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Actualité - 19.02.2021

Les Perrine et les Critériums, la belle histoire

Au quotidien, Elisabeth s'occupe de l'élevage.
Jean-François Mary

La participation d’Infant Perrine dans le Prix Comte Pierre de Montesson – Critérium des Jeunes (Gr.1) met en lumière un label d’élevage de référence, celui de Jean-François Mary. L’homme affiche quinze participations de ses élèves dans les Critériums. Mais cette fois, l’équation est un peu différente puisque son représentant est préparé par son fils Charles-Antoine. Et là, il s’agit bien d’une première.

Comme son nom le signale immédiatement, Infant Perrine (Atlas de Joudes) est un ressortissant de l’élevage mayennais de Jean-François Mary. Le professionnel de 62 ans en a été le propriétaire exclusif et l’entraîneur jusqu’en décembre avant qu’il ne vende 80 % à une "drôle" d’association de passionnés de la région angevine emmenée par Jean-Louis Naudin [lire en page 4]. Le cheval est désormais passé sur la bannière d’entraînement du fils aîné, Charles-Antoine, dit Charly. Il aura fait moins de cent mètres de porte de box à porte de stalle, tout en restant sur le même site d’entraînement. Nous sommes au Haras de La Perrine, à Grez-en-Bouère en Mayenne, à quelques minutes de voiture de Meslay-du-Maine et guère plus de Château-Gontier. Toujours copropriétaire, d'Infant Perrine, Jean-François Mary nous apprend : « C’était une des conditions de la vente, je voulais qu’il reste à l’entraînement chez mon fils Charly, sur le site familial. »
Courir un Critérium n’a rien d’exceptionnel pour celui qui apparaît six fois au palmarès comme éleveur d’un vainqueur, avec un quartet magique composé de Fleuron Perrine (Critériums des 3, 4 et 5 Ans), Gavroche Perrine (Critérium des 3 Ans), Hermès Perrine (Critérium des 4 Ans) et Django Riff (Critérium des Jeunes).

Jean-François Mary comme éleveur dans les Critériums
15 Critériums disputés / 6 victoires / 2 deuxièmes places / 1 troisième place / 2 quatrièmes places
Fleuron Perrine (3 Critériums courus) : Critérium des 3 Ans (1er), Critérium des 4 Ans (1er), Critérium des 5 Ans (1er)
Gavroche Perrine (3 Critériums) : Critérium des Jeunes (disqualifié), Critérium des 3 Ans (1er), Critérium des 4 Ans (2e)
Hermès Perrine (1 Critérium) : Critérium des 4 Ans (1er)
Unabella Perrine (1 Critérium) : Critérium des 3 Ans (9e)
Django Riff (5 Critériums) : Critérium des Jeunes (1er), Critérium des 3 Ans (2e), Critérium des 4 Ans (6e), Critérium Continental (4e), Critérium des 5 Ans (3e)
Gatsby Perrine (2 Critériums) : Critérium des Jeunes (4e), Critérium des 3 Ans (non placé)


Il y a deux périodes dans cette saga des Perrine (et assimilés puisque Jean-François Mary est coéleveur de Django Riff) dans les Critériums, comme les peintres construisent leur œuvre en bougeant les fondements de leur geste pictural. La première est le fruit du rapprochement de Jean-François Mary avec son quasi voisin Jean-Baptiste Bossuet dans les années 1990. C’est l’époque de Ténor de Baune, le crack aux trente victoires consécutives qui trouvera dans la génétique des Perrine matière à quelques-uns de ses plus beaux chefs d’œuvre. Et il y a celle plus récente, partagée avec sa compagne Elisabeth Allaire, la sœur de Philippe.

Deux lignées fondatrices
Ces deux époques renvoient pourtant aux mêmes souches, deux en l’occurrence. Jean-François Mary les développent comme l’avait fait avant lui son père, l’icône mayennaise Jean Mary, très tôt disparu en 1986, à moins de 54 ans. Il y a d'abord la lignée de Frelatée (1949) - Douce Touche (1969) qui passe par Tina Perrine pour aboutir à Gavroche Perrine et celle qui empreinte la voie Petite Perrine pour donner Django Riff, Unabella Perrine et Gatsby Perrine. Et il y a ensuite la lignée de Miss des Ramiers (1956) pourvoyeuse du triple vainqueur de Critérium Fleuron Perrine et de son propre-frère Hermès Perrine.

Hermès Perrine, sauvé par un Quinté+ quatre jours plus tôt
Il s’en est passé de peu que Hermès Perrine (Ténor de Baune) ne remporte pas le Critérium des 4 Ans en 1999. Non pas pour une insuffisance de performance le jour J où il battra Hulk des Champs sous la responsabilité de… Philippe Allaire. Mais plutôt en raison d’une insuffisance de gains. Jean-François Mary se rappelle : « Jean [Jean-Baptiste Bossuet] lui avait fait remporter le quinté du mardi précédent. C’est avec ces gains-là qu’il est entré dans la liste des partants du Critérium, samedi, quatre jours plus tard. Il portait d’ailleurs le numéro 1. Sans la victoire du mardi, il était éliminé dans le Critérium. » Comme quoi, de grandes victoires tiennent parfois à quelques euros près (plutôt des Francs à l’époque).


L’importance du budget « saillies »
L'investissement dans l'élevage passe, entre autres, par les saillies. Jean-François Mary nous parle de sa montée en gamme : « Pour un petit éleveur comme moi, c’est toujours une grande fierté de courir un Critérium. Et déjà, courir une telle épreuve veut dire que le cheval est bon et a pris des gains. Pour moi, le but a toujours été de monter en gamme. J’ai toujours investi dans les saillies même quand c’était financièrement difficile. Aujourd’hui, je vais à Feliciano, Helgafell, Dollar Macker, Django Riff, Bird Parker [NDLR : dont Elisabeth est copropriétaire]. Avec Elisabeth, on n’a pas de part de Ready Cash. On en a deux produits de Ready dans les "I" mais on a payé les saillies. Dans ma vie, j’ai voulu acheter deux parts d’étalon : Coktail Jet et Ready Cash. Et je n’ai jamais pu le faire car les banquiers n’acceptaient pas de me suivre. »

L’élevage avec Elisabeth Allaire
Jean-François Mary cite souvent Elisabeth Allaire, sa compagne, pour son rôle essentiel dans son élevage. Ensemble, ils sont coéleveurs de Django Riff et de Get Happy. « Avec ses relations, elle nous a permis d’accéder à des saillies auxquelles nous n’aurions pas pu aller sans elle. Cela a été important évidemment. Et, au quotidien, c’est elle qui s’occupe de l’élevage, plus que moi. Elle emmène toutes les juments à la saillie et s’occupe de toutes les mères et de leurs poulains au printemps. C’est une hyper active et une bosseuse incroyable. »

La saga Perrine/Bossuet
Cela nous renvoie aux années 1990. Jean-Baptiste Bossuet remporte cinq Critériums avec les Perrine, tous fils de son crack Ténor de Baune : Fleuron, Gavroche et Hermès Perrine. Jean-François Mary nous confie : « J’ai plein d’anecdotes avec Jean [Jean-Baptiste Bossuet]. À l’époque, on était tout le temps ensemble. Je me souviens d’une fois avec Fleuron je crois. Le cheval était parti en camion devant et, nous, nous étions partis derrière en voiture, en retard. En arrivant à Chartres, j’avertis Jean qu’il faudrait mieux faire le plein car je pensai que cela pouvait être juste. « Ça ira, ça ira » me répond t-il. En fait, on est arrivé dans la dernière station avant Paris, à Palaiseau, en roue libre. La voiture s’était mise à tousser quelques centaines de mètres plus tôt. Jean n’était jamais paniqué. Avec lui, je n’étais jamais tendu pour les courses. J’avais totalement confiance en lui. Il me disant avant : « Ça va se courir comme cela. On va courir comme ci, comme ça. » Et c’était toujours comme il l’avait dit. Je n’ai jamais été inquiet avec lui, même dans les Critériums. »

Les débuts de Gavroche Perrine
Champion précoce, Gavroche Perrine a pourtant perdu lors de ses débuts à Laval. Jean-François Mary nous explique : « Cela faisait six mois que Jean me disait qu’il ne pourra pas perdre avec Gavroche en débutant... à moins de tomber. Le jour J, à Laval, sur 2200 mètres, il est percuté au départ par un adversaire, Gavroche met un genou à terre et perd un protège-genou. Le départ n’est pas repris et quand le cheval s’élance, il a perdu cent mètres. À l’entrée du premier tournant, il a est côté de l’animateur ! Un certain Général du Pommeau que l’ont ne connaissait pas évidemment. Il avait déjà débuté à Cherbourg si je me souviens bien (2e). Ils sont à la lutte à la fin et Gavroche est battu d’un rien. Jean faisait une gueule comme ça. »

Le rendez-vous manqué de Marybée dans les Critériums
Elevée officiellement par son père Jean, Marybée (Buffet II) a disputé les Critériums des 3 et 4 Ans sans s’y placée. En fin d’année de 4 ans, elle avait aligné trois succès consécutifs, battant dans un semi-classique Minou du Donjon. Jean-François nous explique : « Elle avait ensuite fait des coliques à Grosbois et on découvrira quelques mois plus tard qu’elle avait la piroplasmose. Et, ensuite, ce n’était plus la même jument. »


Django Riff, plus jeune syndiqué à son époque et gros enjeux
La victoire dans le Critérium des Jeunes de Django Riff a joué l’effet d’un accélérateur dans sa carrière de reproducteur. Jean-François Mary nous apprend : « Philippe [Allaire] ne voulait pas le syndiquer tout de suite, aussi rapidement lors de son année de 3 ans. Il voulait attendre l’été, au moins le « Albert Viel ». Mais on a eu tellement de demandes après le Critérium des Jeunes qu’on l’a syndiqué dans la semaine. Et, à l’époque, il a été le plus jeune trotteur syndiqué en France. Cela ne se faisait pas encore de réaliser une syndication en février des 3 ans alors que les étalons ne peuvent entrer au haras qu’à l’âge de 4 ans. Cela a été refait depuis, avec Helgafell notamment. » Le Critérium des Jeunes de Django Riff revêt un caractère important pour Jean-François Mary : « Il avait tout gagné avant. Il ne fallait pas qu’il perde le Critérium. Et puis il y avait le gros enjeu de sa carrière d’étalon. Moi, ça m’a changé la vie. »
Sur le début de la carrière d’étalon de son élève, Jean-François Mary ajoute : « Cela se passe bien. Il est actuellement bien classé en France avec ses premiers produits, les "I" [4e père par le nombre de qualifiés : 42]. Surtout, ses produits se qualifient dans plein de maisons différentes, chez des entraîneurs différents. »


L’aventure Infant Perrine

Revenons à Infant Perrine (Atlas de Joudes). Jean-François a d’abord exploité son élève avant de le vendre en partie à une association [lire page suivante]. Il nous présente son représentant en ces termes : « Il a toujours été bon. L’an dernier aux mois de février et mars, il faisait déjà 500 mètres sur le pied de 11 [NDLR : 1’11’’ en réduction kilométrique]. On l’avait loupé lors de sa première présentation aux qualifications. C’était au Mans et mon frère Jean-Philippe était au sulky. Dans le dernier tournant, il était au petit trot et quand il s’est décalé, il s’est précipité et a pris le galop. Il s’est donc qualifié à son deuxième essai, à Laval avec Charly au sulky. » Passé en 1’18’’5 le 26 mai 2020, le cheval avait reçu une étoile de la part de Province Courses l’Hebdo avec ce commentaire : « Tout de suite en tête, passe en 1'19 à mi-parcours et remporte son lot avec sûreté (second kilomètre en 1'18). Il développe de grandes allures et a tendance à aller aux coudes. »
Ce sera une première de voir Charly Mary avec un représentant de son père au départ d’un Critérium. L’entraîneur a déjà eu deux partants dans de tels classiques : Rapide des Bois (Critériums des 3 et 4 Ans) et Volcano Vici (Critérium des 5 Ans). Pour Jean-François Mary : « C’est génial. Le but, c’est cela. Je vais de plus en plus vendre quelques gros numéros en vente pour faire tourner l’entreprise et dispatcher le reste de mon effectif chez mes enfants. J’ai 62 ans et je ne vais pas entraîner jusqu’à 80 ans… »



Alors donc, que font les autres enfants Mary ? François-Xavier Mary, maréchal ferrant à son compte, a logiquement en charge la maréchalerie de l’élevage et de l’entraînement de son père. Il a contribué à l'actuelle réussite d'Infant Perrine en lui trouvant ses bonnes "chaussures". Jean-François Mary peut aussi compter sur ses deux autres fils entraîneurs Charly et Pierre-Edouard, dit Peter, installé à proximité de Laval. Lui a notamment la charge d’un certain Feder Perrine, lauréat à Vincennes en janvier.
Au sujet d’Infant Perrine, Jean-François Mary nous apprend encore : « Rien n’était forcément prévu comme cela. En fait, j’avais proposé Infant au mois de février [2020] à Joël Séché et Jean-Luc Bigeon - qui n'ont pas donné suite - car j’ai eu mes chevaux malades pendant deux ans. J’ai eu plusieurs générations touchées : les E, les F et les G. J’ai eu intoxication alimentaire et ensuite un staphylocoque dans les poumons. Pendant deux ans, je n’ai pas rentré d’argent. »

Infant Perrine : un club de 10 associés
Jean-François Mary a vendu 80 % d’Infant Perrine en fin d’année dernière. C’est Jean-Louis Naudin, une figure de l’hippisme du Maine-et-Loire, qui a été à l’initiative de la transaction. L’homme n’en est pas à son coup d’essai. Ami de longue date de Stéphane Michel, il a été son associé sur First du Porto par exemple avant de créer, il y a quelques années avec l’entraîneur, l’Ecurie de la Censerie, composée de 59 associés. Le collectif est actuellement propriétaire de Cronos d’Hameline chez Stéphane Michel mais a aussi acheté Duang Taa chez Charles-Antoine Mary en septembre dernier. « C’est à ce moment que Charly Mary me parle d’un bon 2 ans que possédait son père. » Après plusieurs contacts, « on a acheté 80 % du cheval à Jean-François Mary. Nous sommes neuf, tous des amis. Certains sont membres de l’Ecurie de la Censerie, d’autres possèdent ici leur premier cheval » continue Jean-Louis Naudin. Neuf associés et Jean-François Mary, voilà comment on arrive à la dizaine. « Avec ce qu’il nous arrive, il n’y a pas mieux pour fédérer un groupe. » L’émotion monte crescendo pour dimanche. Mais Jean-Louis Naudin a déjà "poussé le bouchon très loin" et garde un souvenir particulier de la dernière victoire d’Infant, dans le Prix Léopold Verroken : « Pour moi, il y avait une dimension très personnelle car, dans ma jeunesse, j’étais un fan de Jorky. Alors remporter le Prix Leopold Verroken [l’homme de Jorky], c’était très fort. Il faut dire que j’ai un problème de cœur qui traîne depuis plusieurs mois et, lundi matin, au lendemain de sa victoire, j’ai dû aller à l’hôpital car mon cœur s’emballait. J’y suis resté toute la journée. J’espère que j’arriverais mieux à me contrôler dimanche. » Ou quand la passion se teinte d’humour.

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