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Actualité - 12.05.2021

Statue of Liberty : l’empreinte bleue indélébile de Daniel Wildenstein

Daniel Wildenstein avec Jean-Pierre Dubois à son côté.

Héraut d’Armes 1’14’’ est une indéniable valeur montante, alignant les victoires depuis ses débuts, l’été dernier, d’abord en province, puis à Vincennes. Son mentor Jean-Michel Bazire en fait un futur élément de premier plan. L’entraîneur vient aussi de qualifier il y a quelques jours la sœur du 4 ans, nommée I Love New York. Avec ce Héraut et cette pouliche, c’est l’histoire d’une casaque prestigieuse qui se raconte, celle, historique, de la famille Wildenstein. C’est aussi l’élevage maison, via la dernière de ses poulinières trotteuses, la semi-classique Statue of Liberty [photo]. À la base de cette réussite, Caolica de Sucé, une fille de Workaholic naguère judicieusement acquise par Daniel Wildenstein, qui, d’une certaine manière, livre là, à titre posthume, un nouveau chef-d’œuvre.

Nous sommes au début des années 1990. Daniel Wildenstein est en train de développer son écurie trotteuse, qu’il veut voir devenir l’égale de celle qu’il a bâtie au galop. Pour ce faire, il investit, notamment dans des femelles, car sa perspective est l’élevage. Son premier compagnon de route, avant Jean-Pierre Dubois, est Alain Roussel, qui lui vend, entre autres, Artiste du But, un champion, qui s’imposera dans le Critérium des 4 Ans et s’annonçait comme un possible cheval de Prix d’Amérique, mais qui mourut de coliques peu après son Critérium victorieux. Alain Roussel fait également acheter à Daniel Wildenstein Express Cat, qui gagne le Prix d’Essai et le Saint-Léger des Trotteurs, ou encore Dingue de Moi, qui s’impose dans plusieurs semi-classiques.
S’il est vainqueur semi-classique, Dingue de Moi échoue de peu tant dans le Critérium des Jeunes que dans le Prix des Centaures. C’est aussi à cette époque qu’Alain Roussel va acquérir pour Daniel Wildenstein Caolica de Sucé, future mère de Statue of Liberty.

Le coup d’œil du « Marquis » et l’expertise d’Alain Roussel
Le professionnel normand se souvient bien des circonstances de cet achat : « C’est Christian Fabiano, dit « le Marquis », un personnage haut en couleur, habitué des hippodromes, proche de Daniel Wildenstein, qui avait repéré cette fille de Workaholic, dont il s’agissait alors des premiers produits. Aussi M. Wildenstein m’avait-il envoyé la voir chez ses propriétaires-éleveurs, qui étaient aussi ses entraîneurs, les frères Martin, à Sucé-sur-Erdre, près de Nantes. La pouliche avait 2 ans. C’était à l’automne. Elle avait déjà couru plusieurs fois et avait gagné à deux reprises. Dès que je l’ai essayée, elle m’a fait grosse impression. Elle avait énormément de vitesse, comme sa mère, Guimbarde, une fille de Nicias Grandchamp dont j’avais gardé le souvenir et qui avait gagné le « Henri Cravoisier » sur le mile d’Enghien. J’ai donc conseillé à M. Wildensdtein de l’acheter et l’affaire s’est faite. Arrivée à l’entraînement chez nous, Caolica de Sucé a d’emblée « fait tilt » à Vincennes, puis elle s’est hissée au niveau semi-classique. C’était une vraie bombe, mais il fallait la courir cachée, lui donner la sensation qu’elle dominait, que c’était facile. C’était une belle jument noire, avec des allures magnifiques. Je l’avais préservée, pour la faire vieillir, mais, à cet égard, je suis un peu resté sur ma faim. Elle a, en effet, quitté la compétition à 5 ans, parce que c’était la dernière année où il était autorisé de faire saillir une jument à demi-américaine, comme elle, par un étalon à demi-américain. Or, M. Wildenstein voulait absolument avoir d’elle un produit de son étalon, Coktail Jet, qui avait, lui aussi, ce profil. Et, puisque ce ne serait plus possible ensuite, du moins en restant dans les règles du stud-book français, il a choisi de faire inséminer Caolica de Sucé dans l’urgence, en toute fin de saison de monte, au début du mois de juillet. Et la jument a été testée pleine ! J’ai tout de même pu continuer à l’exploiter pendant quelques mois et sa carrière de compétitrice s’est conclue, en octobre de ses 5 ans, par une belle deuxième place dans l’important Prix de la Vallée Impériale, à Lyon, derrière son aîné, Abydos. Elle s’en allait sur six victoires et près de 200.000 euros de gains, en monnaie transformée, avec un record de 1’15’’, ce qui était un bon « chrono » à ce moment-là. »

Statue of Liberty : s’il n’en reste qu’une…
Caolica de Sucé allait se convertir en une poulinière de choix, dix de ses douze produits se qualifiant et huit d’entre eux étant vainqueurs. Parmi eux, deux étalons, Jitterburg 1’13’’ (Passionnant), lauréat du semi-classique Prix Paul Karle (Groupe 2), et Never More 1’12’’ (Goetmals Wood), gagnant de huit courses en France, avant d’être exporté comme géniteur aux Baléares. Parmi eux, aussi, deux pouliches semi-classiques, Possession 1’12’’ (Gros Grain), devenue une poulinière intéressante, chez Jean-Philippe Dubois, et, surtout, Statue of Liberty 1’12’’, propre sœur de Never More, gagnante de cinq courses et de plus de 250.000 euros, à son aise tant à l’attelage que sous la selle, deuxième, par exemple, montée, du Prix Xavier de Saint-Palais (Groupe 2) et troisième, attelée, des Prix Guy Le Gonidec (Groupe 2) et Louis Jariel (Groupe 2). C’est cette dernière qui se trouve être la mère de Héraut d’Armes (Ready Cash), lequel est son deuxième produit, après l’utile Empire State 1’15’’ (Coktail Jet).

« A tous crins » !
Pour l’anecdote, si Héraut d’Armes est, officiellement, alezan brûlé, alors qu’il apparaît, clairement, bai foncé, voire noir, « c’est, révèle Kamel Slimani, parce qu’il a des crins marron et que cela détermine sa robe, aux yeux du signalement. »


Vus par « JMB »
Jean-Michel Bazire fut le mentor de Statue of Liberty et il l’est, aujourd’hui, de ses produits. Il tient Héraut d’Armes en haute estime, ainsi qu’il s’en explique : « Nous le laissons venir, en progression (N.D.L.R. : il a 4 ans et sept courses, seulement, « au compteur », depuis l’été 2020, pour six victoires, dont deux à Vincennes). C’est bien ce qu’il a fait, au début du mois, à Paris. Il va recourir encore une fois ce printemps, puis se reposer durant l’été. Il reprendra du service à l’automne, en vue de sa participation au meeting d’hiver. L’année prochaine, à 5 ans, j’escompte le voir aux prises avec les meilleurs. » « JMB » a également sous sa responsabilité les deux sœurs cadettes de Héraut d’Armes, I Love New York, qualifiée la semaine dernière [le 7 mai], et Joconde. Voici ce qu’il en dit : « I Love New York est une bonne jument. Elle a eu un problème de cœur, qui l’a retardée, mais elle vient de se qualifier et devrait vite aller aux courses. Joconde « trotte » aussi, mais elle a de « petites jambes ». C’est davantage une 2 ans, que nous allons utiliser de bonne heure. »


Le courtier Kamel Slimani, qui gère la carrière de poulinière de Statue of Liberty, pour le compte des petites-filles de Daniel Wildenstein, nous en dit plus à son sujet : « Statue of Liberty réside en Normandie, au Haras d’Atalante, dans l’Orne, chez Marie-Claire Bénard. C’est la dernière poulinière trotteuse de la famille Wildenstein, mais ses deux filles, I Love New York, une « Love You », et Joconde, une « Brillantissime », pourront prendre le relais, le moment venu, une fois sorties du circuit de la compétition (N.D.L.R. : voir ce qu’en dit Jean-Michel Bazire dans notre encadré). Après quoi, Statue of Liberty a avorté de Bold Eagle. Cette année, elle a eu un mâle de Ready Cash, baptisé Lucky Jackson, propre frère, donc, de Héraut d’Armes. Nous l’avons, du reste, à nouveau présentée à Ready Cash ce printemps et elle vient d’être testée pleine. »

Figurativement, un éleveur ne meurt jamais, tant il s’inscrit, par définition, dans la durée.

L’actualité de la famille passe également par l’excellent Diablo du Noyer 1’11’’ (Jasmin de Flore), performer classique, vainqueur du Prix Jules Thibault (Groupe 2) et placé du Critérium des Jeunes (Groupe 1), dont les gains dépassent les 400.000 euros et dont les premiers produits s’apprêtent à aller aux qualifications. Une et Indivisible (Jag de Bellouet), la mère de celui-ci, est, en effet, une autre des continuatrices de Caolica de Sucé. Figurativement parlant, un éleveur ne meurt jamais, tant il s’inscrit, par définition, dans la durée. Indélébile est ainsi l’empreinte de Daniel Wildenstein, autour de la descendance de Caolica de Sucé.

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