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Actualité - 15.02.2021

Les maux de tête de lendemain de fête

Nous avons perdu un combat mais avons gagné la guerre il y a deux semaines. Perdre c'est apprendre et nous reviendrons forts à nouveau
Björn Goop

Le Prix de France 2021 est-il surtout le succès de Délia du Pommereux ou la défaite de Face Time Bourbon ? Magnanimes et adeptes du consensus, on est très tentés de répondre les deux. Pragmatiques aussi, car, effectivement, c'est tout autant l'un que l'autre. Avec un point commun en ce lundi : cette sensation de lendemain de fête avec ses maux de têtes qui l'accompagnent.

Commençons par la "bonne migraine" celle qui est la conséquence de l'ivresse de joie autour de la victoire de Délia du Pommereux (Niky). Une joie particulièrement communicative et pleine de sensibilité d'Éric Raffin, tellement heureux de remporter sa "plus belle victoire à l'attelé en France" au sulky d'une jument dont il a pris les rênes seulement un mois plus tôt à l'occasion d'un Prix de Belgique qui voyait le duo finir à la hanche de Davidson du Pont (Pacha du Pont). Pour le double Sulky d'Or, l'émotion fut décuplée par le souvenir de son père Jean Raffin vainqueur de cette même course majeure 31 ans plus tôt au sulky de la populaire Pussy Cat (Firstly), lauréate ce jour-là de sa plus belle course aussi. Éric Raffin avait 8 ans et avait vu la course de Challans, dans sa Vendée natale. Là où Jean se trouvait ce dimanche pour vivre l'immense sensation comme un match retour. "Je vous avoue que j'ai bien arrosé cela" dira-t-il avec enthousiasme et naturel dimanche dans l'émission "Le Grand Débrief" sur Equidia avant de préciser sa fierté de père et le privilège qui est le sien de vivre ces moments-là.
La victoire de Delia du Pommereux a aussi apporté à Sylvain Roger une satisfaction superbe : il remporte son second Groupe 1 après celui décroché il y a trois ans, au printemps 2018, avec le frère de Delia du Pommereux, Enino du Pommereux (Coktail Jet), tous deux issus de Noune du Pommereux, "jument de grande classe mais que je n'avais jamais réussi à faire tourner" expliquera-t-il dimanche soir avant d'ajouter : "j'ai bien fait de convaincre M. Lolic de la garder à l'élevage à l'époque !". C'est le moins que l'on puisse dire. Noune du Pommereux affiche aujourd'hui à son palmarès un Prix de France, un Critérium des 4 Ans, deux Prix du Bourbonnais, deux médailles d'argent dans le Critérium des 5 Ans, un fils demi-millionnaire devenu étalon avec Clif du Pommereux (Love You). Exceptionnel.
Bien assez pour offrir également une grande joie à son propriétaire-éleveur Noël Lolic mais nous ne pourrons vous en rendre compte, celui-ci ayant préféré nous fustiger quand nous avons voulu récolter ses impressions, sur le thème "je ne parle pas à ces journalistes qui n'ont pas dit un mot sur Délia avant la course, il n'y en avait que pour Guarato et Bazire !". De quoi nous plonger entre stupeur et déception mais passons, histoire d'éviter le mal de tête.

Le cas Face Time Bourbon

Dans le clan du double vainqueur de Prix d'Amérique, il a en revanche certainement été difficile de passer à côté de la... prise de tête. Les réactions se sont succédées au micro mais aussi sur Twitter, réseau social largement utilisé pour déclarer son point de vue officiel. Comme l'a fait Antonio Somma, le propriétaire principal de Face Time Bourbon, hier soir : "LES COURSES SE GAGNENT SUR LA PISTE. Trop de confiance, trop de confiance et de présomption coûtent à FTB le Prix de France. FACE TIME BOURBON est un CRACK mais ce n'est pas une machine. Gagner ou perdre est {la nature} d'une compétition sportive. Félicitations au gagnant."
Soit beaucoup d'informations en un seul message. Tout d'abord la sportivité teintée de politesse en félicitant la lauréate. Ensuite, il y a le choix d'écrire en majuscule la première phrase, comme pour appuyer ce qui ressemble tout de même à une lapalissade. Faut-il en déduire que rien ne sert de trop parler avant ? Possible d'autant que la suite est sans équivoque : "trop de confiance et de présomption". Soit mais de la part de qui ? Sébastien Guarato a quant à lui affirmé à juste titre que son cheval était parfait pour réaliser le doublé. On ne peut pas le lui reprocher a priori, ni de jouer le jeu des médias et des interviews, lesquels rappelons-le à toutes fins utiles, sont là pour informer le public. En fait, et même s'il ne la nomme pas, Antonio Somma veut certainement parler de la drive de Björn Goop, jugée par d'aucuns trop offensive, surtout en comparaison avec celle d'il y a quinze jours dans le Prix d'Amérique (voir page suivante). Une hypothèse largement confirmée en lisant toujours sur Twitter (compte de Claude Piersanti, journaliste) l'information selon laquelle Antonio Somma a dit après course : "Encore une erreur tactique de Björn Goop et il ne drivera plus le cheval." Contacté ce lundi matin, Gaetano Pezone, agent de la Scuderia Bivans en France, ne nous a pas démenti ces propos même s'il ne pouvait pas être présent sur place dimanche. Il se base sur son échange avec Antonio Somma de dimanche soir : "En effet, il pense que Björn Goop a fait une erreur et qu'il ne sera plus associé à Face Time Bourbon après une autre erreur. Mais on a une réunion mercredi et on saura."

Soit Antonio Somma reste sur cette position et le Prix de Sélection se court bien avec Björn Goop au sulky de Face Time Bourbon, soit il va plus loin et en décide autrement (en consultation avec ses associés ?). Dans la première hypothèse, il se permet de conclure le meeting d'hiver avec le même pilote et se donne du temps, à froid, d'analyser ensuite la situation. Car, hypothèse la plus extrême, s'il décide de se passer des services de Björn Goop, qui driverait Face Time Bourbon ? Éric Raffin, David Thomain et Franck Nivard sont, semble-t-il, engagés moralement avec d'autres trotteurs et leurs entourages. Reste Matthieu Abrivard, plus libre, et Gabriele Gelormini qui va bientôt voir la carrière de Billie de Montfort s'achever et dont la nationalité italienne pourrait être un atout sérieux. Nous saurons mercredi mais la tendance est clairement négative pour le Suédois à en juger par le dernier tweet d'Antonio Somma lundi à la mi-journée : "5 fois 2ème [pour Face Time Bourbon], parce que Goop a mal piloté, cela signifie que Goop a mal piloté 30% du temps, c'est inacceptable".


Parole à la défense

Björn Goop se trouve donc sous le feu des critiques. À plusieurs reprises, en quelques mois, ses options avec Face Time Bourbon ont été publiquement remises en cause par l'entourage du champion. À l'automne, son attentisme dans la Finale du Grand Prix de Loterie en Italie lui avait été reproché. D'autres fois, c'est au contraire son goût pour l'offensive qui lui valait valu des remontrances ou du moins quelques réserves. Bref, Björn Goop n'a clairement pas un métier facile.
Dimanche, en conférence de presse, l'homme aux douze Casques d'Or et aux plus de 7000 victoires a appuyé sur le comportement de son cheval, précisant : "Il a trop tiré aujourd’hui. Normalement, il ne tire pas comme cela. C’est pour cela qu’il a été fatigué pour finir." Il aurait pu aussi ajouter qu'une oeillère était descendue trop tôt et qu'elle avait certainement fait réagir Face Time Bourbon. Mais, gentleman, il n'a pas souligné ce fait. Puis il est revenu sur la configuration de course modifiée par la disqualification de son premier grand rival : "La faute de Davidson du Pont a tout changé. Il était devant moi et la course ne se serait pas courue de la même manière sans sa faute."
Enfin, trop intelligent pour ignorer qu'il fallait rapidement éteindre le feu naissant sur les réseaux sociaux, il a déclaré à son tour sur Twitter (du Suédois au Français selon la traduction automatique du réseau social) : "Aujourd'hui, nous avons perdu le combat à Vincennes mais nous nous sommes battus honnêtement et bien. Un grand bravo à l'équipe Delia Du Pommereux et Eric Raffin qui ont gagné. Nous avons perdu un combat mais avons gagné la guerre il y a deux semaines. Perdre c'est apprendre et nous reviendrons forts à nouveau. Face Time est un champion."
Cette déclaration suffira-t-elle à apaiser les tensions ? Nous le saurons ces prochaines heures. Il était en tout cas important pour l'homme aux trois Prix d'Amérique de rappeler qu'il y a quinze jours, il avait largement contribué au triomphe de Face Time Bourbon dans le Prix d'Amérique. Sa décision, qu'il avait qualifiée après coup de naturelle alors qu'elle pouvait apparaître remarquable en direct, de créer un intervalle pour prendre le dos de Bahia Quesnot en bas de la montée au risque de se faire couvrir ensuite, avait fortement penché dans la balance victorieuse. Dans l'établissement du nouveau record de la course aussi, sans aucun doute. Pourtant, hier dimanche, Björn Goop a cette fois décidé de ne pas prendre le dos de la même Bahia Quesnot qui semblait pourtant vouloir s'offrir à lui dans la plaine. Deux instants analogues, deux choix opposés, deux résultats différents. Des décisions à prendre en l'espace de quelques secondes voire dixièmes de seconde. Plus facile à analyser de nos fauteuils et canapés qu'à prendre dans le sulky. Mais c'est la loi du sport : les jours de victoire, la star récolte les lauriers et les supporters sont plus audibles quand, les jours de défaite, les tomates fusent et les détracteurs donnent de la voix.
Prochain épisode mercredi donc.

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