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Actualité - 07.05.2021

Kerjacques : respect !

Le règne de Kerjacques sur le classement des pères de vainqueurs : onze années durant, de 1970 à 1980 inclus.

Epreuve vedette de la réunion de dimanche, à Vincennes, réunissant un lot splendide (N.D.L.R. : voir notre étude de la course en page 3), le Groupe 2 Prix Kerjacques (2.700 mètres, grande piste) est dédié à la mémoire de celui qui fut sans doute le plus grand étalon de la seconde moitié du vingtième siècle. Un cheval que l’on peut qualifier, sans hésiter, de chef de race.

Alezan d’un modèle puissant et de relative petite taille, Kerjacques 1’19’’ est né le 30 mai 1954, chez Louis Dubu, au pays du Merlerault, dans l’Orne. Fils du grand étalon des Rouges-Terres, Quinio, et de la matrone Arlette III –d’où, également, avec le concours de Carioca II, les Seddouk, Quito, vainqueurs de sept Groupes 1 à eux deux, et autres Rabelais–, il a eu une carrière classique, ponctuée par un succès dans le Critérium des 5 Ans et dans quatre semi-classiques, sans oublier une place de deuxième dans le Critérium Continental et dans le Prix de Normandie, pour son unique tentative sous la selle, ou encore une quatrième place dans le Critérium des 4 Ans. Sans avoir été un crack, Kerjacques n’en affiche donc pas moins un solide palmarès. Dans son livre, « 50 ans de courses et de rencontres », notre chevronné confrère, Jacques Pauc, explique à son sujet : « Il avait de mauvais pieds (encastelés) et fut sujet aux coups de sang durant toute sa carrière de course, courant peu (…) Toutefois, ceux qui le virent travailler (…), en compagnie de la championne Infante II et même, parfois, de Jamin, comme Pierre-Désiré Allaire et Georges Dreux, se sont souvenus de lui… »

Vingt ans de règne absolu sur le trotting français

Kerjacques sera acheté par les Haras Nationaux, pour 150.000 francs (N.D.L.R. : environ 22.500 euros), et affecté dans la circonscription du Lion-d’Angers. Sa station d’élection sera Chemillé, au sud d’Angers, sur la route qui mène à Cholet. A ses débuts, son prix de saillie sera dérisoire et les éleveurs ne se bousculeront pas au portillon, comme l’on dit. Ainsi eut-il, dans un premier temps, assez peu de produits, mais, très vite, ceux-ci se distinguèrent. Dès sa première production se révéla le classique Ruy Blas IV et la bonne Rose d’Aubier, puis la deuxième recela les semi-classiques Scout M et Soleil D Touches. Après quoi, ce furent les champions, voire les cracks, Toscan, Une de Mai, Bill D, Chambon P, Cette Histoire, Ejakval, Eléazar, Fanacques, Gadamès, Gamélia, Jorky, Katinka, Mon Ouiton multiples gagnants de Groupe 1, dans les deux spécialités, en France et à l’étranger. Pierre Allaire contribua, pour beaucoup, à l’avènement des produits de Kerjacques, grâce à son acquisition de Toscan et d’Une de Mai ou bien de la semi-classique Talisca, future mère du champion monté Elpénor et du classique attelé Petit Sam. C’est que Kerjacques fut aussi un père de mères hors pair, la plus belle de ses contributions, en la matière, étant la formidable poulinière de Jean-Yves Lécuyer Ua Uka, génitrice de Fakir du Vivier, Hadol du Vivier, Jet du Vivier, etc. Dans les rangs des étalons, Chambon P fut son chef-d’œuvre, tant et si bien qu’à l’issue du règne de Kerjacques sur le classement des pères de vainqueurs, à savoir onze années durant, de 1970 à 1980 inclus, ce fut au tour de Chambon P de prendre le relais, de 1981 à 1990. Cela veut dire que, pendant deux décennies, la lignée mâle de Kerjacques a dominé le trotting français, avec des réussites parallèles, telle celle d’Ejakval, le père de Rêve d’Udon –lui-même auteur d’Offshore Dream et autres Revenue– et de Sébrazac, d’où le crack Général du Pommeau. En 1997, Sancho Pança, fils de Chambon P, reprit le sceptre de la lignée en tête des palmarès, avant que les sangs américains, devenus la « coqueluche » des éleveurs, ne prennent progressivement le dessus.

« Il aurait fallu les tuer pour qu’ils disent non ! », Léopold Verroken, à propos des produits de Kerjacques

Kerjacques mourut d’une crise cardiaque, le 9 février 1981, alors qu’il était dans sa vingt-septième année. Jusqu’au bout, il aura donné de bons chevaux, dont la dureté et la bravoure n’étaient pas les moindres qualités. « Il aurait fallu les tuer pour qu’ils disent non ! », dit, un jour, Léopold Verroken, à propos de ses produits, lui qui avait été le mentor d’Eléazar, Jorky et Mon Ouiton. Kerjacques, qui resta toujours fidèle à son Anjou d’adoption – alors que la pression était grande, on l’imagine, de la part des éleveurs normands, pour le faire venir chez eux–, permit, en outre, à des élevages de là-bas, comme ceux de Jean Fribault (Toscan, Talisca), Abel Pellerot (Chambon P), Hippolyte Bernereau (Une de Mai), Maurice Gazeau (les « Aubier ») et bien d’autres, de se faire un nom et de bénéficier, sans trop de frais, des services d’un étalon d’exception. C’était là, à l’époque, le rôle, essentiel, que jouaient les Haras Nationaux, hélas plus tard sacrifiés sur l’autel des économies de fonctionnement. Il faut savoir qu’une fois sa carrière d’étalon lancée, Kerjacques suscitait tant de convoitises qu’un tirage au sort était nécessaire pour obtenir une saillie, uniquement entre juments bien catégorisées qui plus est, et qu’une année, il y eut jusqu’à sept cents inscriptions pour quarante cartes délivrées ! Il fut enterré dans le parc du Haras du Lion-d’Angers, à L’Isle-Briand, sous un grand arbre, devant le château. On lui laissa son licol et ses fers. Une marque de respect, un hommage à l’un des plus grands sires de l’histoire du trot.
Une édition particulièrement relevée

Superbe plateau que celui de l’édition 2021 de ce Prix Kerjacques, avec trois gagnants de Groupe I, en bas de tableau et, juste au-dessus d’eux, les deux hongres attelés les plus en vue du moment. Le plus riche et le plus titré est le champion de la famille Rayon, Davidson du Pont (Pacha du Pont), dont la forme n’est cependant pas très sûre, même s’il a montré du mieux, dernièrement, lors de sa sixième place dans le Prix de l’Atlantique. A peine moins fortunée que lui –1,57 million de gains, contre 1,6 million–, Bahia Quesnot (Scipion du Goutier) demeure sur une quatrième place, dimanche, dans le Critérium de Vitesse de Basse-Normandie ; son titre de gloire hivernal est, bien sûr, son « Cornulier » victorieux, tandis que celui de Davidson du Pont est son premier accessit, pour la deuxième année consécutive, dans le Prix d’Amérique. Autre millionnaire, Carat Williams (Prodigious) n’est plus dans la condition qui lui avait permis de s’octroyer, naguère, le Critérium des 5 Ans, aux dépens de Charly du Noyer et de Coquin Bébé, mais il a de beaux restes et cette course lui réussit, puisqu’il en a été troisième de Traders, en 2018, puis deuxième de Cleangame, en 2019. Premier, par les gains, des deux hongres ci-dessus évoqués, Bugsy Malone (Ready Cash) est, lui aussi, dans la zone à sept chiffres. Il vient de signer sa trente-troisième victoire dans une étape du G.N.T., à Angers. Ces dernières années, il n’a cependant guère été vu à Vincennes, qui n’est sans doute pas son hippodrome préféré, quoiqu’il s’y soit distingué dans son jeune temps. Dorgos de Guez (Romcok de Guez) est le second castrat en question, en même temps qu’un autre millionnaire en puissance. Il en est, quant à lui, à trente et un succès et en quête de son premier Groupe 2. Quadruple vainqueur de Groupe 3, au cours du meeting d’hiver, il a récemment retrouvé Vincennes avec bonheur, au même niveau, à la faveur du Prix Jean Riaud, y rendant victorieusement vingt-cinq mètres à Détroit Castelets (Néoh Jiel), qu’il rencontre à nouveau ici, mais à départ égal.
Drivé par « JMB », qui l’a préféré à son autre pensionnaire, Davidson du Pont, confié à son fils, Nicolas, Dorgos de Guez s’élancera, probablement, dans la position de grand favori. Il est vrai qu’il est en marche, tout bonnement, vers l’Elitloppet, à laquelle il vient d’être invité à participer. Autrement dit, ce Prix Kerjacques devrait être riche d’enseignements.

Autre appellation, autre temps

Le Prix Kerjacques est un prélude au Prix Chambon P, autre Groupe 2 de transition du programme printanier, trait d’union entre les rendez-vous du meeting d’hiver et ceux de l’été, à commencer par le « René Ballière ». Il est aussi une éventuelle étape sur la route du circuit européen, tel le chemin emprunté par Dorgos de Guez, cette année, qui est également passé, préalablement, par le Prix Jean Riaud. Ce sont des courses qui ont toujours, plus ou moins, existé, mais qui ont été rebaptisées. Elles s’appelaient, jadis, Prix de la Société Sportive d’Encouragement, Prix de la Société des Steeple-Chases de France, Prix de la Société d’Encouragement… En référence, comme l’on disait à l’époque, aux sociétés mères du galop. C’était un autre temps et il faut bien reconnaître que le présent hommage à un Kerjacques, à un Chambon P, à un Jamin et à son mentor, Jean Riaud, est davantage fondé et, pour tout dire, plus dans le ton.

PARTANTS VINCENNES - Dimanche 09 Mai
5 PRIX KERJACQUES - (15H45)
Course Premium - Attelé - Gr 2 - Internationale - 100 000 € - 2 700 m
1DEGANAWIDAHJ. Travers
2CICERO NOAD4Y. Lebourgeois
3DETROIT CASTELETSD4D. Thomain
4CHICA DE JOUDESD4A. Laurent
5DORGOS DE GUEZD4J. Bazire
6BUGSY MALONEDAF. Nivard
7CARAT WILLIAMSD4M. Abrivard
8BAHIA QUESNOTJ. Guelpa
9DAVIDSON DU PONTPAN. Bazire
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