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Actualité - 27.02.2021

Délia, Bahia, Flamme : les grandes juments de l'hiver

Elle n’aime pas les courses avec des à-coups.
Sylvain Roger

Délia du Pommereux vient de connaître la consécration suprême qui manquait encore à son palmarès en remportant le Prix de France Speed Race. La représentante de Noël Lolic trouve désormais l’occasion d’un doublé historique, à l’apanage de très peu de juments. Mais Bahia Quesnot et Flamme du Goutier sont deux autres grandes figures du meeting d’hiver chez les juments en quête de nouvel exploit.

Quel est le classement des meilleurs trotteurs de l’hiver par les gains ? Face Time Bourbon (Ready Cash) survole le tableau, grâce notamment à son succès dans le Prix d’Amérique ZEturf (Gr.1). Il affiche un total de 680 500 € d’allocations durant l’hiver et précède Bahia Quesnot (Scipion du Goutier), à 430 150 €, Flamme du Goutier (Ready Cash), à 426 750 €, et Délia du Pommereux (Niky), avec 312 000 €. Trois juments donc sont les premières dauphines du crack. Trois grandes juments qui trouvent l’occasion dans le Prix de Paris Marathon Race (Gr.1) de parachever leur fantastique meeting. Le palmarès n’est pas avare de lauréates même si elles restent assez largement minoritaires face aux mâles. Neuf éditions sont l’apanage de gagnantes depuis 1980. Neuf années donc mais seulement six juments différentes dans le tableau d’honneur car deux d’entre elles, Vourasie (Fakir du Vivier) et Bélina Josselyn (Love You), ont multiplié leur titre. Il s’agit de Katinka (1983), de Vourasie (1993 à 1995), Orla Fun (2008), Private Love (2010), Roxane Griff (2012) et Bélina Josselyn (2019 et 2020).
La liste a plutôt fière allure. Elle souligne aussi que le dernier volet du grand triptyque hivernal de Vincennes est revenu à la même championne ces deux dernières années. Aucune prétendante du même niveau, du mois par son palmarès (Bélina Josselyn a remporté chacune des épreuves des Ultimate Finals : Prix d’Amérique, Prix de France et Prix de Paris), ne se présente cette fois. Néanmoins, Délia du Pommereux, Bahia Quesnot et Flamme du Goutier ont capté beaucoup de lumière durant ce meeting et mériteraient chacune d’inscrire son nom au palmarès du Paris. Ajoutons que pour chacune, il y a aussi en jeu une séquence bien particulière et différente.

Délia du Pommereux

Son triomphe a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel du trot. Non seulement Délia du Pommereux a remporté le Prix de France Speed Race (Gr.1), le 14 février dernier, mais elle a aussi défait le crack Face Time Bourbon dans une édition qui s’est bouclée dans la même réduction kilométrique que celle de 2007, celle du record de 1’09’’8 de Kool du Caux. Cela fait beaucoup en une seule course. Délia a produit en cette occasion une fin de course dont elle a le secret. Elle a signé le meilleur dernier kilomètre (1’10’’7) et les meilleurs 500 derniers mètres (1’09’’4), étant d’ailleurs la seule du peloton à descendre sous les 1’10’’ dans le final ce jour-là. Délia du Pommereux a la distance dans les jambes, comme le prouvent notamment sa deuxième place dans le Critérium des 5 Ans (Gr.1) et sa cinquième place dans le Prix de Paris 2020. Avec le temps, celle qui sera la partenaire d’Eric Raffin, a peut-être, pourtant, un peu perdu en tenue. C’est du moins ce qu’il ressort des derniers propos de Sylvain Roger, après le triomphe de sa pensionnaire dans le Prix de France : « La jument a été magnifique [dans le France] et Eric l’a très bien menée. Elle avait été très grande dans le Prix de Bourgogne déjà où elle finissait très vite et avait failli battre Face Time. En vieillissant, j’ai l’impression qu’elle est devenue meilleure sur 2100 mètres que sur 2700 mètres. »

La hantise des à-coups
En fait, au-delà de la tenue, c’est sans doute le déroulement de course qui importe le plus à Délia du Pommereux. Sylvain Roger encore : « Elle n’aime pas les courses avec des à-coups et quand cela se joue sur un démarrage. Elle est meilleure quand la course est rythmée, sélective et limpide comme aujourd’hui [après le Prix de Bourgogne 2021 dans lequel elle conclut troisième]. » Beaucoup dépendra du déroulement de course, des relais et de la régularité du tempo de la course dimanche pour Délia.

Comme Vourasie, Masina et Gélinotte
Eric Raffin ? Le Sulky d’Or en titre ne figure qu’une seule fois au palmarès. C’était en 2012 avec Roxane Griff, sa première jument de cœur. Mais plus que Roxane Griff, c’est sur les traces de Vourasie que se lance Délia du Pommereux. La sœur d’Ourasi est en effet la dernière jument à avoir réalisé le même enchaînement France-Paris lors du même meeting, en 1992. Avant ? On trouve la grande Masina, auteure du même « forfait » en 1962. Avant encore ? Il n’y a plus que l’immense Gélinotte, dans le cadre de ses deux triptyques hivernaux de 1956 et 1957. On ferme le ban.

Bahia Quesnot

Elle possède un record bien à elle. Bahia Quesnot sera la seule du meeting à avoir participé aux quatre épreuves les plus dotées, à savoir les trois Ultimate Finals et le Prix de Cornulier (Gr.1). Son succès dans le championnat mondial monté est encore dans toutes les mémoires. Junior Guelpa a su produire avec sa partenaire un meeting sans fausse note. C’est bien la consistance des sorties de la jument de 10 ans qui impressionne. Sa faculté aussi à toujours se relancer à la fin après avoir digéré la montée de Vincennes. Bahia Quesnot a du cœur et de la générosité. L’entraîneur a ajusté la préparation de sa jument ces deux dernières semaines pour travailler sa tenue. Il est un cas à part dans le domaine, les autres professionnels jouant plutôt sur la carte de la fraîcheur avant d’aborder les deux tours de piste imposés par le Prix de Paris. C'est du moins ce qu'il ressort de la conférence de presse de présentation de la course.

Il y a deux jours, Junior Guelpa vient en effet de déclarer aux médias : « Bahia va essayer de faire une belle course comme elle a fait tout l’hiver. Elle est bien calme et souple actuellement au travail. Comme est elle restée bien, on y va même si ce n’était pas le plan initial. Autrement, cela lui aurait fait quatre semaines sans courir avant le Critérium de Vitesse de Cagnes. Il faudra qu’elle soit bien calme et qu’elle respire bien. La tenue, elle l’a. J’ai plus travaillé le foncier les quinze derniers jours pour préparer cette course. J’ai vraiment changé sa préparation pour prendre en compte le fait qu’il y a deux tours de la grande piste. »

Une seule référence : Masina encore
Le dernier vainqueur à avoir laissé son nom aux palmarès des Prix de Cornulier et de Paris durant le même hiver est Jag de Bellouet, en 2004. En 2009, Prince Gédé a bien réalisé l’exploit sur la piste mais avait perdu son titre dans le Cornulier sur tapis vert après sanction des commissaires pour ses allures. Mais si l’on se concentre au tableau des seules juments, le tour d’horizon est vite fait et se réduit à la seule Masina, auteure des faits en 1962. La championne d’Henri Levesque avait aussi ajouté le Prix de France et de Sélection à sa collection du meeting.


Flamme du Goutier

Comme Bahia Quesnot – ce qui n’est pas le cas de Délia du PommereuxFlamme du Goutier prendra part ici à son quatrième Groupe 1 consécutif de l’hiver. Les trois précédents ont eu lieu au monté avec un bilan qui est passé tout près de la perfection, seulement empêché par sa deuxième place dans le Prix de Cornulier (battue par… Bahia Quesnot). Pour le reste, ce sont des victoires dans le Prix de l’Île-de-France et des Centaures (Grs.1). La 6 ans entraînée par Thierry Duvaldestin retrouve ici l’attelé, discipline dans laquelle elle s’est imposée deux fois en début de meeting. L’éclectisme lui va bien. Elle a conclu troisième du Critérium des 5 Ans (Gr.1) l’été dernier, ce qui constitue une garantie très valable en terme de tenue pour affronter les 4 150 mètres du Paris. Le point fort de la fille de Ready Cash est sa pointe de vitesse de 200/300 mètres. Son talon d’Achille ? Sa pointe de vitesse qui n’excède pas 200/300 mètres. Pour le reste, elle est capable de suivre tous les trains et affiche une incroyable décontraction en course. Voilà en fait les deux grandes qualités désignées par Sébastien Guarato lors de la conférence de presse de jeudi pour remporter le Prix de Paris : « Il faut un cheval qui respire bien mais qui sache sprinter très vite. Il faut pouvoir faire 500 mètres très, très vite. »
La séquence proposée par Flamme du Goutier est atypique en amont du Prix de Paris. Seul Vivier de Montfort peut être cité après son doublé Prix des Centaures-Prix de Paris en 1992. Mais à l’époque l’Île-de-France était une préparatoire au Cornulier. Quant aux seules juments, aucune n’a réussi à notre décompte à réaliser le doublé Centaures-Paris. Ce serait donc une première.

Une autre triplette qui mérite considération

Féerie Wood (Rockfeller Center), Chica de Joudes (Jag de Bellouet) et Décoloration (Prince d’Espace) compléteront encore le champ des partantes du Prix de Paris. Chacune mérite considération, les deux premières pour leurs titres et la troisième pour son meeting ébouriffant.

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