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Actualité - 09.05.2021

Eric Raffin sanctionné en Suède : une décision qui ne passe pas

Si je suis sanctionné pour ça, il ne faut plus y aller c'est trop grave
Éric Raffin - Écoutez son interview en intégralité en cliquant sur l'image

La victoire de Délia du Pommereux et d’Eric Raffin connait un rebondissement inattendu. Le driver s’est en effet vu infliger une amende de 1500 € environ (15 000 Sek) et trois jours de mise à pied pour avoir un moment eu « sa main plus haute que l'épaule ». Une sanction qui fait rapidement l'unanimité contre elle sur les réseaux sociaux, y compris de la part de professionnels scandinaves. Cette décision des commissaires suédois appelle éclairages, témoignages et commentaires.

Voilà donc une nouvelle pièce au dossier déjà très épais qui opposent les professionnels français aux commissaires scandinaves. Connus pour appliquer avec un zèle parfois surdimensionné leurs règlements, les juges des courses suédois ont, pour beaucoup d'observateurs, comme passé un nouveau cap ce samedi en infligeant une amende de 1 500 € environ (15 000 couronnes suédoises) et trois jours de mise à pied à Éric Raffin pour avoir un moment eu « sa main plus haute que l'épaule ». Le driver français n’a pas été le seul dans le viseur des officiels samedi à Åby mais, dans son cas particulier, dans une épreuve très exposée médiatiquement (un Groupe 1), la condamnation passe mal. Notre confrère suédois Tony Ryttar, francophile et francophone, très respecté pour son professionnalisme, allant même jusqu'à s'excuser sur Twitter dès samedi soir : « Je m'excuse au nom de la Suède pour l'amende qui a été infligée aujourd'hui à Éric Raffin lors de la Paralympiatravet à Åby. Totalement injustifiée et incompréhensible. La paperasse dans sa pire forme. #freeraffin » Un message qui traduit bien le sentiment général en Suède, le journal Travronden ayant même parlé de « honte ».

Eric Raffin a fait appel
Dès dimanche matin, Eric Raffin a fait appel de cette décision auprès des autorités suédoises. Ce lundi matin, les officiels suédois vont devoir réétudier leur décision pour la confirmer ou l’infirmer. La sanction qualifiée « d’injuste et incompréhensible » par le driver devient affaire.
À Vincennes ce dimanche, Eric Raffin nous explique comme il a appris sa sanction : « Tout s’était parfaitement déroulé. C’était une course limpide, je n’avais pas fait d’erreur. Une fois le podium passé, on me dit : « Tu as pris une mise à pied. » Je me retrouve dans un bureau avec un interprète mais il n’y a pas de commissaires, on est en video-conférence. Ils ont supposé que lors de mon premier coup de cravache, dans la ligne d’arrivée, ma main était trop haut. Pour cela, j’ai pris trois jours et 1 500 € d’amende. Je ne suis pas d’accord et je parle ensuite avec des collègues suédois qui me soutiennent. Tous unanimes. Ils m’ont dit : « Ce n’est pas normal ». Cela a fait tout de suite le buzz. J’ai fait appel et je repasse en jugement lundi. Si vraiment, je suis sanctionné pour une chose comme celle-là il ne faut plus y aller. C’est trop grave. »
Une divergence d’approche des sanctions
Les commissaires suédois ont appliqué à la lettre un règlement qui interdit aux drivers de lever leur main au-dessus de la ligne de leur épaule. D’une bonne intention originelle, ce règlement peut devenir incompréhensible par faute de discernement et de mise en situation réelle. Les commissaires n’auditionnent ainsi jamais les présumés fautifs dont ils ont à sanctionné les gestes. Tout se passe en vase clos. Voila ce qu’il ressort de nos échanges au lendemain des faits.

Le Français Kevin Gondet est installé en Suède depuis 2018. C’est l’entraîneur d’Accord Marjacq, vainqueur samedi, lors de la même réunion d’Åby, de l’épreuve d’ouverture au monté. Le professionnel de 34 ans a bien voulu réagir à la sanction d’Eric Raffin qu’il ne comprend pas comme beaucoup : « Ce qu’il s’est passé avec Eric, c’est du grand n’importe quoi. Les commissaires vont trop loin. C’est aussi pour cela que je ne mène plus en course. Je ne dis pas que les sanctions sont plus fortes pour les Français. Samedi, d’autres drivers ont pris autant. Ce qu’on lui reproche, c’est d’avoir porté ses mains en l’air, en hauteur, pour secouer sa cravache en l’air. C'est-à-dire que ses bras soient plus haut que ses épaules. Pourtant, il n’a pas tapé la jument. Ce que veulent les commissaires, c’est les coudes le long du corps et qu’on mette deux coups de cravache dans la ligne d’arrivée. »

Le processus de sanction : le travail des commissaires
Kevin Gondet nous apprend : « Il n’y a aucun moyen de parler avec les commissaires comme en France lors d’un entretien où les professionnels expliquent leur geste. Les décisions prennent leur décision seuls sans consultation. Si on demande à leur parler, c’est par téléphone et après que leur décision a été prise. Leur parler ne peut donc pas changer leur décision déjà définitive et déjà rendue. On peut faire appel mais c’est une procédure payante. » Il faut aussi savoir que le règlement n’est pas forcément le même pour chaque hippodrome nous explique l’entraîneur français : « Sur certains hippodromes, c’est maximum deux coups de cravaches, sur d’autres un, trois ou quatre. Le règlement n’est pas le même sur chaque hippodrome. »

L'ANALYSE D'ERIC RAFFIN
24H au Trot.- Voyez-vous dans cette sanction une sévérité particulière au regard de votre position non suédoise ?
Je n’ai pas ressenti que c’était une décision contre un driver étranger. J’ai été très bien accueilli. Le problème est le règlement et son application, c’est plus que sévère. Les règles sont plus que strictes. Sanction et 1 500 € d’amende, je pense qu’ils ne rendent pas compte de ce que c’est. Tout ça pour, soi-disant, un poignet trop haut par rapport à l’épaule. J’ai un peu les « boules » à l’heure qui est. On a eu un debrief avant la course mais le problème est que, pour moi, je n’ai rien fait de répréhensible. Je suis puni et je n’ai rien fait.
Cela remet-il en cause votre envie de courir en Suède ?
J’aime bien driver là-bas. Je trouve que les courses sont limpides. À chaque fois que j’y vais, je prends du plaisir. Mais si on prend des mises à pied pour ça, ils nous incitent à ne plus y aller.
Avec Délia, seriez-vous prêt à aller quand même à l’Elitloppet?
M. Lolic a pris sa décision par rapport à ma sanction, sous le coup de la colère. Mais avec une invitation pour l’Elitlopp, moi, personnellement, j’irai. Mais je ne suis ni le propriétaire, ni l’entraîneur. La jument a un très beau programme en France c’est vrai, mais elle a très bien tourné sur l’anneau d’Åby, sur le style de piste suédoise. À chaud, M. Lolic était vexé mais, dans 48h, il va peut-être réfléchir à tout cela avec Sylvain Roger. Je ne pourrais pas refuser et ce serait avec un réel plaisir.

Jean-Michel Bazire : « Ne pas aller là-bas, ce serait punir les passionnés et organisateurs »
Immense ambassadeur du trot français à l’étranger dans la première décennie des années 2000, Jean-Michel Bazire a une expérience incomparable. Il se refuse depuis plusieurs années à se déplacer en Scandinavie, notamment en raison d’un règlement qui l’a vu souvent sanctionné. Il nous donne son point de vue : « C’est comme d’habitude. Le mec (Eric Raffin) lève la main tranquillement pour accompagner et guider sa jument avec sa cravache, à peine un peu haut mais il n’y a rien de condamnable. Autant les organisateurs des courses et les directeurs des hippodromes sont super sympas mais les règlements sont totalement rétrogrades. Je suis à la fois étonné mais pas surpris. C’est comme il y a cinq ou six ans quand Franck [Nivard, avec Un Mec d'Héripré] avait été disqualifié. Ne pas aller là-bas, c’est punir aussi les passionnés et sportmen scandinaves et les organisateurs de Solvalla par exemple. Mais les juges et les commissaires suédois ne méritent pas que l’on se déplace pour eux. »
Ce dimanche, avant sa prestation dans le Prix Kerjacques (Gr.2) dont il a conclu cinquième, il est toujours prévu que Dorgos de Guez participe à l’Elitloppet avec Jos Verbeeck au sulky.


Des réactions suédoises
■ Claes Freidenwall est rédacteur en chef de Sulkysports, un important site sur le trot en Suède. Voici quelques extraits d'un billet qu'il a rendu public samedi en soirée sous le titre Embarrassant.
« Les juges d'Åby auraient dû avoir honte lorsqu'ils ont infligé 15 000 SEK d'amendes et une suspension de trois jours à Eric Raffin pour sa drive dans la Paralympiatravet. Quand ils se réveilleront demain matin [lire dimanche], ils pourront jeter leur décision à la poubelle !
(...) Le corps d'arbitrage suédois est devenu beaucoup trop zélé. (...) Désormais, les drivers et jockeys ne peuvent même plus crier à leurs chevaux. (...) Même si cela ne conduit à rien de qualifier les juges aux allures d'Åby de "racistes", je comprends la frustration des Français après leur verdict carrément incompréhensible. »


■ Dans Espressen.se, Eskil Hellberg écrit pour sa part : « Quand je suis rentré chez moi, j'ai regardé la course à plusieurs reprises et je suis devenu encore plus confus car je n'ai rien vu. Pour moi, Eric Raffin est assis comme il faut et je suis convaincu qu'il aurait été acquitté par la plupart des juges sur le sol suédois. S'il fait appel, ce qui semble évident, il a de bonnes chances d'éviter l'amende et la suspension. »

Une nouvelle décision contre l'Europe du trot
Cette décision polémique ne va bien sûr pas dans le sens de l'Europe du trot. Où sont les bases minimales partagées, ce socle indispensable, pour que les acteurs européens, scandinaves, italiens ou français se sentent vraiment sur une même planète ? Ce minimum partagé, accepté, appliqué et compris par toutes et tous n'est toujours pas acquis. Il faut dans tous les cas que le règlement soit à la fois effectif et appliqué mais laisse aussi la place à certaines latitudes comportementales, notamment liées aux morphologies des athlètes trotteurs. L'explication de Gabriele Gelormini est éclairante de ce point de vue. Au sulky de Gelati Cut samedi à Åby, le professionnel italien vit en France et connaît bien les différents systèmes européens. Il nous livre son analyse sur l'affaire en cours : « J’ai trouvé la sanction d’Eric horrible. Vingt minutes après la course, il m’apprend ce dont il a écopé. Ce que les officiels n’ont peut-être pas vu, c’est qu’Eric, avec sa jument, est installé en hauteur. C’est une grande jument, avec le pont [du sulky] haut. Il drive sa jument comme une vraie jument française, les mains courtes, en avant, en levant les mains. Cette décision n’a vraiment pas de sens. J’ai eu la chance de courir un peu partout, Italie, France, Espagne, Pays-Bas, sans jamais de problème pour une telle raison. Il n’a même pas donné de coup de cravache, il a juste fait un geste de main pour dire à sa jument « vas-y ». C’est ridicule. J’espère pour eux qu’ils vont enlever cette sanction. Pourtant, ils ont de sacrées structures, de bonnes règles, tout est bien là-bas mais, s’ils font cela, on ne va plus y aller, pour de bon. Ils sont durs avec tout le monde, je ne pense pas que ce soit dirigé vers un driver étranger. Quand tu es driver en Suède, c’est compliqué, tu peux ne courir qu’une fois par an. »

Les cartons roses qui ne portent pas bonheur
On pourra souligner que les premiers cartons d’invitation à l’Elitloppet, roses, ne sont pas vraiment des porte-chance actuellement. Ecurie D. était très en-dessous de sa réputation samedi dans la Paralympiatravet, Dorgos de Guez a mal couru dans le Prix Kerjacques ce dimanche et Delia ne devrait pas venir.

Des problématiques comparables au hors-jeu au foot
Revenons au fait. La sanction est tombée pour avoir porté la main au-dessus de l'épaule. Objectivement, avec quels moyens travaillent les juges pour l'affirmer ainsi ? Ont-ils une technologie équivalente à celle des matches de football pour créer les lignes de hors-jeu ? Il faudrait dans ce cas s'assurer du bon positionnement de celles-ci en fonction des perspectives et de la vitesse de déplacement du sujet étudié. Clairement, tout ceci nous semble vraiment exagéré. C'est de l'excès de zèle à outrance.

Pourquoi 15 000 Sek (1 500 €) ?
Eric Raffin a écopé d’une amende de 15 000 Sek (1 500 €). Kevin Gondet nous explique : « Le règlement est clair, c’est 1 % de l’allocation. Il y avait 1,5 M Sek au premier, cela fait donc 15 000 Sek, soit 1 500 €. »

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