela en direct. J’ai la voix un peu cassé. C’est quelque chose de phénoménal. Avec la période difficile que l’on vit, j’ai la chance de vivre un tel bonheur. Je suis un privilégié de la vie de vivre cela. Je vois mon fils gagner le Prix de France d’une façon magistrale. Il a su faire pour gagner cette course en profitant, comme dans tous sports, des éventuelles erreurs des adversaires. Je suis excité. Il y a trente-et-un ans avec Pussy Cat, j’avais choisi de ne venir que pour finir car il y avait beaucoup de vent ce jour-là à Vincennes. Potin d’Amour et Poroto avaient fait la bagarre devant face au vent. On avait le 9 avec Pussy Cat et on était venus à la fin. Revivre cela avec Eric, c’est un grand moment. L’important, c’est aujourd’hui. »


Les faits de course
Rien ne s'est donc passé comme prévu dans le Prix de France ZEturf Speed Race. La faute de Davidson du Pont en bas de la descente a été le premier domino qui en a fait tomber d’autres. Jean-Michel Bazire semblait vouloir reprendre son partenaire avant d’entrer en plaine quand le cheval a pris le galop. Le lad de Davidson Gabriel Monthulé nous relatera : « Jean-Michel [Bazire] m’a dit que le cheval aurait sauté une trace sur la piste d’où sa faute. »
À ce endroit, Face Time Bourbon était dans le dos de son principal rival désigné. Ce fait de course lui a libéré son couloir et a incité Björn Goop à laisser développer son partenaire pour l'installer en tête. Immédiatement, Bahia Quesnot (Scipion du Goutier) est venue aux côtés du leader. Allions-nous revivre un remake du Prix d'Amérique avec Bahia Quesnot dans le rôle de la locomotive dans la montée ? Non, car Björn Goop et Face Time Bourbon résistaient et ne laissaient pas passer leur tour. En fait, le champion s’est tendu et s’est enclenché de lui-même à ce moment. Il impose des partiels de haut vol (1’07’’7 à 1000m du but ; 1’08’’9 à 500m) et interdit toute attaque. Dans le dernier tournant, il prend de la distance sur ses rivaux. En entrant dans la ligne d’arrivée, il possède une vingtaine de mètres d’avance sur le peloton d’où émerge Délia du Pommereux. À 150 mètres du but, Face Time Bourbon se raccourcit quand Délia du Pommereux s’allonge. Les données tracking de fin sont sans appel. La lauréate a couvert ses 200 derniers mètres en 1’06’’6, Face Time Bourbon en 1’12’’6 ! Délia du Pommereux a refait 21 mètres dans les 400 derniers sur Face Time Bourbon.

Le décryptage
Le fait que Face Time Bourbon n'ait jamais pu vraiment reprendre et se soit montré trop brillant compte évidemment beaucoup dans la balance finale. Lors de la conférence de presse, Björn Goop expliquera : « Il a trop tiré aujourd’hui. Normalement, il ne tire pas comme cela. C’est pour cela qu’il a été fatigué pour finir. »
Sébastien Guarato, à l'analyse des chronos, nous a livré cette analyse : « Il y a un peu de déception parce qu’on est battus mais, après, quand on regarde la course et analyse les chronos, on ne peut pas être déçus, sachant aussi qu’il a fait tout le boulot. Il s’est mis en route en montant et allait trop vite à cet endroit. Björn s’est dit qu’il fallait qu’il bloque la course plus que cela mais le cheval allait vraiment très très vite. Il aurait peut-être dû faire un relais avec Bahia Quesnot [en plaine]. Il a été obligé de remettre un tir et cela l’a peut-être remis sur le gaz. Il n’aurait pas dû la contrer mais faire un relais et rester 200 mètres derrière elle. Le cheval se serait alors détendu. Et il aurait pu ressortir après. »
On peut parler course en apnée selon d'autres propos de l'entraîneur : « Après la course, il ne soufflait pas. Il a fait cela sur les nerfs et a manqué d’air à la fin on va dire mais il a fait une super performance. »

La belle prestation d'Aetos Kronos
Troisième avec Aetos Kronos, Franck Nivard nous a expliqué : « C’est vraiment un cheval sympa. Il a un petit peu les mêmes manières que son père [Bold Eagle] avant le départ et, après, il est agréable à driver. Je n’ai pas cherché à démarrer avec le 9. Il y avait du train et cela m’a parfaitement convenu. On était dans le dos de la jument qui gagne. On ne pouvait pas avoir meilleur parcours. Les chevaux qui sont devant nous sont meilleurs et sont plus endurcis aussi. Il n’a que 5 ans. Dans le tournant, j’y ai cru un peu. J’avais du gaz. Mais quand Eric a rabattu les œillères de sa jument, elle s’est mise à plat ventre. »
Bahia Quesnot, une nouvelle fois au rendez-vous
Quatrième après avoir mis sous pression Face Time Bourbon en plaine, Bahia Quesnot a, comme son habitude, su se relancer dans le final. Son entraîneur et driver Junior Guelpa nous a confié sa fierté : « La physionomie de course aurait pu être différente. Quand Davidson du Pont a fait la faute en bas de la descente, cela nous a fait faire un gros effort à l’extérieur pour essayer de nous placer dans le dos de Face Time Bourbon. C’est ce qui coûte à ma jument au moins la troisième place. Elle s’est montrée encore une fois très accrocheuse et n’a rien lâché pour finir. Elle marche encore 1’10’’ aujourd’hui avec beaucoup de vent et après avoir fait un gros effort en plaine. Ce n’est pas impossible qu’elle courre le Prix de Paris si elle reste bien comme elle est actuellement. »

Les autres réactions :
■ David Thomain, driver de Feliciano (5e) : « Il est ferré devant et ne démérite pas. Le chrono et bon mais on [n’]est [que] cinquième. »
■ Anthony Barrier, driver de Frisbee d’Am (6e) : « Il a beaucoup tiré en début de course ; on allait très vite en plus et il a terminé fatigué. Il est courageux sixième mais c’était dur. Il va reprendre un peu de fraîcheur avant le Prix de Sélection. Cela devrait lui faire du bien. »
■ Gabriele Gelormini, driver de Billie de Montfort (7e) : « Cela allait trop vite pour Billie en montant et cela allait lui couper les jambes. »

Et après ?
Prix de Paris Marathon Race or not pour Délia du Pommereux ? Sylvain Roger se donne le temps de la réflexion et de la concertation : « On va voir avec Monsieur Lolic et Eric [Raffin] si on court le Prix de Paris. L’an dernier, elle avait été cinquième sans finir plus vite que cela. »
Quant à Sébastien Guarato, il place toujours le Prix de Sélection comme ultime sortie de Face Time Bourbon pour le meeting.

Photos page suivante : © Aprh



D'où vient-elle ?

Fille de Niky 1'10'', Délia du Pommereux a pour mère la perle de l'élevage de Noël Lolic, Noune du Pommereux 1'13'' (Halimède), dont le suffixe reprend le nom du lieu-dit maison. Lauréate de neuf courses, Noune du Pommereux est, plus encore, devenue une star au haras, génitrice de sept vainqueurs, à la tête desquels il y a, certes, la millionnaire Délia du Pommereux, mais encore Enino du Pommereux 1'09'' (Coktail Jet), gagnant du Critérium des 4 Ans et de près de 900.000 €, Clif du Pommereux 1'11'' (Love You), dont les gains dépassent le demi-million d'euros, et Vénicio du Pommereux 1'11'' (325.000 € de gains), propre frère du précédent. Le plus jeune de la fratrie est Gimy du Pommereux 1'11'' (Coktail Jet), qui "flirte" avec les meilleurs de sa promotion et est à même d'afficher des progrès.

4e | PX D'AMERIQUE RACES ZETURF PX DE FRANCE
Att - 2100 m - Groupe 1 - 400 000 €
DELIA DU POMMEREUX 1'09"8
Niky x Noune du Pommereux (Halimede)
Driver : E. Raffin - Entraîneur : S. Roger
Propriétaire : N. Lolic - Eleveur : N. Lolic
2e Face Time Bourbon 1'09"8
3e Aetos Kronos 1'10"
4e : Bahia Quesnot - 5e : Feliciano - 6e : Frisbee d'Am - 7e : Billie de Montfort
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