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Actualité - 09.04.2021

Bien-être équin : les courses passent à la vitesse supérieure

Un post du vétérinaire Jean Servantie qui interroge sur les bonnes pratiques en terme de médication

Le bien-être animal est devenu un sujet de société par excellence. Et même l’un des grands sujets du moment. Les actions se multiplient et s’enchaînent dans l’univers hippique. C’est la FNCH (Fédération Nationale des Courses Hippiques) qui est en première ligne sur le sujet. Après avoir lancé des actions globales et dessiné un cadre général en début d’année, elle vient de passer à une nouvelle étape, celle de la diffusion aux acteurs du terrain, en l’occurrence les sociétés de courses. Désormais, c’est aussi à leurs niveaux que vont se déployer des actions du plan Bien-Être Equin (BEE).

On est dans une logique d’entonnoir et de déploiement d’un projet vaste et de première importance. Après avoir défini les contours du bien-être équin (BBE) en janvier dernier et avoir créé une marque de communication sur le sujet, notamment dans les réseaux sociaux avec #RaceAnd Care, la FNCH démultiplie ses actions au niveau du terrain de jeu par excellence des courses : les hippodromes.
Avec 2 275 réunions (en 2019) pour plus de 230 hippodromes en activité en France, les chevaux côtoient, au quotidien, par centaines les champs de courses. Véritables façades du sport hippique, ces derniers vont désormais, dans le vaste plan sur le bien-être équin (BEE), participer à leur niveau. La FNCH vient de leur transmettre une série de documents expliquant les divers contenus du déploiement des actions du plan à leur échelle, qui peut se résumer en trois axes majeurs : la considération du cheval, la sécurité, et la reconversion.

2021 : l’année du bing bang BBE après la prise de conscience de 2016
Si un premier pas avait déjà été effectué avec la signature d’une charte sur le bien-être équin en 2016 par les institutions hippiques françaises, dont France Galop et LeTROT, mettant alors en avant un guide de huit mesures qui doivent être adoptées par les professionnels du cheval, c’est ici un nouveau coup d’accélérateur donné par la FNCH, après la présentation d'un plan d’actions en début d’année.


L’hippodrome, lieu stratégique de communication et d'exemplarité pour les courses
Avec plus de 27 000 chevaux à l’entraînement, les hippodromes accueillent au quotidien les chevaux athlètes. Cette nouvelle étape dans le plan du bien-être équin est donc fondamentale. Les hippodromes régionaux ont reçu une série de documents expliquant, à leur échelle, comment contribuer au déploiement des actions du plan. Dans une première circulaire intitulée « les essentiels » (à télécharger par ce lien), la Fédération Nationale des Courses Hippique présente quatre idées principales à retenir.
■ Le bien-être des chevaux de courses a toujours été pris en compte par l’Institution, puisqu’il est la condition même d’une bonne performance en course.
■ De nombreuses réalisations ont déjà été mises en œuvre dans ce domaine (équipements, harnachements, contrôles, etc).
■ Toute initiative visant à améliorer le bien-être des animaux est vécue comme une avancée positive.
■ Un déploiement d’une communication spécifique sur le sujet du bien-être animal auprès du public, politiques, médias et influenceurs.

Une clé majeure : la communication au grand public
Dans une autre synthèse (accessible par ce lien), la Fédération Nationale des Courses Hippiques propose dans ce sens que chaque hippodrome organise, dès 2021, une journée dédiée au cheval et à son bien-être. « Chaque société de course recevra un kit de communication « bien-être équin » avec des messages prioritaires, des bonnes pratiques et des éléments de langage liés au bien-être équin », argumente la FNCH.

Le Label EquuRes
Valable pour une durée de trois ans et bien sûr renouvelable, le label EquuRes a évolué depuis son lancement en 2014. Il contient un volet sur le bien-être équin après avoir intégré les 8 mesures de la charte BBE élaborée et signée par la filière cheval en 2016. Il met à disposition trois niveaux de labellisation et se développe autour de neuf thématiques. Le label est délivré par un organisme de certification indépendant après audit et représente aujourd’hui une marque visible aux regards extérieurs sur l’engagement des courses hippiques dans le bien-être équin. À l’instar de plusieurs établissements équestres et hippiques qui en sont déjà titulaires (comme l’AFASEC de Graignes ou des établissements d’entraînement), tout comme certains hippodromes (Cabourg, Mauquenchy, Deauville, etc.), le label EquuRES devrait continuer son expansion sur les hippodromes. Chaque site pourra ainsi entrer dans une démarche concrète d’amélioration dans les domaines de l’environnement et du bien-être équin, et en faire la preuve aux visiteurs de son engagement.

#RaceAndCare
La création de la marque de communication #RaceAndCare, en janvier, prend de plus en plus d’ampleur dans les réseaux sociaux. L’utilisation du « hashtag » #RaceAndCare met en avant la considération pour le cheval, la sécurité du cheval athlète et la vie après les courses. De nombreux professionnels, mais également instances et médias ont eu recours à ce « hashtag », qui rallie d’une seule voix tous les acteurs du bien-être équin.



2021, une année clé pour le bien-être équin et ses quatre axes d'action
En janvier dernier, la première phase du « plan d’action opérationnel - bien être équin » avait été bâti sous l’égide de la Fédération Nationale des Courses Hippiques, avec quatre axes principaux :
• La collecte d’informations pour mieux comprendre, mieux communiquer et prendre les bonnes décisions.
• L’évolution, lorsque cela est nécessaire, des dispositions réglementaires des codes des courses.
• L’influence et la communication.
• Le rôle stratégique des hippodromes.

La communication vers médias, prescripteurs et décideurs
Au cœur de nombreux débats, et soumis à une vive sensibilité du grand public sur ce sujet, le bien-être des équidés de course peut faire l’objet de questionnements par les médias ou les politiques. Ainsi, la FNCH met en place un contact spécifique pour les médias mais aussi un processus dédié aux professionnels et aux sociétés de course pour répondre aux préjugés sur la filière et quant aux conditions des chevaux de course. Le mail : bienetreequin@lescourseshippiques.com est à leur écoute pour les conseiller. La FNCH a également instauré une procédure de gestion des demandes d’interviews des journalistes, avec des informations à recueillir lors de la première prise de contact des médias afin de cerner au mieux leur demande.
Au regard de la portée politique du sujet, décideurs et influenceurs seront aussi une cible à informer à travers des « actions de lobbying » : au niveau national et européen, auprès des Groupes Cheval et condition animale du Sénat et de l’Assemblée Nationale, des Ministères et du Parlement Européen, au niveau local auprès des collectivités territoriales, mais aussi auprès des médias et des influenceurs : associations de protection des animaux, les Youtubeurs, blogueurs, etc.

La crise, un catalyseur sur le bien-être équin
Président du Syndicat des Entraîneurs, Drivers et Jockeys de trot (SEDJ), Stéphane Meunier nous a parlé de la bonne temporalité pour aborder ce sujet : « À l’heure actuelle, il y a une vraie prise de conscience sur le sujet du bien-être animal qui sera, après la crise de la Covid, notre deuxième gros chantier commun. C’est le côté positif de cette crise. »
La crise sanitaire encourage aussi la société à recréer des liens avec le monde du vivant, selon Guillaume Blanc, Directeur de l'Accompagnement à la Filière Equine à l’IFCE. Il nous expliqué à ce sujet dans le cadre de la sortie du dernier rapport sur les impacts de la crise : « Pour le cheval, la crise a permis au contraire de rebondir. Pour deux raisons : par nature toute la filière est dans une logique de distanciation physique (entre les hommes et femmes) et le cheval est porteur des valeurs de ceux qui recherchent un retour aux relations avec l’animal. Cela fait partie des aspects positifs pour la filière Cheval. C’est un mouvement global que l’on retrouve aussi dans le bien-être animal. »

Commission du Bien-Être Équin de LeTROT
Réunie le 1er avril dernier, la Commission de BEE de LeTROT s'est vue présenter le bilan des différentes rencontres avec les associations et entreprises spécialisées en reconversion de chevaux de courses. Les "débats ont été nourris et intéressants" nous a dit Arnaud Duluard, chef du département élevage et santé animale, mais il n'a pour le moment pas été statué d'éventuel(s) partenariat(s) pour recommandation au Conseil d’Administration. Pour ce faire, la Commission a décidé d'avancer la date de sa prochaine réunion au 20 avril.


CAS CONCRET : FRONTIÈRE ENTRE MÉDICATION ET SURMÉDICATION

Dans la notion de bien-être, le volet médical et traitement occupe évidemment une place primordiale. Sur ce sujet, n'assiste t-on pas à un usage abusif de la médication équine à des fins de performances immédiates et sensationnelles au détriment de la santé et du long-terme ? Le docteur vétérinaire Jean Servantie a publié une communication dans le sens d'une dérive dommageable en ce sens dans les courses [lire ci-contre]. Nous avons sollicité, sous forme de réponse et sur le même sujet, l'avis d'un autre praticien vétérinaire.

Opinion de Matthieu Cousty, vétérinaire à la clinique du Livet (14).
« Les performances de plus en plus élevées chez le trotteur de course soumettent l’appareil locomoteur à rude épreuve. Ces efforts augmentent le risque d’apparition de pathologies aigües et chroniques. Dans ce contexte, un véritable suivi sportif devient impératif. La concertation entre les vétérinaires, les entraineurs, les maréchaux-ferrants et tous les autres intervenants devient un impératif pour le bien-être du cheval.
L’identification des lésions primaires susceptibles d’engendrer un problème locomoteur aigu est primordiale. L’examen clinique général et l’examen locomoteur en particulier reste les principaux outils d’un bon suivi. Les techniques d’imagerie sont maintenant largement disponibles pour poser un diagnostic clair et précis. L’amélioration des appareils des techniques conventionnelles (radiographie, échographie) permet de disposer d’un très bon support sur le terrain. Les techniques d’imagerie avancées (IRM, scintigraphie, scanner) sont un recours intéressant maintenant accessibles dans plusieurs centres en France.
Le suivi des lésions chroniques doit être rigoureux sans tomber dans l’excès. La médecine régénérative permet de limiter le recours aux substances médicamenteuses. Les thérapeutiques physiques, comme le laser ou les ondes de choc, sont une alternative efficace pour certaines pathologies chroniques. Soulager sans dégrader doit être une priorité.
En résumé, un bon suivi du cheval permettant de connaître ses « zones douloureuses » est préférable à une thérapeutique excessive d’infiltrations multiples qui permettra par chance de traiter une « zone douloureuse » non objectivée mais traitée.
Les vétérinaires « sportifs » ont compris ces grands enjeux. Ils sont aussi conscients de la nécessité de combiner l’approche médicale avec d’autres interventions comme la maréchalerie, la physiothérapie ou d’autres approches. Plus que jamais, la notion de convalescence contrôlée doit être abordée en concertation avec l’entraîneur pour éviter un recours excessif aux moyens thérapeutiques médicamenteux.
Les efforts récents de la filière concernant les mesures suite aux infiltrations, sur les vésicatoires et les feux en raies sont positifs. Le bien-être du cheval de course est tout à fait compatible avec une médecine vétérinaire moderne et respectueuse. »

Sur la même ligne que Matthieu Cousty, Gilles Baratoux, vétérinaire équin à Meslay-du-Maine, nous a aussi déclaré : « On vient de voir apparaître un changement de politique avec des délais de possibilité de traitement raccourcis. Cela va aussi changer la façon de travailler avec certains clients qui poussent par eux-mêmes, dans une logique d'efficacité maximale à leurs yeux, à multiplier les traitements. » La surmédication, comme toute surconsommation, se retrouve aussi (et souvent ?) dans notre cas à l'initiative des consommateurs.

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