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Actualité - 22.06.2021

Un trait d’union entre les deux Critériums

Impressionist

Le Prix Albert Viel, ex-Prix Capucine, est, chronologiquement, le deuxième Groupe 1 attelé dédié à la jeune génération, celle des 3 ans, après le Prix Comte Pierre de Montesson (Critérium des Jeunes), disputé à la fin du meeting d’hiver. Les sujets les plus précoces y visent une confirmation de leur suprématie naissante, tout comme d’autres s’y révèlent et cherchent à s’assurer le leadership. D’une certaine manière, c’est là comme un trait d’union, d’un hiver à l’autre, entre le Critérium des Jeunes et le Critérium des 3 Ans.

C’est une course très ancienne que le Prix Albert Viel, qui s’est appelé Prix Capucine jusqu’aux années 2000, en hommage à un fameux sujet de la fin du dix-neuvième siècle, au palmarès, notamment, du Critérium des 4 Ans, alors baptisé Prix Conquérant, en référence à un autre élément sortant de l’ordinaire. La première édition de l’épreuve, qui est aujourd'hui la finale du circuit Sulky 3 Ans, remonte, ainsi, à 1899. Le grand homme de cheval que fut Albert Viel y est, aujourd’hui, honoré, comme son homologue, Pierre de Montesson, l’est à la faveur du Critérium des Jeunes, une course où ses couleurs et son élevage furent particulièrement heureux. Ces deux figures furent aussi, on le sait, d’historiques présidents de la S.E.C.F. - que l’on ne nommait pas encore, à l’époque, LeROT - et il est logique d’associer leur nom à de telles compétitions, parangons de l’excellence en termes de sport et d’élevage.

Un statut parfaitement mérité
Le palmarès du Prix Albert Viel, ex-Prix Capucine, s’orne ainsi des plus grands noms. Sans remonter aux origines, contentons-nous d’égrener quelques-uns des lauréats les plus marquants de l’épreuve depuis une cinquantaine d’années : Toscan, en 1966, Vat, en 1968, Aigle Noir en 1969, Franc Quito, en 1974, Girl Blanche, en 1975, Idéal du Gazeau, en 1977, Pontcaral, en 1984, Ruanito d’Arc, en 1986, Bahama, en 1992, Capitole, en 1993, Derby du Gîte, en 1994, Général du Pommeau, en 1997, Himo Josselyn, en 1998, Kiss Melody, en 2001, Pearl Queen, en 2006, qui détient toujours le record de la course, en 1’12’’6, Ready Cash, en 2008, Sévérino, en 2009, Timoko, en 2010, Vanika du Ruel, en 2012, Django Riff, en 2016…
Parmi eux, de futures vedettes, tels Toscan (Prix d’Amérique, deux Prix de Paris, Grand Prix de Bavière, Critérium des Jeunes, Critérium des 3 Ans, Critérium des 4 Ans, Prix de Sélection) et Idéal du Gazeau (deux Prix d’Amérique, trois Yonkers International, deux Elitloppet et une douzaine d’autres Groupes 1 européens, tous les Critériums, sauf celui des 3 Ans, le Prix de l’Étoile, le Prix de Paris, le « René Ballière », le Grand Critérium de Vitesse…). Nous sommes avant les années 1990. Depuis, on peut en ajouter cinq.

Les derniers vainqueurs
Hormis Helgafell, le tenant du titre, qui a ensuite fait sien le Championnat Européen des 3 Ans (Groupe 1), mais n’a pu prendre part au Critérium des 3 Ans, les plus récents gagnants de l’épreuve n’ont pas véritablement confirmé leur succès, ne parvenant pas à renouveler une victoire de cette envergure, qu’il s’agisse de Guillermo Sport (2019), Fighter Smart (2018) ou Eros du Chêne (2017). C’est vrai également de Cobra Bleu (2015), qui fut cependant deuxième du Critérium des 3 Ans, et de Boccador de Simm (2014), qui peut toutefois invoquer l’excuse d’une carrière tronquée.

Difficile en effet de ne pas affubler du terme vedette les cinq lauréats qui suivent : Bahama (Critérium Continental, Prix de l’Etoile, quatre Groupes 1 en Italie), Général du Pommeau (cinq participations successives au Prix d’Amérique, pour une victoire et quatre places, tous les Critériums, sauf celui des 3 Ans, deux Prix René Ballière, le Prix de Paris, le Championnat Européen des 5 Ans, le Grand Prix d’Aby…), Pearl Queen (Critérium des Jeunes, Prix de l’Étoile, Critérium des 3 Ans, Prix de Sélection, invaincue à 3 ans en quatorze courses, vingt-trois victoires au total, de 2 à 4 ans), sans oublier, bien sûr, Ready Cash et Timoko, dont les exploits, plus récents, sont encore dans nos mémoires. Sans atteindre la même notoriété, les autres de notre liste n’en affichent pas moins un solide palmarès, à l’image de Vat (Prix de l’Etoile, Prix de Sélection, Gran Premio Europa), d’Aigle Noir (Critérium des Jeunes, Critérium des 3 Ans), des « Moreau » Franc Quito (Critérium des Jeunes, Prix de Vincennes) et Girl Blanche (Critérium des Jeunes, Critérium des 5 Ans), de Pontcaral (Critérium des Jeunes, Prix de l’Etoile, Championnat Européen des 3 Ans), Ruanito d’Arc (Critérium des Jeunes, Critérium des 4 Ans), Derby du Gîte (Critérium des Jeunes, Grand Prix de l’U.E.T.), Himo Josselyn (Critérium des 3 Ans, Grand Prix de l’U.E.T.), Kiss Melody (Prix de l’Etoile, Grand Prix de l’U.E.T.), etc. Autrement dit, le Prix Albert Viel mérite tout à fait son statut.

Des fortunes diverses à la reproduction
En matière de passeport pour la reproduction, le passé récent de la course plaide en sa faveur, un Ready Cash (2008) et un Timoko (2010) le prouvant largement, voire un Boccador de Simm (2014), qui s’annonce bien, ou un Django Riff (2016), qui donne des promesses dès sa production initiale. En revanche, le palmarès ancien est moins convaincant, que l’on se réfère aux oubliés Détos (1972), Ebbon (1973), Hippy Kermorvan (1976), Jean (1978), Kapulco (1979), L’As d’Atout (1980), Nursingo (1982), Satan des Acres (1987), Vizir Pont Vautier (1990), Forcing de Kacy (1996) et autres Oardo (2005) ou à ceux dont on a gardé le souvenir de compétiteur, mais qui ne se sont pas imposés comme reproducteur, à l’instar d’un certain nombre, il faut bien le dire, des champions d’hier évoqués dans notre précédent chapitre. Quant aux femelles, elles sont seulement une dizaine au palmarès de la course depuis cinquante ans, mais elles ont souvent imprimé leur marque sur le plan génétique, à l’exemple de Girl Blanche (1975), qui se trouve être l’arrière-grand-mère de Davidson du Pont, Malice Bleue (1981), génitrice du classique Big Prestige, ou bien Bahama (1992), Island Dream (1999) et Mahana (2003), toutes trois significativement traçantes au sein de l’élevage Dubois.

De père en fils
Depuis un demi-siècle, un seul vainqueur du Prix Albert Viel, ex-Prix Capucine, a pu engendrer un produit lui-même lauréat de la course. On ne sera pas surpris de savoir que c’est l’étalon phénomène Ready Cash. Il en a même donné deux, à savoir Axelle Dark (2013), dès sa première production, et Django Riff (2016). Il est, en outre, le grand-père paternel d’Helgafell (2020), par l’entremise de Charly du Noyer.


De glorieux dauphins
De grands champions, voire des cracks, ont laissé échapper ce classique printanier, puis estival - longtemps couru au mois d’avril, avant d’être transféré en juin -, tout en s’y comportant bien et en s’y plaçant, mais derrière des adversaires a priori moins forts qu’eux. Citons, au cours des cinquante dernières années, dans l’ordre chronologique, les Chambon P, deuxième de Comte d’Orange, en 1971, Ourasi, qui s’intercala entre O Sole Mio et Orco, en 1983, et autres Meaulnes du Corta, battu par Mahana, en 2003. Quant à Potin d’Amour, en 1984, Rainbow Runner, en 1986, Dahir de Prélong, en 1994, ou encore Rolling d’Héripré, en 2008, leurs devanciers, respectivement Pontcaral, Ruanito d’Arc, Derby du Gîte et Ready Cash, étaient alors les leaders, bien assis, de leur génération et la logique du moment était, en l’espèce, respectée.

LES CLÉS DE L'ÉDITION 2021

Ceux qui forment les repères
La promotion née en 2018 a déjà marqué les esprits en produisant plusieurs performers qui sortent de l'ordinaire, lesquels ont établi les nouveaux temps de référence de plusieurs épreuves du programme de sélection. Le tableau des mâles apparaît très solide et hiérarchisé avec les trois premiers du Prix Comte Pierre de Montesson, disputé en temps record (1'13''4), qui répondent toujours présent. Le vainqueur du Groupe 1 In The Money (Cristal Money) s'est pour l'instant révélé inférieur à son dauphin Italiano Véro (Ready Cash) sur le créneau des courtes distances. Titulaire de trois Groupes 2, ce dernier, représentant de Philippe Allaire, a pour l'instant toujours buté sur un autre (au niveau Groupe) sur le parcours classique des 2 700 mètres, celui qui sera emprunté ce dimanche. Le troisième membre du podium du Critérium des Jeunes est Invincible Cash (Ready Cash). Ce pensionnaire de Ludovic Peltier a toujours été précédé par les deux précités dans les rendez-vous les plus importants mais fait preuve d'une infaillible régularité et a, pour le moment, été préservé au maximum, dans le contexte du haut niveau, par son entourage.
À l'opposé en termes de constance des résultats, il faut citer le tout premier leader de la génération, Idéal Ligneries (Repeat Love), signataire de cinq succès consécutifs lors de son début de carrière. Depuis, le partenaire de Franck Nivard a commis de nombreux faux-pas mais n'a sans doute rien perdu en qualité, comme le prouve sa deuxième place du Prix Paul Karle (Gr.2), le 27 avril, contraignant Italiano Véro à sortir le grand jeu (avec le record de l'épreuve à la clé). Tous sont des acteurs patentés des qualifications des Sulky Summer Races.

Inoubliable : la pouliche qui compte
Lauréate du Prix Ozo (Gr.2) dernièrement, en concluant très, très vite, Inoubliable (Prodigious) est incontestablement la meilleure des femelles. Elle s'était pris un mur dans le Critérium des Jeunes après avoir fait tous les extérieurs et sera en mode revanche dimanche. Il reste que, à chaud, après les dernières qualifications, Jean-Philippe Dubois avait exprimé des ambitions prudentes : « Dans le Prix Albert Viel, cela va être dur contre les mâles car il n’y a pas un mâle mais quatre ou cinq qui sont vraiment bons. Si tout se passe bien, elle est capable de prendre une petite place. »

La montée en puissance d'Impressionist
En remportant le Prix Kalmia - Qualif#3, Impressionist (Ready Cash) a poursuivi son ascension lancée en décembre par son premier succès à Vincennes. Il établissait lui aussi la nouvelle référence de l'épreuve (dans son format sur 2 700m). En prenant le meilleur sur Italiano Véro, Invincible Cash et consorts, il devient un des postulants les plus légitimes au sacre ce dimanche.
L'avis d'un acteur impliqué : Matthieu Millet, copropriétaire d'Impressionist : « Quand on a un cheval comme cela, il ne faut pas être impatient de gagner car on sait qu’il a le potentiel pour aller chercher un Groupe 1. Si ce n’est pas celui-ci, ce sera un autre. Ce qu’il compte, c’est que tout se passe bien et qu’il le prenne du bon côté. » Au sujet de l'opposition, le créateur de l’Écurie Hunter Valley ajoute encore : « Italiano Vero forcément va être là. Je pense qu’Invincible Cash a suivi une bonne préparation avec beaucoup de respect de la part de son entourage. Lors de sa course de rentrée, on venait de lui enlever une dent de cochon. Il avait peu de travail et s’est très bien comporté. Il faudra regarder dans le dos, je pense [en référence aux talents de finisseur d’Invincible Cash]. Évidemment, on respecte tous nos adversaires. »

Les inconnues de l'épreuve
Toujours sur les rangs sur la liste des engagés ce mardi, l'invaincu Izoard Védaquais (Bird Parker) serait, en cas de participation, l'une des attractions au départ. Il vient de signer la réduction kilométrique de 1'13''4 sur le parcours des 2700m qui nous intéresse. Sachant Eric Raffin sur Impressionist, il pourrait disparaître des listes ce mercredi. Il y a aussi le cas de l'estimé Inferno Piper (Coup de Poker) attendu prochainement contre les meilleurs.

Depuis vingt-cinq ans, une distance inchangée
Depuis 1996, le Prix Albert Viel, ex-Prix Capucine, se court sur les 2700 mètres de la grande piste. Préalablement, il se disputait sur la courte distance de Vincennes, tour à tour sur 2250 mètres, 2.300 mètres, 2375 mètres et 2175 mètres. Le départ de trois éditions fut même donné à l’autostart, en 1986 (Ruanito d’Arc), sur 2150 mètres, puis en 1988 (Tadzio de la Motte) et en 1989 (Ulf d’Ombrée), sur 2100 mètres.

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