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Actualité - 03.05.2021

Dominik Cordeau nous a quittés

Tweet d'hommage de Guillaume Gillot

L’information est tombée ce lundi après-midi. Dominik Cordeau est décédé un peu plus tôt dans la journée, emporté par une crise cardiaque. La nouvelle est abrupte et inattendue. Le professionnel avait encore passé tout son dimanche sur l’hippodrome d’Angoulême dont il était le président.

Si une grande partie de la carrière de Dominik Cordeau aura été marquée par la région du Sud-Ouest rappelons qu’il était installé dans la Vienne, à Champagné Saint-Hilaire. C’est ici qu’il formera son champion Galopin du Ravary (Arzel de Gournay), vainqueur du Prix de Paris (Gr.1) 2000, trois semaines après avoir pris la deuxième place du Prix d’Amérique (Gr.1) de Général du Pommeau (Sébrazac), précédant en l’occasion Varenne (Waikiki Beach) et Remington Crown (Lord Of All).
Né en 1958 dans les Charentes, Dominik Cordeau, fils d'entraîneur, avait investi les anciennes écuries du baron de Rothschild au Haras de Champagné Saint-Hilaire en 1990. Et depuis trois décennies, il était l’une des grandes figures du Sud-Vienne, rayonnant sur tout le Sud-Ouest et le Centre.
Son palmarès comme entraîneur (plus de 1 900 victoires) comme driver (quasiment 1 300 succès) en fait l'un des professionnels les plus capés de la région. Ses différents engagements au service de la filière hippique sont aussi largement cités depuis sa disparition. De nombreux témoignages nous parviennent ce soir, de toutes parts, louant sa disponibilité et sa conviction que les courses valaient qu'on se battent pour elles.

De Arzel de Gournay à Aribo Mix
Dominik Cordeau a su façonner plusieurs chevaux de très grands talents avec, comme premier d’entre eux Arzel de Gournay (Gazon), avec lequel il allait atteindre le niveau semi-classique au début des années 1990. Troisième du Prix Octave Douesnel (Gr.2), Arzel de Gournay (qui quittera la scène avec 261 801 € de gains en 1996) allait devenir le père du champion Galopin du Ravary, le cheval qui fera vraiment basculer Dominik Cordeau dans le haut niveau international. Suivant la marque du professionnel qui aimait faire vieillir ses représentants pour leur laisser le temps de s’épanouir, Galopin du Ravary gravira gentiment les échelons et affichera ses ambitions contre les meilleurs à l’âge de 5 ans, remportant ainsi le Prix Doynel de Saint-Quentin (Gr.2) dans ce qui était sa première tentative semi-classique. Deuxième quelques mois plus tard du Prix d’Amérique, dans une édition légendaire en temps record, s’intercalant entre Général du Pommeau et Varenne, il remportera dans la foulée le Prix de Paris, devant Giant Cat et Goetmals Wood. Victime d’ennuis de santé, le champion connaîtra une fin de carrière à éclipse, capable de coups d’éclats (2e du Prix de Belgique 2001 par exemple). Ses gains sont montés à 652 594 €. Dominik Cordeau était bien sûr à tous les niveaux de cette réussite, comme entraîneur et driver et pour ses propres couleurs.
Frère de Galopin du Ravary, et représentant comme lui l’élevage viennois de Jean et Gérard Laborie, Magot du Ravary (Cygnus d’Odyssée) a pris le relais. Plus précoce, il est resté invaincu à l’âge de 3 ans en sept tentatives, concluant cette série par une victoire à Vincennes dans le Prix de Château-Chinon (Gr.3) en décembre. Trois fois vainqueur semi-classique à 4 et 5 ans, quatrième du Critérium Continental (Gr.1), il dut se retirer de la compétition à 6 ans sur des soucis de santé avec un compte en banque de 467 140 €.
Il y eut aussi et encore Loulou Jet (Echo – 460 050 € de gains), Seigneur Aimef (Kiwi – 397 950 €), Roquépine Blanche (Hulk des Champs – 479 330 €). Et le dernier en date est Aribo Mix (Rêve des Vallées – 547 620 €), capable de fin de courses exceptionnelles. En 2018, Aribo Mix avait réalisé un dead-heat d’anthologie avec Aubrion du Gers dans l’étape du Grand National du Trot (Gr.3) d’Agen.

Le dernier succès de Dominik Cordeau, à la fois comme entraîneur et driver, est en date du 12 février avec Gentle Dream (Royal Dream) à Toulouse. Le professionnel affiche un total de quasiment 1 300 victoires comme driver (1 292 d'après LeTROT) et de plus de 1 900 comme entraîneur.






LA RÉACTION DE LeTROT

À l'annonce du décès de Dominik Cordeau, LeTROT nous a fait parvenir une réaction officielle par la voix de son président Jean-Pierre Barjon.

« C’est avec beaucoup de tristesse que nous apprenons le décès brutal de Dominik CORDEAU, entraîneur réputé, reconnu par ses pairs, qui avait remporté avec son champion GALOPIN DU RAVARY le Prix de Paris en 2000, après avoir été deuxième du Prix d’Amérique. La liste des excellents chevaux qu’il a entraînés est longue : UN CADEAU, ARZEL DE GOURNAY, LOULOU JET, ROQUEPINE BLANCHE ou plus récemment ARIBO MIX.
Dominik CORDEAU était très impliqué depuis longtemps dans le fonctionnement de l’Institution des courses à plusieurs titres : Président depuis de nombreuses années de la Société des courses d’Angoulême, il supervisait encore hier le bon déroulement de la réunion de courses. Vice-Président du Syndicat National des Entraîneurs, il avait été élu à deux reprises membre du Comité de la Société-Mère dans le collège des entraîneurs, de 2008 à 2015.
Dominik CORDEAU était un homme de conviction, franc dans son discours, défenseur de l’intérêt général et de sa région, le Sud-Ouest pour laquelle il revendiquait l’excellence. Formé par son père Jacques, il était lui aussi un excellent pédagogue à l’image des apprentis qu’il a formés comme Alain BETOUIGT, Champion d’Europe des apprentis et bien sûr son fils, Julian.
J’adresse en mon nom personnel et au nom des membres du Conseil d’administration et du Comité de la Société nos sincères condoléances à sa compagne, ses enfants et à ses proches. Je ne manquerai pas d’évoquer la carrière et la personnalité de Dominik CORDEAU lors de la réunion du Comité de notre Société dans quelques jours. »
Jean-Pierre Barjon
LE SUD-OUEST PLEURE L’UN DES SIENS

Charentais d’origine, Dominik Cordeau était installé depuis 1990 à Champagné Saint-Hilaire dans le sud de la Vienne, département rattaché à la Fédération Anjou-Maine des courses, mais c’était bien un homme du Sud-Ouest dont il était l’une des figures régionale. « Nous sommes sous le choc de l’annonce de sa disparition brutale, a réagi Gérard Cazeneuve le président du Sud-Ouest. Rien ne laissait présager une telle nouvelle alors qu’il était encore aux courses hier dimanche sur son hippodrome d’Angoulême. Il était pour nous à la fois le compétiteur, qui fut à son apogée avec Galopin du Ravary sous les couleurs de l’Ecurie Saint-Hilaire, et le président de société, ce qui n’est pas si commun pour un professionnel, puisqu’il avait été élu à la tête d’Angoulême qu’il avait considérablement contribué à moderniser. Il était fier des réunions mixtes durant lesquels les meilleures écuries de trot et d’obstacle notamment étaient présentes. Il se battait pour que l’hippodrome soit classé en 1ère catégorie au trot. C’était un vrai passionné, qui avait son franc-parler et ne mâchait pas ses mots. Je me souviens que, lors des assemblées générales de la fédération, il avait toujours des questions à poser et il le faisait avec une élocution qui sortait de l’ordinaire. Il savait faire entendre sa voix. » Un battant, un gagneur, c’est aussi ce trait de caractère que Jean-Jacques Dumas, le prédécesseur de Gérard Cazeneuve à la tête de la Fédération du Sud-Ouest, souligne quand il parle avec émotion de Dominik Cordeau : « J’étais très copains avec ses parents qui faisaient le meeting de Biarritz avec leurs deux fils, Dominik et Denis. Je connaissais donc Dominik depuis qu’il était tout petit. C’était un battant ! Il a remué ciel et terre pour réussir professionnellement, tout comme il l’a fait pour la société des courses d’Angoulême. De toute façon, il ne faisait rien à moitié, peut-être même un peu trop entre son travail et son engagement pour la société. »

Les hommages régionaux

Le renouveau de l’hippodrome Hennessy, rebaptisé ainsi en 2014, doit en effet beaucoup à l’implication de Dominik Cordeau et de son bureau. « Je me rappelle très bien que, lors d’un voyage que nous avions fait ensemble par la route pour aller aux courses à Cagnes-sur-Mer, je lui avais dit que ce serait bien qu’il devienne le nouveau président de la société, raconte Régis Maurice, l’homme des « Charentais », l’un de ses amis et son vice-président. Sur le coup, il ne voulait pas. Mais, le lendemain, il avait changé d’avis. C’est comme cela qu’il a d’abord élu au bureau de la société, puis à la présidence. Il s’y est beaucoup investi. Avec sa disparition, je perds un copain. » Denis Brossard, installé lui aussi dans le nord de cette fédération, était un ami proche du professionnel de Champagné Saint-Hilaire : « C’était mon pote… On était encore ensemble samedi aux courses à La Rochelle. On se connaissait depuis qu’on était gamins. Au fil des années, on s’est liés d’amitié et on était souvent ensemble. Avec Dominik, il fallait toujours que ça aille. Il n’était jamais inquiet ou alors il ne le faisait pas voir même dans les moments difficiles. Il disait aussi quand ça ne lui plaisait pas, c’était un personnage… Professionnellement, c’était un grand monsieur, avec une main extraordinaire. Il voulait toujours courir à la corde, parfois jusqu’à l’excès, mais il savait faire vieillir ses chevaux. Il a connu des années à plus de cent gagnants, ce dont il ne pouvait être que fier, comme de la deuxième place de Galopin du Ravary dans le Prix d’Amérique et sa victoire dans le Prix de Paris. Et puis, il a fait d’Angoulême un bel hippodrome où il faisait venir les Bazire et les Raffin comme les meilleurs entraîneurs d’obstacle de la région. »

Des réactions nationales

Stéphane Meunier - Président du Syndicat des Entraîneurs (SEDJ)
« C’est avec grande tristesse que j’apprends son décès. Il a toujours été très impliqué dans la filière, très à l’écoute de ses confrères et toujours très engagé pour faire avancer les choses. Aussi bien au Syndicat qu’au Comité de la société-mère. J’ai un souvenir personnel après avoir gagné le Grand Prix d’Angoulême : en qualité de président de la société des courses, il m’avait offert une paire de charentaises, signe de son humour. On gardera tous en souvenir sa grande gentillesse. »
Pascal Boey - Président du Syndicat National des Propriétaires de Trotteurs (SNPT)
« Je suis profondément attristé par le décès de Dominik Cordeau. Il m’avait offert ma première victoire en amateur sous ses couleurs à Villeneuve-sur-Lot. C’était un professionnel doué et attachant.
Président d’Angoulême, engagé au service du trot, Dominik était un professionnel doué et passionné. J’ai une pensée pour ses enfants, sa famille, et sa campagne Sophie. »


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Toute l'équipe de 24h au trot / Province Course présente ses sincères condoléances à la famille et aux proches de Dominik Cordeau.

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